Edito

Grain contre gain

« La morale est-elle la meilleure des politiques ? » Sujet du bac de philo 2019 ; sujet perpétuel d’agitation de la conscience humaine. La spéculation sur les produits alimentaires est au cœur de la morale politique. Parce que manger est un besoin vital et immédiat, peut-on jouer avec la faim de ses pairs pour se faire de confortables gains sur le grain ?

À moins que l’imprévisibilité des récoltes ne soit bien plus redoutable que l’incertitude des marchés ? Ce qui est sûr, c’est que l’indice FAO des prix alimentaires, basé sur un panier de 55 produits de base, est en hausse depuis le milieu des années 2000. En mai 2019, il a continué de progresser pour le cinquième mois consécutif. Autrement dit, manger coûte plus cher ; et proportionnellement plus dans les pays en développement où les habitants consacrent 60 à 80 % de leur budget pour se nourrir.

Les fondamentaux de l’économie, à savoir la loi de l’offre et de la demande, constituent le socle de cette évolution des prix. Et l’absence de véritable politique de développement agricole dans certains pays à forte croissance démographique expose encore plus ses habitants aux marchés extérieurs. Par nature instable en raison de sa forte dépendance au climat – phénomène amplifié par des facteurs de logistique et de stockage –, le prix des biens alimentaires pourrait donc s’exonérer d’une spéculation financière coûteuse pour les populations, estiment les défenseurs de l’exception « agriculturelle » qui refusent de cuisiner l’alimentation humaine à la sauce boursière. Une position loin d’être partagée par les cercles libéraux. Sous pression de l’opinion, certains investisseurs ont tranché en se retirant de ce marché spéculatif. La morale apparaît à certains égards la meilleure des politiques.

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