Cultures

Fongitech, un outil bien huilé contre la rouille

L’outil d’aide à la décision Fongitech est d’un recours précieux pour les producteurs, en les prévenant des risques de propagation de maladies sur les cultures de blé, et en préconisant la meilleure période de pulvérisation.

La rouille jaune est une maladie fongique qui aime pour le développement de ses spores des conditions d’hygrométrie élevée, des températures douces en sortie d’hiver. Le vent assure la dissémination des spores, contaminant les plants et les champs voisins.

Surveiller l’arrivée de la rouille jaune

Ces conditions météorologiques sont très fréquentes sur la zone littorale. Le secteur de Lanvollon (22) n’échappe pas à cette règle, et Ludovic Pouline, technico-commercial Territoire chez Triskalia, prévient ses collègues de travail quand des foyers de rouille jaune sont observés dans les champs de ses adhérents, le secteur étant précocément et intensément touché par cette maladie. « Elle peut être dramatique pour les céréales : j’ai pu observer ses conséquences sur un triticale qui n’a donné à la récolte que 30 quintaux », se souvient-il. La rouille jaune s’attaque aux céréales dès le stade épi 1 cm sur les variétés sensibles, avec des pustules jaunes alignées entre les nervures et se présente en foyer dans la parcelle.

Pour affiner ses préconisations sur la protection des cultures de céréales, le technicien propose à ses adhérents d’utiliser l’outil d’aide à la décision (OAD) Fongitech, qui prévient en cas de risques faibles, moyens ou forts les attaques de 5 principales maladies, à savoir la rouille jaune, la septoriose, la rouille brune, le piétin verse et la fusariose. Mieux, le logiciel propose des dates d’intervention de pulvérisation, après avoir observé au champ les symptômes.

La rouille jaune se manifeste en foyer dans la parcelle.
La rouille jaune se manifeste en foyer dans la parcelle.

Prendre les bottes

Xavier Blouin apprécie depuis l’année dernière le côté intuitif de Fongitech. Pour le jeune producteur installé à Tressignaux (22) au sein du Gaec la Ferme de Keraziou, l’OAD l’aide « à mieux positionner les fongicides, et pourquoi pas faire des économies ». Très attaché à la réduction de l’utilisation de solutions chimiques, le producteur costarmoricain a conscience des enjeux environnementaux, « et nous savons que l’utilisation de la chimie sera peut-être à l’avenir à justifier ». Les 50 ha de blé sont de nouveau suivis par ce modèle de prévision cette année, qui se base pour avertir d’un risque de propagation de maladie sur la date de semis, la variété, les moyennes météorologiques de 30 années ainsi que les données de l’année, captées par les stations de Guingamp, Paimpol et Trémuson. La conduite de la culture, en labour ou non, et les précédents et anté-précédents viennent compléter l’alimentation du logiciel.

Si le parcellaire est morcelé sur l’exploitation, qui compte deux sites, difficile de passer tous les jours devant les cultures. Fongitech fait donc gagner du temps, et Xavier Blouin consulte les préconisations depuis son téléphone. « J’ai juste à entrer mes dates d’application, avec la spécialité utilisée et sa dose ». L’outil ne lui demande de visiter uniquement que les parcelles concernées par un risque.

Changer de la stratégie systématique

Un des points forts du Fongitech réside aussi dans l’adaptation du programme fongicide au contexte annuel. Et si l’année passée, avec une très forte pression des maladies, les impasses de traitement n’ont pu s’opérer, il permet de coller au plus près de la situation sanitaire des céréales à paille. « Je pulvérisais auparavant 2 fongicides, en 3 passages, à 4 semaines d’intervalle, quelles que soient les pressions de l’année, aux stades 2 nœuds, dernière feuille étalée et floraison », explique le producteur. Cet OAD évite donc les passages non justifiés. Les alertes données par l’application étalent aussi le travail, chaque îlot étant différent et ne demandant alors pas la même protection. « Le T1 peut être aussi déclenché plus tôt », complète Xavier Blouin.

De la semence certifiée pour assurer

Le producteur n’hésite pas à investir tous les ans dans de la semence certifiée, afin de « pouvoir rapidement changer de variété si besoin. J’utilise Fluor, Rubisco, Chevignon, Cellule ou encore Sacramento ». Des variétés différentes en comportement. Et Ludovic Pouline de préciser que « la génétique s’amenuise. Une variété qualifiée de tolérante peut par la suite devenir plus sensible, la maladie contournant ces résistances ».
Le technicien oriente aussi les applications de fongicide vers des spécialités contenant du tébuconazole et de l’azoxystrobine, l’époxiconazole étant laissé de côté à cause des phases de risques qui interdisent les associations de molécules. « La rouille jaune peut brûler en 3 jours les dernières feuilles des céréales. Or ces dernières feuilles concourent à 60 % de la réussite de la culture ». Conquis par l’outil, Xavier Blouin aimerait élargir l’utilisation de Fongitech sur la cultures d’orge, « ce serait un plus », avoue-t-il. Il faudra encore patienter, « le développement des maladies est plus explosif sur orge, le positionnement des traitements est beaucoup moins évident », prévient le technicien.

Des parcelles denses cette année
Les pertes hivernales de plants sont faibles cette année, si bien que les densités peuvent être élevées dans certaines parcelles. Il convient d’être vigilant vis-à-vis de la diffusion et de l’évolution des maladies.
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