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Les particularités de la volaille du Nord de la France

Les éleveurs de volailles du Nord de la France ne sont pas en intégration comme en Bretagne. Ils ont aussi la liberté de choisir leur fournisseur d’aliment, de poussins, mais aussi d’incorporer leurs céréales à l’aliment.

Fin mai, un groupe d’élus et des ingénieurs avicoles de la Chambre régionale d’agriculture ont effectué un voyage d’étude dans le Nord de la France et en Belgique. « L’objectif était de découvrir l’historique, l’organisation de la filière et le retour d’expérience des éleveurs », explique Christian Nicolas, ingénieur avicole. Les éleveurs du Nord sont sur un système complètement différent de l’intégration qui se pratique en Bretagne. « Ils achètent leurs poussins, leur aliment et vendent leurs volailles. Comme notre marché du porc breton, ils ont un marché de la volaille chaque mercredi à Deinze qui définit le cours de la semaine. Les éleveurs choisissent entre différentes formes de contrat ; ils sont payés soit : au cours de la semaine, au prix moyen du cours sur 7 semaines ou au prix moyen du cours sur 52 semaines », décrit Christian Nicolas.

Les volailles abattues en Belgique et en Allemagne

La filière avicole des Hauts-de-France représente 6 % de la production française avec environ 650 000 m² de surface. Suite à la fermeture des abattoirs de Doux Gringourt, Doux Bapeaume et de l’abattoir de dindes de Lens par Gastronome en 2007, la filière s’est tournée vers la Belgique. C’était aussi une opportunité pour les Belges car le prix du foncier chez eux rend très compliqué le développement de la production avicole. Ils étaient donc en recherche d’approvisionnements extérieurs.

Par exemple, pour la coopérative française Uneal et son groupement de producteurs Aviplus, 100 % des poulets sont abattus en Belgique ; en dinde 80 % vont en Allemagne et 20 % en Belgique. « Les dindes font 600 km pour rejoindre l’abattoir allemand », fait remarquer Serge Le Moullec, aviculteur morbihannais et élu Chambre d’agriculture qui faisait partie du voyage. La menace pour ce système est bel et bien une fermeture, des frontières avec la Belgique et l’Allemagne en cas de problème sanitaire.

Une production standardisée

Leur production est très standardisée. Le poulet de souche Ross 308, avec un enlèvement à 35 jours (2,1 kg) et un autre à 42 jours (2,8 kg), est destiné à la découpe. La dinde lourde pour le marché allemand est élevée 16 semaines (10 à 11 kg) pour les femelles et 21 semaines (21 kg) pour les mâles. Tous les outils sont spécialisés que ce soit les élevages, les abattoirs ou les couvoirs.

« Nous avons visité chacun de ces outils. Au niveau des élevages nous sommes largement à leur niveau, la grosse différence se fait sur les abattoirs qui sont bien plus modernes et performants qu’en Bretagne. Ils ont une gamme de produits très standard ne dépassant pas les 10 références », indique Sylvaine Dano, avicultrice et élue Chambre dans le Morbihan. Le poulet élevé en France et abattu en Belgique revient ensuite sur le marché français sous étiquetage “poulet élevé en France“.

Les éleveurs peuvent négocier les poussins et l’aliment

Les éleveurs peuvent négocier leur approvisionnement en poussins avec plusieurs couvoirs. Par exemple, la coopérative Uneal propose aux éleveurs 6 couvoirs qu’ils ont référencés. « Les œufs sont marqués, il n’y a qu’un seul parquet de distribué dans un élevage de poulet. Les œufs sales sont payés le même prix que les œufs propres ce qui induit un meilleur tri au couvoir. Le parc de reproducteurs est plus récent avec 100 % de bâtiments dynamiques. Tout cela donne une très bonne qualité de poussins avec peu de mortalité en élevage les premiers jours », observe Christian Nicolas.

La présence de fournisseurs d’aliment venant de Belgique crée une certaine émulation et de la concurrence ce qui a des répercussions sur la qualité de l’aliment. « Les éleveurs ont accès à un aliment de très bonne qualité. C’est un plus au niveau digestif pour les volailles : l’indice de consommation baisse, les litières sont plus sèches et il y a beaucoup moins de soucis de pododermatites », constate Serge Le Moullec. Si l’éleveur n’est pas satisfait, il peut changer de fabricant d’aliment ou de couvoir. « Les fabricants d’aliment ayant des plannings sur 1 an avec les abattoirs, si l’aviculteur a un problème, il y a 4 à 5 fabricants qui sonnent à sa porte. » Autre avantage non négligeable, dont profitent les éleveurs du Nord, ils peuvent incorporer les céréales de leur exploitation dans l’aliment.

Uneal propose une formule d’aliment un peu dopée permettant aux éleveurs d’incorporer jusqu’à 20 % de céréales sans diminuer les performances. « La technique est peu coûteuse à mettre en place, il suffit d’installer une trémie peseuse qui peut fournir des céréales pour 3 poulaillers. Certains éleveurs incorporent même du maïs humide comme en porc chez nous », constate Christian Nicolas. Un éleveur a indiqué que l’incorporation de céréales lui permet d’améliorer sa marge PA de 2 €/m2/lot en poulet.

Faire évoluer notre système d’intégration

Les aviculteurs du Nord de la France sont vraiment acteurs sur leur élevage. Ils ont la possibilité de choisir leurs fournisseurs de poussins et d’aliment, d’en changer comme ils veulent et de jouer sur l’alimentation en incorporant des céréales comme le font les éleveurs de porc bretons. Ici, nous ne regardons que la marge PA, eux connaissent le cours des céréales, le prix des poussins, de l’aliment. Tous les mercredis, ils regardent la cotation de la volaille au marché de Deinze. C’est beaucoup plus stimulant. Sans reproduire leur modèle à l’identique, nous devons nous inspirer de ce qu’ils font pour faire évoluer notre système d’intégration qui est poussé à l’extrême. C’est de cette manière que nous allons réussir à attirer des jeunes vers nos productions avicoles. Didier Goubil, président du pôle aviculture des Chambres d’agriculture de Bretagne

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