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EGAlim : Plat unique avec 2600 amendements

L’objectif d’amélioration du revenu de l’agriculteur semble s’être noyé dans un flot de débats consacrés aux sujets de société.

Dimanche soir, il était une heure du matin passée quand les députés ont quitté leur pupitre de l’Assemblée nationale. L’agriculture mérite bien de travailler le week-end… Sauf qu’à lire le compte-rendu des discussions de cette session dominicale consacrée aux États généraux de l’alimentation, on semble bien loin de la préoccupation première de ce grand chantier intitulé « Loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire, et une alimentation saine et durable ». Un chantier à l’origine très circonscrit si l’on se réfère aux 17 articles de loi initiaux. Mais au fil des séances, les sujets sociétaux (restauration collective, aide alimentaire, produits phytosanitaires, etc.) semblent avoir pris l’ascendant.

Et le bien-être des éleveurs ?

Parmi les 2 627 amendements proposés par les députés, nombreux sont en effet ceux qui concernent les sujets sociétaux. Ainsi, dimanche le bien-être animal a résonné de longues heures dans l’hémicycle parisien. Quand soudain cet appel du député, Jean-Charles Taugourdeau, a semblé ramener les parlementaires au cœur du sujet : « J’aurais aimé que le rapport remis au Parlement par le Gouvernement porte également sur l’amélioration des conditions de vie des agriculteurs ». Des propos qui seront certainement appréciés des agriculteurs qui, de ce grand débat, attendent en priorité de retrouver du revenu pour gagner en sérénité et en bien-être.

Tant que cette condition n’est pas remplie, le reste semble bien accessoire. Reste à savoir si l’article 9, qui encadre les promotions, aura réellement cet impact attendu sur les prix agricoles à la production. Socle de cette loi, cet article imposera de relever le seuil de revente à perte de 10 % et interdira l’affichage du mot « gratuit » sur les produits alimentaires. Terminé donc le poulet gratuit offert pour l’achat de deux et place à « trois pour le prix de deux » ? Ne doutons pas que les équipes marketing des grandes enseignes auront l’imagination suffisamment fertile pour séduire le consommateur qui, rappelons-le, n’a jamais demandé à payer plus cher ses produits alimentaires. Bien au contraire.

Que sont devenus les 5 milliards ?

Marc Le Fur, député des Côtes d’Armor, se montre dubitatif sur les effets de cet article visant à contrôler les promotions et plus globalement sur cette loi Égalim en général. « Il y a pire que les textes médiocres ; il y a les textes qui déçoivent », a-t-il lancé devant les députés et le ministre de l’Agriculture. Avant de prédire « la colère du monde agricole ». Et le député LR costarmoricain de s’étonner qu’il n’entende « plus parler des 5 milliards promis à l’agriculture il y a un an ». Des griefs en nombre que le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, a rejeté lors de son discours d’ouverture le 22 mai : « C’est parce que nous voulons une agriculture prospère, compétitive et durable que notre projet vise à soutenir les agriculteurs afin qu’ils puissent vivre de leur travail, tout simplement. » Verdict en mars 2020 quand les centres de gestion remettront en masse les bilans dans les exploitations agricoles bretonnes. 

Jacques Jaouen, président de la Chambre d’agriculture de Bretagne
Jacques Jaouen, président de la Chambre d’agriculture de Bretagne
Le consommateur, grand absent On peut regretter que les sujets de fond ont été quelque peu occultés par les débats sociétaux. Et cela m’a fait mal d’entendre que les agriculteurs font mal leur travail. J’observe en tout cas que le consommateur est le grand absent des débats. Pas grand-chose n’est prévu pour lui faciliter la tâche et faire en sorte qu’il soutienne le modèle agricole familial qu’il plébiscite. Ce modèle est pourtant le socle de la vie et des emplois dans les territoires. Quant au retour de la valeur ajoutée aux agriculteurs, promis par les EGA grâce à une meilleure répartition des marges, j’attends de voir. Comme de nombreux agriculteurs, je crains que l’on demande de monter en gamme sans rémunération supplémentaire.Jacques Jaouen, président de la Chambre d’agriculture de Bretagne
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