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Les Européens développent le commerce du bovin vif

Les Français et les Allemands sont davantage positionnés sur le commerce dans l’Union européenne, alors que l’Espagne est devenue leader sur les pays tiers.

« Le commerce de bovins vivants réalisé par les pays de l’Union européenne (UE) est en croissance régulière, représentant 5,3 millions de bovins en 2019 dont 1 million vers les pays-tiers. Depuis 2012, ce commerce a connu une hausse de 18 % dont 13 % au sein de l’UE et 49 % vers les pays tiers », a chiffré Germain Milet, de l’Institut de l’élevage, lors d’un webinaire sur les marchés bovins européen et péri-méditerranéen le 28 mai.

Tous les types d’animaux sont exportés par les Européens

« En France, les broutards lourds de plus de 300 kg représentent 55 % des exportations de vif, environ 800 000 bovins par an, ce qui n’a pas d’équivalent ailleurs : la « french touch » répond à la demande très spécifique des engraisseurs italiens. C’est positif car nous n’avons pas vraiment de concurrence sur ce type d’animaux, mais c’est aussi délicat car il n’y a pas de demande en dehors de l’Italie. » Dans les exportations européennes hors France, cette catégorie de broutards ne pèse que 7 %. « Tous les types d’animaux sont concernés par l’export vif par l’Europe, du veau laitier non sevré au reproducteur, en passant par l’animal prêt à abattre. »

On observe aussi que les grands exportateurs intra UE – la France et l’Allemagne – sont différents des exportateurs vers pays tiers. La France notamment y est moins présente aujourd’hui. L’Espagne y occupe une position croissante avec 193 000 têtes en 2019, soit 120 % de plus qu’en 2012, suivie par la Roumanie. « Exporter des animaux vivants sur de longues distances est complexe car il faut gérer les fourrages, les effluents ainsi que le bien-être animal. Des opérateurs sont spécialisés pour les longues distances. Alors que le coût est de 100-150 €/t vif pour aller de France en Italie ou Espagne, il monte à 400-500 € vers le Proche-Orient. »

« Les types de bovins exportés vers les pays tiers sont davantage des animaux de forte valeur individuelle (reproducteurs et bovins finis) ou des animaux légers et sevrés présentant un fort potentiel de prise de poids. »
Le 1er bassin importateur de bovins vivants au monde est le pourtour méditerranéen avec 1,7 million de têtes en 2019. La Turquie, le Liban, Israël, l’Algérie sont des destinations importantes… Sur cette zone, l’UE est concurrencée par le Brésil, l’Uruguay ou l’Australie. Vers le Moyen-Orient, les destinations européennes se diversifient (Iran, Koweït, Qatar qui s’ajoutent à la Jordanie et à l’Irak) en bovins comme en ovins, ce qui pourrait simplifier l’export vers ces pays. L’Asie centrale pourrait aussi être une nouvelle destination.

L’Espagne en plein essor

L’Espagne est un des acteurs montants dans ce commerce international. Matilde Moro, de l’Asoprovac (association regroupant 70 % de la production bovine espagnole), rappelle quelques chiffres sur la filière bovine dans son pays. « En hausse depuis 2008, la valeur de la production bovine espagnole atteint 3,3 milliards € en 2019. Elle compte 100 000 élevages et 6,7 millions de têtes. »

L’Espagne importe beaucoup d’animaux pour l’engraissement : 692 000 têtes en 2019. « Les catégories les plus importantes sont les moins de 80 kg (462 000 têtes en 2019). Ils viennent surtout de France, d’Irlande et d’Allemagne. » Elle souligne d’ailleurs que 61 % des tonnes importées d’animaux vivants viennent de France.
Côté exportations, l’Espagne augmente ses ventes de bovins en vif (240 000 têtes en 2019) : au Liban, en Libye, en Algérie et en Italie, pour des animaux supérieurs à 300 kg et au Maroc et au Portugal pour les 80-300 kg. « Nous diversifions également nos débouchés. Signe encourageant, nous observons une croissance de la valeur de nos exportations. »

Plus d’exportations vers l’Italie

Matilde Moro est aussi revenue sur la situation depuis le début de l’année 2020. « Le pays enregistre une baisse de 10 % des exportations vers les pays tiers mais progresse dans l’UE, de 16 %. Cela concerne surtout des bovins vivants envoyés pour l’abattage en Italie. » Les exports de viande vers pays tiers sont aussi en hausse de 35 %. Malgré cela, les prix à la production sont quand même en chute de 5 %. Le pays a enregistré une réduction de l’engraissement et des abattages estimée à 10 %.

Une demande méditerranéenne

Les pays méditerranéens sont demandeurs de bovin vif car la chaîne du froid n’y est pas forcément aboutie et c’est un moyen pour eux de maîtriser l’abattage rituel et de rassurer les consommateurs sur place. Troisième point, les peaux et les abats peuvent y être valorisés. Par contre, les aspects réglementaires, politiques… jouent un rôle majeur sur ces exportations. Côté sanitaire, la plus grosse perturbation dans les années récentes a été liée à la FCO qui impose des quarantaines, des vaccinations, des sérologies. Elle nous embête plus que la fièvre aphteuse pourtant plus grave. Sur la Covid-19, les perturbations ont été liées au dépistage de la maladie dans les équipages.Germain Milet, service économie des filières Idele

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