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La Chine achètera du lait

Si la crise sanitaire ralentit la production nationale et limite la restauration hors-foyer, la consommation de lait reste dynamique en Chine. Et le pays aura besoin de se fournir sur le marché mondial. 

La consommation de produits laitiers en Chine demeure relativement faible, autour de 30 à 35 L d’équivalent lait par habitant et par an. Trois fois moins que la moyenne mondiale, 10 fois moins qu’en France. Pour autant, la demande progresse vite en volume global et tire le marché mondial. Producteur de lait à Comté et président de l’Idèle, Martial Marguet insiste : « 50 % des exportations laitières vont vers l’Asie, et 35 % en Chine. Il y a encore un fort potentiel de développement vers ce continent déficitaire. On a tous envie d’être acteurs là-bas. »

Le Gouvernement incite à boire du lait

Mais quelles conséquences la Covid-19 aura-t-elle sur le secteur laitier chinois ? Comme les autres pays, l’empire du Milieu va connaître un violent recul de sa croissance. Alors que les États-Unis sont frappés par un chômage de masse (« Bientôt, ce sera l’Europe »), des Chinois désormais sans emploi sont repartis vers les provinces rurales, rappelle Christophe Lafougère du Gira, société spécialisée dans l’analyse des marchés agroalimentaires. « Partout, l’érosion du PIB se traduira par une baisse du pouvoir d’achat. »

La collecte intérieure chinoise avait bien démarré 2020. « Mais avec la baisse du prix du lait qui a suivi l’émergence de la pandémie et la hausse des coûts en alimentation animale, nous prévoyons une baisse de la production sur le 2e semestre. Cette contraction de la marge n’incitant pas l’amont à produire. » Pourtant les récentes recommandations du Gouvernement incitent chaque Chinois à consommer 300 g d’équivalent lait par jour. « Mais seuls 40 % de la population le sauraient et seuls 20 % des Chinois atteindraient cet objectif », note Jean-Marc Chaumet, économiste à l’Idele.

Beurre et poudre maigre dans le panier chinois

Si, en 2019, la Chine avait atteint des records d’importations de poudre grasse, le confinement a rebattu les cartes. Les transformateurs qui ont connu des problèmes de collecte, de logistique et de débouchés ont fabriqué et stocké davantage de poudre grasse : on parle de 200 000 t contre 80 000 à 90 000 t en année normale. « À l’arrivée, sur 2020, on s’attend à une baisse de 15 % des achats de poudre grasse sur le marché mondial, soit environ 100 000 t, fournie en grande partie par la Nouvelle-Zélande », analyse Christophe Lafougère.   

  
Le secteur de la poudre maigre devrait mieux s’en tirer. « Beaucoup utilisée à partir de mai pour la fabrication de glaces, la crise sanitaire a retardé les ordres de commande et les livraisons d’Europe et des États-Unis vont en être décalées. Sur 2020, les importations ne devraient reculer que de 3 %, soit environ 10 000 t. » Même si Christophe Lafougère estime que le prix sera dégradé alors que « le mécanisme européen d’intervention devrait être déclenché dans les prochains mois ».

Concernant les fromages – mozzarella, cream cheese, cheddar et quelques références haut de gamme –, le consultant prévoit un recul de 17 % (- 20 000 t) des achats chinois sur 2 020. « Alors que 70 à 75 % des importations sont destinées à la restauration collective, la fermeture des restaurants et la baisse du pouvoir d’achat vont entraîner une forte baisse du créneau du food service. » Enfin, sur la matière grasse, après un recul des importations en 2019, la Chine devrait profiter du prix bas du beurre et les achats devraient progresser à nouveau sur l’année, « autour de + 10 %, soit environ 10 000  t ».

L’aval investit dans la restructuration de l’amont
L’année 2019 a été marquée par un « redressement de la filière laitière chinoise », note Jean-Marc Chaumet, économiste à l’Idele. « Cette dynamique s’explique par un rebond de prix du lait au producteur, autour de 0,46 € / L, le plus élevé depuis 2014. Couplé à un coût alimentaire relativement maîtrisé : les abattages massifs dus à la peste porcine africaine dans le pays ont conduit à une détente de la demande en soja dont le cours a baissé. » Depuis 4 ou 5 ans, seul l’aval du secteur gagnait de l’argent. Mais en 2019, les entreprises produisant du lait ont vu un retour des bénéfices ou ont fortement réduit leurs pertes. « On a également constaté un resserrement des liens entre amont et aval : les transformateurs ont investi dans les ateliers laitiers soit par l’acquisition d’actions soit par des rachats purs et simples pour sécuriser leur approvisionnement. » La restructuration de l’aval se poursuit d’ailleurs à vive allure. « Aujourd’hui, deux tiers du cheptel chinois se trouve dans des élevages de plus de 100 vaches. »
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