La chouette effraie - Illustration La chouette, alliée des agriculteurs
La chouette effraie.

La chouette, alliée des agriculteurs

Les vieux chênes et les vieilles granges se font rares dans la campagne bretonne. Les oiseaux cavernicoles peinent à trouver des lieux de nidification. Leur présence permet pourtant de limiter les populations de petits rongeurs.

La présence de fientes blanches sur les poutres et de pelotes de régurgitation, ovales, noires et brillantes, sur le sol de cette ancienne maison désaffectée de Nivillac, au sud-est du Morbihan, ne trompe pas. Des chouettes effraie fréquentent régulièrement la vieille bâtisse. « Avec l’accord du propriétaire, je vais y poser un nid », indique Lionel Hochet, passionné d’ornithologie. « Histoire de leur faciliter la tâche ». Ces rapaces nocturnes ne construisent pas de nids. Ils sont dépendants des cavités dans les vieux arbres, d’abris sombres dans les granges, dans les greniers et même dans les clochers. « Pour diverses raisons, ces lieux sont de plus en plus rares dans nos campagnes. Les nids artificiels contribuent au maintien de l’espèce ».

Dans un hameau voisin, un couple d’effraies s’est installé, il y a une dizaine d’années, dans l’atelier d’un artisan couvreur. « Nous y avions posé un nid ; il abrite une à deux nichées chaque année. C’est un plaisir d’observer les petits, à leur sortie, en mai-juin, quand ils sont alignés sur un toit, par exemple ». Dans le secteur, trois espèces de chouettes sont présentes et peuvent nicher dans les abris confectionnés par René Lucas, un agriculteur en retraite, et placés par l’ornithologue. L’effraie, dans de vieilles bâtisses, la chouette hulotte, dans les bois, et la chevêche d’Athéna, plus petite, dans les vergers. À chacune son nid, en fonction de leur taille. « Ils sont souvent rapidement occupés », assure Lionel Hochet, « au pire, il suffit d’attendre l’année suivante ».

Les pelotes de régurgitation contiennent les éléments durs et non digérés des proies avalées en entier, comme les poils, les os. Les pelotes de régurgitation contiennent les éléments durs et non digérés des proies avalées en entier, comme les poils, les os.

Mulots et petits rats

À raison de trois à quatre prises alimentaires quotidiennes par individu, un couple d’effraies et sa nichée peut engloutir jusqu’à 3 000 à 4 000 petits rongeurs dans l’année. « Les chouettes consomment essentiellement des mulots, des souris et des petits rats. Plus rarement des oiseaux et des insectes. Elles assurent un service efficace aux agriculteurs », estime l’inséminateur de profession qui ne manque jamais une occasion d’inciter les éleveurs à installer un nichoir. « Pas dans les bâtiments d’élevage, trop animés, mais dans les bois ou dans des bâtiments, au calme ». Des bâtiments et des rapaces qu’il repère au fil de ses tournées, « quand j’insémine les génisses en pâture, par exemple », ou quand il se balade, jumelles en main, dans la campagne environnante.

Sensibiliser

La passion de Lionel Hochet ne se limite pas aux chouettes. « La huppe fasciée hiverne en Afrique et arrive chez nous au mois d’avril. C’est également un oiseau cavernicole qui a les mêmes soucis de nidification. Je vais poser des nids au mois de mars dans des chênes. Pas trop tôt pour éviter que des étourneaux ne s’y installent ». Il pose également des nids artificiels et des mangeoires en hiver pour les passereaux…
Adhérent de Bretagne Vivante, il participe, voire organise des sorties ornithologiques. « En mai prochain, avec des copains passionnés, nous allons en baie de Somme observer les oiseaux. Une fois par mois, je participe à une sortie avec l’association Oiseaux observés en Bretagne ». Il déplore la disparition rapide de ses protégés (30 % en 20 ans) et s’interroge sur les solutions à apporter.

« Par où commencer ? À l’échelle personnelle, je fais attention à ma consommation, en privilégiant des produits issus d’une agriculture respectueuse de l’environnement. J’incite aussi les agriculteurs à laisser des broussailles dans des coins de champ (habitats pour insectes, hérissons, oiseaux…). Nous intervenons, avec nos associations, dans les écoles pour sensibiliser les jeunes à la protection de la biodiversité. À Nivillac, nous organisons une fête de la nature chaque année avec des sorties ornithologiques et botaniques… ». Lionel Hochet donne de sa personne, avec passion. Ses nids sont une toute petite partie de la solution. Ils rendraient service à nombre d’agriculteurs qui se plaignent des dégâts provoqués par les rongeurs….

Six œufs en moyenne

Espèce monogame, l’effraie peut se reproduire dès l’âge d’un an. Le volume de la ponte est très variable. Il atteint 2 à 14 œufs (6 en moyenne). Contrairement aux autres rapaces nocturnes, l’effraie peut fréquemment effectuer deux pontes dans l’année lorsque les conditions sont favorables. Les dates de la première ponte varient fortement selon les conditions climatiques. Elles s’étalent de mars à juin avec un pic au mois d’avril. Les secondes pontes peuvent intervenir dans le même endroit, avant la fin de l’élevage de la première nichée, de début juin à début août. Cette forte productivité compense une mortalité importante, en particulier chez les jeunes. L’espérance de vie dépasse rarement 10 ans.

Pour en savoir plus : Fête de la nature à Nivillac le 28 juillet. Contact : Lionel Hochet, 06 81 90 14 38


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