Élevage

Le confort climatique n’est pas uniforme dans l’étable

Si les éleveurs entendent parler du THI, un index permettant d’appréhender le stress thermique, l’Institut de l’élevage s’est intéressé au HLI pour montrer l’hétérogénéité du confort climatique au sein d’une stabulation.

Les bovins craignent peu le froid mais sont beaucoup plus sensibles que l’homme dès que le mercure monte au-dessus de 20 °C. Surtout, quand il fait chaud, leur inconfort est décuplé si l’humidité ambiante est forte. L’été, on atteint très facilement 45 à 50 % d’humidité relative. Mais les journées très humides ou orageuses, on monte bien au-delà. Rapidement, les animaux peuvent se retrouver en stress thermique qui, s’il dure, peut avoir des conséquences sur le bien-être, la santé et les performances.

Le THI, un bon critère d’alerte

« Concernant le stress thermique, on utilise communément le Temperature humidity index ou THI pour l’appréhender. Une valeur obtenue en confrontant la température à l’humidité relative », explique Bertrand Fagoo, du Service « Capteurs-équipements-bâtiments » à l’Institut de l’élevage. « Simple d’approche et disponible sur des applications Smartphone, le THI est soit estimé en s’appuyant sur les données météo locales, soit calculé plus précisément grâce à une station météo sur l’exploitation. C’est un bon indicateur d’alerte. » Les vaches commencent à ressentir un stress à partir d’un THI de 68. « Un seuil vite atteint puisqu’il correspond à une température de 21 °C pour une humidité relative de 70 %. Ou à une température de 22 °C à 50 % d’humidité… »  

De l’air pour évacuer la chaleur

Deux autres critères importants vont aussi jouer sur le confort climatique de la vache. « D’abord, le THI ne prend pas en compte la vitesse de l’air. Dans un bâtiment bien exposé au vent, une vitesse d’air élevée favorise la dissipation de la chaleur et vient abaisser la température ressentie par les animaux en les touchant. Ainsi les bâtiments étroits et très ouverts l’été sont préconisés pour les troupeaux à l’intérieur. »       
L’autre élément primordial est le rayonnement. Ce dernier peut être direct : « C’est par exemple le soleil qui vient taper directement sur les logettes en entrant par un long-pan de bâtiment ouvert en grand au sud ou en traversant les translucides en toiture au sud et à l’ouest… » Ou indirect : « Des matériaux comme le béton accumulent de la chaleur en journée et la restituent la nuit. » Un rayonnement important est défavorable au confort des animaux.

Le LI pour cartographier le confort climatique

Dans le cadre d’une étude commanditée par le Cniel, l’Institut de l’élevage a travaillé sur la mesure du confort climatique dans les étables. Durant les étés 2018 et 2019, 15 stabulations ont ainsi été étudiées. « Nous avons mesuré la température et l’humidité relative à la base du calcul du THI, mais aussi la vitesse de l’air et le rayonnement. » À partir de ces données, on obtient le LI (Hi load index), un indicateur plus complet permettant d’approcher plus finement le ressenti des animaux. Le rayonnement a été évalué grâce à la mesure de la température du globe noir : « On se sert d’un thermomètre spécial coiffé d’une boule noire en laiton qui absorbe le rayonnement. »

Sur le terrain, les enceintes ont été quadrillées par des mesures tous les deux mètres dans la largeur et dans la longueur. Puis par extrapolation, le LI a été déterminé tous les 50 cm : ces valeurs reliées à une échelle de couleurs permettent à l’arrivée d’obtenir une cartographie du bâtiment. « Une belle représentation, très pédagogique, qui met en évidence les zones les plus confortables et les moins confortables à l’intérieur d’un même bâtiment. » Une étude menée lors de journées sans nuage de deux étés chauds pour bien appréhender l’effet du rayonnement. « Ces informations ont clairement montré que le confort climatique n’est pas uniforme dans une étable. Cela a permis d’ouvrir de riches discussions avec les éleveurs », termine Bertrand Fagoo. « Nous nous sommes par exemple rendu compte que dans la majorité des exploitations équipées de ventilateurs pour lutter contre le stress thermique en été, soit le bâtiment était sous-équipé, soit les ventilateurs n’étaient pas assez performants avec une grosse hétérogénéité des flux d’air et du confort à l’intérieur d’une même enceinte. Il existe aujourd’hui de nouveaux matériels performants, les éleveurs doivent vraiment s’appuyer sur leurs conseillers avant d’investir. » 

Le ventilateur n’est pas la priorité
« Pour éviter le stress thermique des animaux en été, avant d’installer des ventilateurs, et encore plus avant de brumiser, il faut chercher en priorité à apporter de la vitesse d’air dans le bâtiment et limiter le rayonnement », recommande vivement Bertrand Fagoo. « Retenons qu’au-dessus de 20 m de large, la circulation de l’air devient plus compliquée. » Au-delà, des conceptions avec des décalages de toiture peuvent optimiser la ventilation. Et sur l’existant, il faut ouvrir de plus en plus les enceintes en commençant par démonter les bardages au nord et à l’est, aménager des filets ou rideaux modulables qui apportent un bénéfice en termes de confort climatique. Pour éviter le rayonnement, les translucides en toiture peuvent être remplacés côté sud ou ouest ou peints pour les rendre opaques. Si la hauteur sous plafond est limitée au-dessus des animaux (les fibrociments rayonnent par exemple), l’isolation de la toiture sera intéressante. En traite conventionnelle, l’éleveur breton qui pense à installer des ventilateurs doit peut-être commencer par l’aire d’attente, là où les vaches sont généralement serrées, parfois confinées sous un toit bas voire avec des translucides par lesquels le soleil tape. « Par contre en robot, il ne faut surtout pas installer de ventilateur au-dessus des stalles : en créant des zones confortables, on reconcentre les animaux et recrée des conditions de stress thermique. »
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