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Les prix portés par la demande mondiale

Au niveau mondial, nous connaissons plutôt une pénurie de viande bovine entraînant des prix en hausse. La production mondiale ne suit pas la demande qui reste soutenue malgré les difficultés de pouvoir d’achat des consommateurs.

En 2021 et au premier semestre 2022, les prix des bovins se sont envolés partout sur la planète, du fait de la flambée des coûts des grains, de l’énergie, des intrants, mais pas seulement. Actuellement, les pays exportateurs ont du mal à répondre à la demande forte des grands pays importateurs. La production mondiale a tendance à stagner depuis 2018 et n’affiche qu’une légère hausse en 2021.
« Entre 2020 et 2021, la production augmente aux USA, en Inde et en Chine notamment, alors qu’elle baisse légèrement en Europe et beaucoup en Australie, Brésil et Argentine. Les exportations repartent à la hausse du côté de l’Amérique du Nord, de l’Uruguay et de l’Inde. Mais les consommateurs demandent plus de viande bovine malgré l’inflation qui affecte le pouvoir d’achat partout », a expliqué Caroline Monniot, de l’Institut de l’élevage, lors de la conférence Les marchés mondiaux de la viande, le 1er juin à Paris.

Une demande dépendante de la Chine

Toujours en 2021, les importations des dix principaux pays acheteurs auraient crû deux fois plus vite que les exportations des dix principaux fournisseurs du marché mondial. À noter que la demande est toujours plus sino-dépendante. « La Chine, Hong-Kong inclus, représente désormais 41 % de la demande à l’importation des dix principaux clients. Et malgré le retour de la production porcine dans ce pays après la FPA, la demande ne faiblit pas. La viande bovine devient une habitude. Toutefois, l’écart de prix qui s’est accru avec le porc et les confinements touchant les métropoles chinoises, davantage consommatrices de bœuf, rendent difficiles les prévisions sur le 2e semestre 2022 », font remarquer les économistes de l’Idele.

De même, le débouché chinois pourrait ne pas être pérenne alors que la croissance démographique s’affaiblit. Ou alors les acteurs présents sur ce marché devront s’adapter à une population vieillissante. « Au Japon, on observe une légère érosion de la consommation. En Corée, la production est en forte hausse, ainsi que la consommation et les importations provenant essentiellement des États-Unis et d’Australie. »

Décapitalisation continue en Europe

En Europe, la décapitalisation bovine se poursuit aussi bien en vaches allaitantes qu’en vaches laitières, avec une baisse globale de 5 % du cheptel sur 5 ans. « La production a baissé de 6 % en 15 ans. En 2021, les abattages de bovins régressent également en Irlande. » Si beaucoup des exportations de viande bovine de l’UE à 27 sont dirigées vers le Royaume-Uni, le développement des marchés asiatiques se poursuit. Sur 2020 et 2021, les importations de l’UE sont en fort recul du fait des fermetures de restaurants, là où est davantage valorisée la viande importée, mais aussi du fait du manque de disponibilités sur le marché mondial. Par ailleurs, « les flux entre États membres reprennent sur 2021. » La France conserve ses marchés historiques : Italie, Allemagne, Grèce et Belgique.

Dans un contexte de pénurie, les cours bovins ont grimpé, amortissant en partie la flambée des coûts de production. Mais les prix des jeunes bovins et des vaches type laitier commencent à plafonner dans certains États membres comme l’Allemagne, la Pologne ou les Pays-Bas. En France aussi, les prix des bovins stagnent sur ces dernières semaines. « La baisse du pouvoir d’achat des consommateurs liée à la hausse des dépenses contraintes se fait ressentir. »

Hausse des coûts de 20 % sur un an
La flambée des matières premières a débuté dès juin 2020 avant de connaître son apogée fin février-début mars. « La guerre en Ukraine n’est pas la seule raison. La gestion Covid divergente en Chine, Inde, Brésil, l’accélération du réchauffement climatique, surtout dans l’hémisphère nord, ou encore la politique agricole en Inde ou en Chine (blocage des exportations, stockage) sont également en cause », détaille Philippe Chotteau. Sur un an en France, l’Ipampa (indice des prix d’achat des moyens de production agricole) en viande bovine a flambé de 22 %. Le prix des aliments achetés a grimpé de 24 %, la hausse est de 108 % pour les engrais et de 58 % pour l’énergie et les lubrifiants. « Les 40 ans de mondialisation ont apporté des bénéfices, notamment des importations moins chères, mais aussi des crises régulières : crise économique et financière de 2008, pandémie, guerre en Europe », souligne Thierry Pouch, économiste APCA. « Allons-nous vers une désoccidentalisation des marchés agricoles ? Quels seront les jeux d’alliances demain dans un contexte de rivalités entre les États-Unis et la Chine ? », questionne-t-il.

Des prix élevés durables ?

Si le secteur bovin est moins dépendant des aliments du bétail que les monogastriques, il est plus vulnérable aux aléas climatiques. Et ces productions à cycles très longs manquent de visibilité sur les marchés. Nous pouvons nous demander si ces prix élevés ne vont pas durer comme c’est le cas en viande ovine depuis quelques années. La demande est bien là et les crises actuelles remettent l’alimentation au 1er rang. En parallèle, l’inflation s’annonce durable, sur au moins deux ans. Quelle sera la place des protéines animales ? Nous observons aujourd’hui plutôt une hausse de la consommation d’œufs et de poulet, des produits « premiers prix » . La situation est incertaine, mais la viande bovine a de bons atouts. Philippe Chotteau Chef du département économie Idele

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