Découvertes

Jean-René redonne vie aux épaves

Jean-René Petibon donne une seconde vie au bois d’épaves de bateaux en créant des sculptures en lien avec le monde marin.

Jean-René Petibon a découvert l’art dès son plus jeune âge grâce à sa grand-mère qui tenait une ferme sur l’île de Bréhat pendant que son grand-père qui était dans la marine nationale naviguait sur les mers du monde. « J’habitais sur l’île, mon père partait de Camaret vers la Mauritanie pour pêcher la langouste sur le Castel Dinn, un bateau équipé d’un vivier. Les 10 marins ne rentraient qu’après 3 à 5 mois de pêche lorsque le vivier était plein. Je passais donc beaucoup de temps avec ma grand-mère. Dès l’âge de 5 ans, mon terrain de jeu c’était la grève. Je ramassais des coquillages, soulevais des cailloux, pêchais des praires… Le matin, on avait école et, l’après-midi, c’était découverte de la faune ou cours de voile. On rapportait ce que l’on pêchait à l’école pour les voir évoluer dans l’aquarium marin », se remémore Jean-René Petibon. Très vite sa grand-mère lui apprend à transformer une coquille Saint-Jacques en personnage, un ormeau en cendrier ou des berniques en sculptures. Pour se faire un peu d’argent de poche, il vendait ses créations aux touristes l’été au bord de la route qui mène au phare du Paon qui se situe à la pointe nord de Bréhat.

La partie arrière d’une épave est devenue un cadre avec 2 poissons.

Le déclic suite à la découverte d’un morceau de bateau

« J’ai vécu à Bréhat jusqu’à mes 23 ans, mes parents ont tenu la supérette de l’île de 1970 à 1990. À l’âge de 15 ans, j’ai commencé à travailler avec eux. Je faisais les livraisons à domicile avec un petit tracteur et une remorque. » Il quitte Bréhat lorsqu’il rencontre sa femme et devient alors ouvrier ostréicole entre Paimpol et Port-Blanc. Il continue de créer. Et, à l’époque, c’est plutôt de la peinture avec parfois des créations qui s’articulent autour d’un coquillage. Le déclic viendra en 1998 lors d’une balade en kayak où il découvre un morceau de bateau de couleur bleu qui lui fait penser à une peau de poisson. « J’ai naturellement pris ma scie sauteuse pour en faire un poisson. » Mais l’image du bateau sur lequel son père allait pêcher la langouste en Mauritanie et qui gît aujourd’hui dans le cimetière marin de Camaret resurgit. « Je me suis dit qu’il fallait que je redonne vie à ce bois d’épaves. »

Entre deux expositions, certaines créations de Jean René sont exposées dans
sa maison.

Récupération dans les cimetières marins

Le monde marin et les poissons sont omniprésents dans les sculptures sur bois d’épaves de Jean-René. « Au départ, j’allais chercher mon bois directement dans les cimetières marins de Loguivy-de-la-Mer ou de Plougrescant. Mais, maintenant, c’est mon ami Gilles Conrad, qui est charpentier de la Marine à Paimpol, qui m’en récupère régulièrement sur des bateaux destinés à la déconstruction. » L’artiste possède aujourd’hui un gros stock dans son atelier bien aéré pour que le bois puisse sécher.

Bois brut et multichrome

De morceaux d’épaves multichromes — car il ne peint jamais le bois —, l’artiste révèle juste les anciennes couleurs des bateaux et ajoute une couche de vernis une fois son œuvre achevée. « Il faut savoir qu’au fur et à mesure des années les bateaux sont repeints avec des couleurs différentes sans être poncés entièrement. Du coup, les couches de peinture de différentes couleurs s’accumulent sur les coques des navires. En ponçant le bois je vais chercher ces vieilles couleurs qui ont subi l’usure du temps, du sel, du vent et des éléments. » Pour créer une œuvre, il part souvent d’un morceau principal comme ce morceau de bois jaune qui lui fait penser au lieu jaune. Ensuite, il effectue une recherche dans les livres pour reproduire au plus juste la forme de ce poisson avec différents morceaux d’épaves piochés dans son stock. « J’aime rappeler que ces morceaux de bateaux qui composent mes créations ont fait vivre des familles de pêcheurs locaux. Je me considère comme un passeur d’histoire en redonnant un sens, une seconde vie à ces morceaux d’épaves. »

Ne pas s’interdire de rêver
Jean-René Petibon continue d’aller travailler dans les parcs ostréicoles du nord des Côtes d’Armor pour garder un contact physique avec la mer, profiter des couleurs du paysage qui changent tous les jours, sentir les odeurs. « Tout cela m’inspire, me rappelle mon enfance et le temps passé sur la grève. La mer, c’est mon histoire. J’ai passé la moitié de ma vie sur Bréhat, une île marquée par l’empreinte des corsaires et des pirates. Ces thèmes de l’enfance ont stimulé mon imagination. Il ne faut pas s’interdire de rêver même en tant qu’adulte, il est important de continuer à se créer son propre monde et développer son imaginaire. »

Contact : Jean-René Petibon – 1 chemin du Lédano 22500 Paimpol. Tél. : 06 52 79 78 61
Site : www.sculpteursurboisepaves.wordpress.com

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