Morbihan

Un cas d’école

Dans une société où le lien avec l’agriculture s’est souvent distendu, les fermes pédagogiques permettent de retisser une relation et de diffuser une image positive de la profession. Zoom sur une réussite morbihannaise. 

« Ici, c’est une ferme, pas un parc animalier ». D’une simple phrase, Tiphaine Chatal résume l’esprit de « La petite arche de la vallée », sa ferme pédagogique. Après avoir travaillé dans l’animation équestre, la jeune femme est revenue s’installer, il y a huit ans, sur l’exploitation familiale, à Nivillac. « À l’époque, un voisin qui partait en retraite nous a proposé ses terres ». Pour la Morbihannaise, c’est l’élément déclencheur. Celle qui aime faire découvrir et partager ses passions au jeune public a depuis plusieurs années une idée en tête : créer une ferme pédagogique. Mais pas question de se lancer à la légère. La première année d’exercice, priorité est donnée à l’exploitation laitière. « Ce n’est qu’une fois cette partie stabilisée que j’ai vraiment commencé à réfléchir et à concevoir concrètement mon projet d’accueil ». Avec une ligne de conduite claire : le volet pédagogique devra constituer une activité économique à part entière. « Je voulais quelque chose qui génère un vrai revenu, qui ne mette pas en péril la santé financière de la ferme ».

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Les mois de mai et juin correspondent à la haute saison pour les visites de scolaires sur la ferme pédagogique.

Un vrai potentiel

Forte de son expérience antérieure dans l’accueil de scolaires, elle sait que l’exercice, pour être rentable, implique d’être en mesure d’accueillir un car entier affrété par une école, soit une cinquantaine d’enfants. Le tout dans de strictes conditions de sécurité, afin de pouvoir être agréé comme établissement recevant du public. « Nous avons la chance ici d’avoir un site où tout est de plain-pied. Mais il a fallu imaginer et sécuriser le chemin emprunté par les petits ». L’activité de la ferme ne s’arrêtant pas lors des visites, le parcours a donc été conçu pour ne pas croiser la route d’un associé de la Cuma venant récupérer un matériel ou celle d’un camion effectuant une livraison.
Ne laissant rien au hasard, l’agricultrice se rend dans d’autres fermes pédagogiques, en quête de bonnes idées. Et elle va jusqu’à réaliser un inventaire des établissements scolaires des environs. « J’ai recensé 75 écoles situées dans un rayon de 20 minutes de trajet ». Si on y ajoute les centres de loisirs qui existent aujourd’hui dans presque chaque commune, pas de doute le potentiel est bien là !

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L’exploitation laitière compte également quelques chèvres, poules, lapins et un cochon, ce qui permet d’évoquer les différentes productions agricoles.

Le cercle vertueux de l’agriculture

Alors en 2019, Tiphaine, désormais associée sur l’exploitation à son conjoint Mathieu, franchit le pas et reçoit ses premiers groupes. « En fonction des classes d’âge, j’adapte la présentation et les activités. Pour les maternelles, qui ne maîtrisent pas encore la lecture, j’utilise beaucoup les images et j’essaye de jouer sur les cinq sens. À partir du niveau de CP, l’approche est plus expérimentale, nous fabriquons du beurre par exemple ».
À travers les différents ateliers, c’est le cercle vertueux d’une exploitation qui se dessine. « J’explique que les cultures servent à nourrir les vaches qui produisent le lait qui peut être transformé en beurre. Quand on traverse la fumière, je rappelle aux enfants se pinçant le nez que cela sert à faire pousser les légumes et les fruits qu’ils voient dans le jardin potager ». Partout, la dimension pédagogique est présente. Dans le jardin, quatre parcelles permettent d’expliquer la rotation des cultures pratiquées à l’échelle de l’exploitation. Et si l’on est bien sur une ferme laitière, quelques chèvres, poules, lapins et un cochon sont là pour évoquer plus largement les différentes facettes de l’agriculture bretonne.

Pleine saison scolaire

Le succès ayant été au rendez-vous dès la première saison, une salle dédiée à l’accueil a vu le jour, via un financement Inaf (lire ci-dessus). « Cette salle est un atout pour abriter le pique-nique des enfants, et aussi certains ateliers, notamment quand il fait mauvais, souligne Tiphaine. Là, nous sommes en pleine période pour les scolaires, avec des visites qui se concentrent sur les mois de mai et juin. Les cars arrivent généralement vers 10 h, après la traite. Et ils repartent vers 15 h 30. C’est chronophage, bien sûr, mais cela reste compatible avec l’activité de la ferme ».
Outre les établissements scolaires, la ferme pédagogique reçoit également des groupes, des familles tout au long de l’année. Aussi, pour ne pas être sans cesse dérangée par les demandes de renseignements téléphoniques, l’éleveuse s’appuie sur un site Internet avec calendrier des disponibilités et réservations en ligne. « En accueillant du public sur ma ferme, je me sens utile. J’ai le sentiment de mettre en valeur toute l’agriculture. Mes parents ont milité pour défendre la profession. Moi, c’est ma manière de faire ». Une manière qui pourrait faire école.

Jean-Yves Nicolas

Pour en savoir plus : La petite arche de la vallée, lieu-dit Guervinan,56130 Nivillac.
Mail : lapetitearchedelavallee56 @gmail.com, site : www.lapetitearchedelavallee.com

Un projet bien réfléchi

Dans le cadre du Grand plan d’investissement 2018-2022, l’État français a mis en place, en partenariat avec l’Union européenne, l’Initiative nationale pour l’agriculture française (Inaf). Le Crédit Mutuel de Bretagne a été habilité à diffuser le prêt Inaf qui permet à l’emprunteur de bénéficier d’un fonds de garantie. Le projet de Tiphaine Chatal, très bien réfléchi, s’inscrit parfaitement dans le cadre de ce financement à conditions avantageuses, puisqu’il s’agit d’une diversification qui lui permet d’assurer un revenu complémentaire sur l’exploitation . Stéphane Renaud, Responsable de clientèle agricole au CMB, Pôle de Questembert.

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