L’alimentation automatisée décortiquée par les conseillers

dd8075.hr - Illustration L’alimentation automatisée décortiquée par les conseillers
Le robot d’alimentation Trioliet sur rail distribuant les rations aux génisses sur la gauche et aux vaches en production sur la droite.
Des conseillers bâtiments présentent une étude très complète sur la conception des bâtiments et le choix des équipements concernant les projets d’investissement dans un robot d’alimentation. 

En France, la première communication vers les éleveurs sur un système de robot d’alimentation date du Space 2012, rappelle Arnaud Buel de la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire. « Depuis, l’offre s’est beaucoup développée face à un contexte d’agrandissement des troupeaux, d’intérêt pour la conduite par lots, de réduction de la part de pâturage et de l’intensification notamment sur la main-d’œuvre. Sans oublier que les nouvelles générations sont davantage attirés par le travail avec le numérique et les automatismes.  »
Derrière la traite qui représente 50 % de l’astreinte en atelier lait, vient l’alimentation avec 28 %. Pas étonnant que les constructeurs aient travaillé sur le développement de solutions sur ce créneau. « Aujourd’hui, 12 constructeurs proposent un système d’automatisation sur le marché. Et on compte probablement plus de 200 systèmes mis en route en France actuellement. Cette croissance va se poursuivre…  »

Un guide de références disponible

Mais attention, la mise en œuvre d’une telle option dans une exploitation représente des coûts très importants (voir encadré). C’est pourquoi un groupe d’experts du bâtiment, de l’alimentation et du machinisme issus de l’Idele et des Chambre d’agriculture de l’Ouest (Bretagne, Normandie, Pays de la Loire) a entamé une vaste étude il y a trois ans pour produire un guide très complet destiné aux éleveurs et aux conseillers en manque de références et de repères au moment du projet. Implantation de la cuisine, construction de bâtiment ou adaptation de l’existant, choix de l’équipement (sur rail ou sur roues) parmi toutes les propositions du marché, estimation du temps gagné, coût d’investissement et de fonctionnement, conséquences zootechniques… En s’appuyant sur les résultats d’essais de la bibliographie et des enquêtes dans près d’une quinzaine d’élevages équipés, tout a été passé en revue pour produire un guide disponible depuis quelques semaines.
La première motivation pour investir dans un robot d’alimentation est la recherche de gain sur le temps de travail. « Mais attention, dans ce type de système, 50 à 70 % du temps de travail restant est lié au remplissage de la cuisine. Il est donc primordial de réfléchir à l’emplacement de chaque élément. Il est fortement recommandé, dans la mesure du possible, d’implanter la zone de stockage intermédiaire, c’est-à-dire la cuisine, au plus près des silos de fourrages  », explique Arnaud Buel.

Des stockages intermédiaires que le porteur de projet pourrait être tenté de voir grand pour limiter la fréquence de remplissage. Jean-Luc Ménard de l’Idele met tout de même en garde sur certains risques. « D’une part, augmenter la capacité de la cuisine représente des coûts supplémentaires en termes d’équipement et de bâtiment. Mais surtout, pour distribuer une ration toujours de qualité, il faut prendre en considération le risque d’échauffement des ensilages notamment en été. » Une étude suisse montre ainsi que l’approvisionnement en cube est moins sensible à l’échauffement et à la remontée de pH dans le temps que l’apport en vrac. «  En cube, le stockage sur 48 heures fonctionne bien  ». Sur le terrain, Arnaud Buel rapporte qu’un compromis autour d’1,5 jour de capacité de stockage semble être intéressant, pour d’un côté limiter le coût des infrastructures, et de l’autre pouvoir remplir le samedi après-midi et être libéré jusqu’au lundi matin…

La bonne fréquence quotidienne de distribution

Les auteurs de l’étude se sont penchés également sur les avantages zootechniques de l’automatisation de l’alimentation. S’appuyant sur différentes références bibliographiques en France et à l’étranger, Jean-Luc Ménard tient à tordre le cou à une idée souvent rapportée. « L’augmentation de la fréquence de distribution n’a pas d’effet significatif sur la production de lait.  » Le spécialiste souligne au passage que l’amélioration des performances du troupeau parfois constatée avec la mise en route du robot d’alimentation s’explique par un ensemble de changements qu’elle induit : la composition de la ration évolue avec l’utilisation du matériel, l’approche avec des régimes par lots collant mieux aux besoins est mise en place, la compétition sociale diminue, voire les bâtiments s’améliorent (couverture de l’auge, allongement de la table d’alimentation avec davantage de places)… « En traite robotisée en revanche, des Hollandais ont montré que 6 distributions quotidiennes plutôt que 2 stimulaient l’activité des vaches favorisant la fréquentation du robot et de l’auge », rapporte Jean-Luc Ménard. Mais il ne faut pas aller trop loin : « Un essai italien comparant 6 et 11 distributions par jour a mis en lumière une réduction significative des couchages longs dans le 2e cas. Conclusion : 11 distributions, c’est trop, ça mène à de la suractivité qui perturbe les animaux.  »

À télécharger gratuitement

Ceci n’est qu’un extrait des informations, recommandations, astuces et erreurs à éviter collectées par le groupe d’experts. La restitution de l’ensemble de leur travail est à retrouver dans le guide « Automatisation de l’alimentation en élevage bovin ». Ce document très détaillé balayant tous les enjeux de la mise en place et de l’utilisation quotidienne d’un système d’automatisation de l’alimentation est à télécharger gratuitement (au format .pdf) sur www.idele.fr (taper « Automatisation de l’alimentation » dans la fenêtre de recherche, publication du 2 février 2021). 

Une rentabilité à chercher dans les élevages de taille importante

Selon le matériel, le coût d’un système va de 150 000 à 350 000 €. « Mais il faut aussi avoir en tête tous les coûts induits qui ne sont pas négligeables », précise Arnaud Buel. « S’il faut construire la cuisine, à 150-160 € / m2 ». Pour les systèmes sur roues, penser au cheminement à 30-35 € / m2 bétonné. Et parfois rajouter des portails automatiques, reconstruire des silos trop éloignés… « Surtout, coûts d’investissement et de fonctionnement varient fortement en fonction de l’effectif alimenté par le système. Comme pour tout robot, le niveau de saturation de l’outil joue sur son coût. Notons tout de même que nous n’avons rencontré aucun système saturé », poursuit l’observateur. Avant de rapporter les résultats d’une simulation : « Pour un système sur roues, on obtient un coût très élevé de 40,5 € / 1 000 L pour 150 têtes nourries (vaches et génisses) et 800 000 L de lait produits. Pour 300 têtes nourries et 1,7 million de L produits, on constate une économie d’échelle significative : le coût passe à 24 € / 1 000 L. »


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