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Les marchés face aux dix plaies d’Égypte

Alors que les marchés agricoles avaient mis le cap au nord, ils se sont brutalement retournés fin janvier, face à des dangers qui touchent pourtant autant l’offre que la demande.

2020 commence décidément sous de biens mauvais auspices. Aux incendies australiens, au cheptel porcin chinois décimé par la peste porcine africaine, à la guerre commerciale sino-américaine, aux tensions géopolitiques au Moyen Orient, se sont ajoutés l’explosion du coronavirus en Asie, le retour du virus influenza H5N8 hautement pathogène dans la filière avicole polonaise, et l’invasion des criquets migrateurs en Afrique. Une énumération qui ferait presque penser aux dix plaies d’Égypte !

Les marchés financiers, bien que toujours drogués aux largesses des banques centrales, ont fini par trébucher. Les actions dévissent, le pétrole plonge, et les commodités agricoles leur emboîtent le pas, alors que les investisseurs se replient sur les valeurs refuges (obligations d’état, dollar et or).

Forte incertitude liée au coronavirus

Les fonds d’investissement aiment le risque, mais pas trop… Ce qui les amènent aujourd’hui à prendre refuge est essentiellement l’impossibilité de quantifier l’incertitude liée à l’épidémie chinoise. Celle-ci est-elle capable de changer radicalement de dimension, alors que l’OMS parle d’urgence sanitaire mondiale ? Ce coronavirus qui a tué plusieurs centaines de personnes en Chine peut-il pousser l’économie mondiale au bord de l’effondrement ? La dimension psychologique de cette maladie contagieuse et sournoise, relayée par une énorme couverture médiatique, n’est pas à minimiser ; à l’image de l’impact de l’épidémie de Sras [1] sur les marchés américains en 2003 (-10 % pour le S&P500), alors que le nombre de victimes avait été infiniment plus faible que celui provoqué par la grippe hivernale chaque année.

Ce coronavirus, dont il est à l’heure actuelle impossible de quantifier les conséquences, pourrait être le cygne noir tant redouté des marchés. La comparaison avec l’épisode du Sras, qui avait été suivi d’un très fort rebond du marché actions, ne se révèle en effet, pas pertinente. Lorsque l’épidémie s’était déclarée fin 2002, les marchés actions se relevaient alors à peine de la récession américaine de 2001 et le S&P 500 était seulement à 900 points contre 3 300 points en fin d’année 2019. De plus, la part de la Chine dans le PIB mondial était de 4 %, contre 16 % en 2018. Depuis, l’Empire du Milieu est devenu le premier consommateur de quasiment toutes les matières premières et le premier partenaire commercial d’un grand nombre de pays.

Une correction massive des indices boursiers ?

Alors que l’on croyait les marchés financiers vaccinés contre toutes les mauvaises nouvelles depuis quelques années, le coronavirus semble pourtant capable de dégonfler des actifs que beaucoup jugeaient dans une bulle. Il éteint, en effet, deux des trois réacteurs qui les alimentaient, à savoir la confiance des investisseurs et la croissance chinoise. D’ailleurs paradoxalement, plus les autorités chinoises agissent efficacement en confinant des millions de personnes en quarantaine, plus le risque d’un violent coup de froid sur leur activité économique augmente dans l’immédiat. Pour l’instant, le dernier réacteur, celui de la liquidité, activé par les banques centrales, est demeuré rigoureusement inchangé. Mais cela sera-t-il suffisant pour empêcher une correction massive des indices boursiers ?

Les céréales, des valeurs refuges ?
Les investisseurs opérant sur les marchés agricoles sont de deux ordres, ceux de court terme qui y recherchent de la volatilité et s’intéressent peu aux fondamentaux (managed funds) et ceux qui placent leur argent sur du long terme et sont plutôt facteurs de soutien des prix (les Index funds). Il sera important de scruter le comportement de ces derniers dans les prochaines semaines. Car les actifs tangibles que représentent les céréales peuvent s’avérer des valeurs refuges. Notamment le maïs, dont le bilan mondial se tend, et qui représente le grain le plus financiarisé à Chicago. Car enfin, il faut bien continuer à nourrir la planète !

[1] Syndrome respiratoire aigu sévère

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