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Les éleveurs de l’Adage à la découverte de la Galice

Après la Suisse en 2014, le Civam Adage 35 a organisé cette année un voyage d’études en Galice, au nord-ouest de l’Espagne. Dix-neuf éleveurs laitiers sont partis à la découverte des enjeux locaux et des solutions mises en place par les paysans.

« Le choix de la destination s’est fait sur plusieurs critères. La Galice présente un contexte pédoclimatique proche de celui de la Bretagne et cette région est la 1re du pays en production de lait, avec 55 % des exploitations laitières espagnoles. L’existence d’un contact entre l’Adage et les éleveurs herbagers galiciens a arrêté notre décision. Yann Pouliquen, technicien français installé en Galice depuis 25 ans, était déjà venu visiter des fermes de l’Adage en 2009, accompagné par des éleveurs de son groupe. Le voyage « retour » a donc eu lieu », expliquent les participants.

Du fait du climat propre à cette partie de l’Espagne, une majorité des huit fermes visitées étaient herbagères. Mais leur structure et leur stratégie respectives couvraient une grande diversité, allant de la ferme « zéro achat » (35 VL et 40 ha) à la ferme très intensive (110 ha pour plus de 200 VL). « Il est parfois utile de s’immerger dans une réalité différente pour prendre du recul sur son propre territoire et ainsi mieux penser les évolutions, développer nos capacités de création » réagit l’un des producteurs qui a été très inspiré par un projet agrotouristique visité.

Morcellement, exode rural et eucalyptus

Le morcellement et la petite taille des parcelles ont surpris les participants. « Sur les 40 ha que j’exploite, 15 sont en fermage, et je compte 20 propriétaires… Parfois, je fauche et j’oublie d’aller chercher le foin », blague Xose, producteur laitier. La SAU moyenne pour une ferme laitière en Galice est de 20 ha. En outre, les ventes ou locations de terres sont rares. Marqués par les expropriations sous Franco (1939-1975), les Galiciens sont attachés à leur foncier.

Aujourd’hui, cette région souffre de l’exode rural. Alors que de nombreux corps de fermes sont abandonnés, les terres, quand elles ne sont pas laissées en friches, sont plantées en eucalyptus par les retraités ou héritiers. Subventionnée de 1992 à 2006, la plantation d’eucalyptus occupe aujourd’hui une grande part de la surface galicienne. Le débouché principal est l’industrie papetière, dont le lobbying est important sur le territoire.

La transformation face à la crise

Comme en France, la crise du lait a touché les éleveurs galiciens. Mais les organisations de producteurs ne jouent pas le rôle de contre-pouvoir : « Leur rôle est restreint à des études statistiques… Ils n’ont pas d’action sur la fixation du prix ou la régulation de la production », commente Isabel Vilalba, secrétaire générale du syndicat paysan Sindicato Labrego. Certains éleveurs saisissent toutefois une opportunité. Au contraire de la Bretagne, il existe là-bas une tradition fromagère. On compte ainsi 4 fromages AOC en Galice.

L’Arzua-Ulloa est le plus emblématique, le deuxième fromage AOC d’Espagne et le premier en nombre de vaches. La consommation de ce fromage de lait de vache à pâte molle, pressé à la main, est surtout régionale, et sa fabrication principalement industrielle. Depuis une quinzaine d’années, la transformation artisanale se développe toutefois. Les éleveurs fromagers produisent alors un fromage « de ferme » : le Arzua-Ulloa « de Granxa ». C’est un fromage frais ou affiné. Les éleveurs de l’Adage ont par ailleurs tenu une conférence à l’Université d’agronomie de Lugo, présentant la voie choisie par le groupe : la baisse des charges par la maximisation du pâturage et la recherche d’autonomie fourragère et décisionnelle. Ce voyage a aussi été organisé pour favoriser l’interconnaissance entre adhérents de l’Adage. « J’ai pu discuter avec plusieurs collègues qui ne sont pas de mon groupe, que je côtoie rarement : « On a parlé technique, cela m’a permis de relativiser certaines choses à la ferme… », commente un jeune installé. 

Un projet de transformation à trois
Pilar, Xose Luis et Manuel sont éleveurs sur 3 fermes voisines, à Arzua. Ils sont tous en bio depuis 2008, en système herbe-maïs sur une quarantaine d’hectares chacun, avec environ 15 à 20 % de SAU en maïs. En 2017, ils créent une société à 3. « On s’entend très bien et cela fait déjà longtemps qu’on travaille ensemble, par exemple pour négocier le contrat avec la laiterie lors de notre conversion bio », raconte Pilar. Leur projet est de construire un atelier de transformation sur la ferme de Pilar, essentiellement pour fabriquer du fromage. Bientôt, une entrée d’autoroute sera construite juste à côté : « C’est l’idéal pour la vente directe. » Pilar a d’ailleurs aussi un gîte rural, ce qui constitue un débouché de plus. Sa ferme étant située sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, de nombreux pèlerins s’y arrêtent.

L’objectif de Pilar et ses collègues est double : ne plus dépendre des industries, et « s’amuser un peu ! ». Ils n’ont pas fait d’étude de marché. Les industriels ne proposent que des fromages au lait pasteurisé. Étant ancrés dans le territoire, ils pensent qu’il y a une demande inassouvie de fromage traditionnel, artisanal… « Notre stratégie : c’est de se différencier de ce qui existe déjà, en faisant ce qu’il y avait avant ». La production sera ainsi tournée vers des fromages au lait cru, peu affinés (8 jours). «  Nous allons accorder beaucoup d’importance aux remarques des premiers acheteurs et nous adapter à leur goût. » La rÉglementation pour les « produits laitiers artisanaux » fixe une limite de 20 kg de fromage produit par jour et par personne. À trois, ils auront la possibilité de transformer environ 600 litres par jour. Ils livreront des boutiques et vendront en direct.

Source
Adage 35
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