Economie, marchés et gestion

Sylvie Brunel, l’alliée des agriculteurs

Les agriculteurs bretons adorent inviter l’économiste Sylvie Brunel. Elle les comprend. Elle les défend.

Large étole rouge passion glissant des épaules, Sylvie Brunel n’a besoin que de quelques mots pour entraîner une assemblée d’agriculteurs dans le sillage de ses propos. « La Bretagne nourrit sa région. La Bretagne nourrit la France. La Bretagne nourrit le monde ». Le 30 mai, à Guingamp, lors de l’assemblée générale de la Caisse de Bretagne du Crédit mutuel agricole, l’auditoire est incontinent conquis par cette prêtresse de l’agriculture contemporaine. Pendant près d’une heure, son enthousiasme communicatif rayonne. Avec naturel. Ses mots choisis, ses anecdotes, soulèvent l’adhésion.

Remettre l’agriculture au centre

Sylvie Brunel conquiert les esprits hésitants quand elle lâche : «L’agriculteur nourrit les hommes, mais l’agriculteur ne décide malheureusement pas le prix des denrées». Dans la salle, chacun sait que l’agriculteur ne nourrit pas toujours son homme. Mais l’entendre dire par un professeur de géographie de la Sorbonne donne une autre dimension aux mots. Son discours laisse entrevoir que la profession peut être entendue à Paris. Peut-être comprise pour ne plus être injustement compromise… En quelques courtes minutes, la géographe a posé le socle de son intervention qui remet la profession agricole au centre.

« L’agriculture reste le 3e excédent de la balance commerciale. Elle permet le maintien d’emplois bien répartis sur le territoire ». Sylvie Brunel martèle les grands desseins de l’agriculture, les grandes causes que les agriculteurs portent chaque jour dans leur ferme. « Remettre en cause l’élevage ? C’est une aberration », balaie-t-elle, estimant que « pendant que les urbains roulent, les éleveurs captent du C02. Et puis, l’élevage herbager crée des paysages, maintient les services, entretient les cours d’eau ». Elle invoque « d’arrêter de dire que l’élevage constitue une déperdition de protéines. L’élevage est d’abord une assurance vie pour 2 milliards d’humains ».

Raconter de belles histoires

L’économiste s’agace encore de ces urbains qui sont dans « l’amnésie et l’ingratitude ». Savent-ils que « la France est devenue autosuffisante en blé seulement dans les années 50 ? ». Et que jusqu’à cette époque, manger chaque jour n’était pas acquis. « L’agriculture pilote les paysages, verdit la chimie, capte le gaz carbonique, mais surtout répond aux défis alimentaires », rafraîchit-elle les mémoires. « Et tant qu’aucune imprimante 3D ne fabrique pas de grain de blé, il faudra de l’agriculture ». La végétalisation de l’alimentation n’est pas trop à son goût. « Sans compter que des industriels surfent sur cette tendance car cela leur coûte moins cher de fabriquer des produits sans viande ».

De toute façon, la géographe ne croit pas à la suppression de la viande de la table des hommes. « La demande ne va pas cesser d’augmenter. Car il y a une corrélation entre l’augmentation du niveau de vie et la consommation de viande ». Une façon de dire que l’agriculture bretonne basée sur l’élevage a un bel avenir. « Il faut refaire de l’agriculture une priorité stratégique pour sauver la Bretagne, la France », assure Sylvie Brunel qui invite les agriculteurs « à s’emparer du discours et à raconter de belles histoires au consommateur ». Et pour la géographe qui a parcouru le monde, « de belles histoires, la Bretagne en a beaucoup à raconter ». Elle aussi.

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