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La pousse de l’herbe au ralenti

Les RDV de l’herbe

Pas de pluie à Plogonnec (29) depuis le 24 juin. Antoine Le Corre doit réintroduire 19 ha de prairies dans le cycle de pâturage pour ses vaches allaitantes.

À Plogonnec (29), commune rurale située entre Quimper et la baie de Douarnenez, Antoine Le Corre et Chloé Cabilic attendent avec impatience que la pluie revienne. Certes, le manque d’eau fait défaut (les dernières pluies remontent aux 23 et 24 juin). Mais les fortes températures et le vent tendent à ralentir la pousse, voire poussent à l’arrêt végétatif des prairies.

Trois semaines de pâturage d’avance

« Je vais réintégrer dans le cycle de pâturage des vaches allaitantes 19 ha de prairies que j’avais fauché tôt (le 19 juin dernier) et qui ont bénéficié des dernières pluies. Cela me donne entre 3 semaines à 1 mois d’avance au niveau du pâturage ; quitte si la pluie arrive, à les débrayer. » Au niveau du parcellaire dédié au pâturage, les vaches sont au 6e tour avec un intervalle entre deux passages plus long (26 jours). Pour ne pas détériorer les prairies et laisser le temps aux futures repousses de repartir, Antoine Le Corre choisit de faire pâturer ses paddocks rapidement avec beaucoup d’animaux (soit 1 UGB/ are pendant 24 heures pour 3 000 kg MS/ha disponible sur la parcelle) et d’imposer un temps de repos suffisant (l’idée étant de ne pas descendre sous 1 500 kg MS/ ha).

Les stocks fourragers en quantité

Si les pluies tardent à venir, les éleveurs préféreront rentrer les animaux en bâtiment « comme en hiver », afin d’éviter la distribution de fourrages en plein champ, limitant le gaspillage de foin et la dégradation du sol avec le râtelier. Au niveau des stocks de fourrages pour passer l’hiver, l’éleveur a rempli ses objectifs de l’année : « J’ai entre 300 et 350 rounds d’enrubanné et 250 rounds de foin. J’ai encore des prairies à couper pendant l’été (parcelles récoltées en avril et prairies humides). Ma principale crainte aujourd’hui est de savoir où je vais pouvoir tout ranger… » Il a choisi d’avoir son propre matériel de récolte, se permettant ainsi d’échelonner les fauches pour créer du décalage de repousses dans ses prairies.

Période de vêlage et d’agnelage

La 2e période de vêlage a commencé un peu plus tôt que prévu (fin août normalement) : aujourd’hui 14 vêlages sur les 24 ont eu lieu. Une vingtaine d’agnelages est aussi prévue, ce qui permet d’étaler les ventes toute l’année désormais. Le choix d’intégrer des moutons Landes de Bretagne s’est fait à l’installation de Chloé Cabilic en 2016, en complément des vaches allaitantes. Cette race présente plusieurs intérêts pour les éleveurs : sa rusticité (agnelage facile, animaux adaptés au climat, pas de boiterie, petit gabarit), la qualité de sa viande (croissance lente avec commercialisation des agneaux entre 9 et 13 mois), la valorisation des animaux (viande de haute qualité, vente en vif à des particuliers, à des entreprises pour faire de l’écopastoralisme), la participation au maintien de biodiversité patrimoniale (race en déclin à ré-introduire).

Ralentir le pâturage ?
Deux règles d’or pour le pâturage estival : éviter de ‘gratter’ les prairies, c’est-à-dire de les faire trop pâturer en période sèche. Le manque d’eau et le pâturage ras affaiblissent la prairie qui aura du mal à repousser. « On dit qu’une journée de grattage en trop, c’est 8 jours de pousse de perdus » explique André Pochon. En général, à partir de la mi-juillet, il se peut qu’aucun paddock ne soit à la hauteur d’herbe nécessaire pour être pâturé (RGA : 20 cm feuille tendue). Dans ce cas, il faut absolument ralentir le pâturage et distribuer du fourrage. En ralentissant, l’herbe va pouvoir pousser et rattraper son retard ce qui permettra une reprise de pâturage. L’apport en fourrage sera modulé en fonction de la pousse de l’herbe. Et pourra même être stoppé à l’automne si l’herbe est en quantité suffisante.

En zone humide

5e tour d’herbe : les vaches pâturent 2 j/paddock de 1 ha, mais je veille à ce qu’elles ne les rasent pas pour ne pas pénaliser la repousse. Je les change donc de paddock dès que les refus commencent à être entamés. Je garde aussi 4 ha d’herbe en stock sur pied au cas où les fortes chaleurs persisteraient. Les laitières sont en pâturage plat unique. La production de lait a diminué (17 kg/VL) car l’herbe a durci avec la chaleur, et les animaux ont souffert des températures élevées. Cependant, mon objectif n’est pas de maintenir un niveau de production mais plutôt de conserver mon revenu et des animaux en bonne santé. Civam AD 56 : 06 83 60 88 61
Stéphane Henry, Cléguerec (56)

En zone intermédiaire

J’ai fauché 6 ha de foin, dans de bonnes conditions. Mes stocks fourragers sont faits pour l’hiver. J’ai aussi battu 2,5 ha de mélange céréalier (féverole/épeautre/avoine), broyé et stocké en boudin de 10 mètres. Les génisses de 6 mois sont sorties à l’herbe. Et les 7 dernières génisses (Jersiaises croisées) nées en juillet suivent leur mère avant d’être adoptées par 2 vaches nourrices, au retour des vacances. Pour l’instant, tout le monde est à l’herbe. Les taries et les génisses pleines sont sur l’herbe la plus dure. Et pour les VL, je fais de la fauche broute pour qu’en septembre cela redémarre en petite herbe de bonne qualité. Adage 35 : 02 99 77 09 56Christophe GENDRON, Lalleu (35)

En zone séchante

Nous avons fait de la fauche broute du 25 mai au 30 juin, sur les parcelles les plus épiées pour les garder dans le cycle de pâturage et maintenir un intervalle long. En juillet, nous avons retrouvé de l’herbe plus appétente. La production par vache (18 L/VL/jour) est un peu remontée. Avec le temps sec, la pousse de l’herbe ralentit.
Nous allons rouvrir le silo de maïs et en distribuer 6 kg MS avec 1 kg de correcteur azoté, tout en continuant à valoriser l’herbe, grâce à un temps de repousse d’au moins 35 jours. Nous sommes satisfaits de   ce début d’année : nous avons déjà valorisé beaucoup d’herbe depuis février.
Cédapa : 02 96 74 75 50 Tanguy Baudet, Hénansal (22)

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