Élevage

270 jours de pâturage en Bretagne

Qui a dit que les vaches bretonnes ne prenaient plus le grand air ? Les bases de données de BCEL Ouest montrent le contraire. Une laitière bretonne passe en moyenne 10 heures par jour en pâture.

Faire du lait à l’herbe. Les éleveurs bretons le font tous les jours. Sur 2 270 élevages analysés par BCEL Ouest, seulement 0,6 % (soit 14 élevages) sortent leurs vaches moins de 180 jours par an. Et seulement 2 ne sortent jamais leurs vaches.  « Ce ne sont pas des estimations », insiste Manon Jattiot, chargée d’études à BCEL Ouest, indiquant que « les conseillers notent les pratiques. Nos informations sont issues de 3 bases de données : le bilan de campagne (audit lait), de la base sol (jours de présence au pâturage : JPP) et de la base “constat d’alimentation” ».

Anne Prigent, Responsable climat-énergie BCEL Ouest, et Manon Jattiot, Chargée d’études
Anne Prigent, Responsable climat-énergie BCEL Ouest, et Manon Jattiot, Chargée d’études

5,1 mois de plein air intégral

Il en ressort de ces données que la durée moyenne de pâturage est de 270 jours par an (chiffres 2015). « Soit 155 jours pleins si on ramène en 24 heures de présence à l’extérieur. Ou autrement dit, 5,1 mois entiers dehors », précise la chargée d’études. Une durée qui peut légèrement varier d’une année à l’autre en fonction des conditions climatiques. Ainsi la durée de pâturage a été limitée à 258 jours en 2014 en raison de pluies. Avec 268 jours, 2012 et 2013 ont été plus dans la « normale ».

Reste que cette durée de pâturage mesurée en Bretagne reste exceptionnelle. Comparativement, c’est deux mois de plus qu’en Normandie qui affiche une moyenne de 210 jours de pâturage par an. Une durée plus courte qui pourrait s’expliquer par une moindre portance des sols en début et fin de saison et sans doute par une fraîcheur plus marquée responsable d’une durée de pousse de l’herbe plus brève comparativement à la péninsule bretonne baignée par le Gulf-Stream. Quant aux Pays-Bas souvent mis en avant pour leur pratique de pâturage en lien avec le bien-être animal (et surtout l’obligation liée au cahier des charges des laiteries comme Arla qui impose 150 jours de pâturage), les pratiques se résument bien souvent à l’application de la définition européenne qui préconise 6 heures de pâturage journalier de mai à octobre.

37 ares accessibles par vache

L’agrandissement des troupeaux n’a pas eu raison de la pratique du pâturage. « La surface accessible en hectares augmente quand les troupeaux deviennent plus conséquents », observe Manon Jattiot qui suggère deux pistes à explorer : « La mise de parcelles en herbe peut se faire au détriment des cultures de vente ; un regroupement ou agrandissement de troupeau peut aussi se traduire par la construction ou l’aménagement d’un bâtiment au cœur d’un parcellaire plus accessible ».

En moyenne, la surface accessible par vache est de 37 ares, pour une surface en herbe de 24 ha (troupeau moyen de 65 vaches sur 58,2 ha de SFP et 88 ha de SAU). « Les exploitations ont gagné 1,5 ha d’herbe de 2012 à 2016 ». BCEL Ouest constate en revanche des nuances entre départements : dans les Côtes d’Armor, les vaches disposent en moyenne de 20 ares de pâturage et plus de 25 ares dans le Finistère. La moyenne est de 27,1 ares dans le Morbihan. « La structure des exploitations, notamment sur l’Est costarmoricain explique en partie cette moyenne plus basse, mais sans doute doit-on y voir également un certain effet Trévarez sur les pratiques finistériennes ».

Des rations hivernales à 13,5 % d’herbe

Plus de la moitié de la SFP – 55 % exactement – des 2 270 élevages analysés est implantée en herbe. Tout n’est pas pâturé puisqu’une partie de la surface est consacrée à la constitution de stocks d’ensilage, d’enrubannage et de foin, voire est fauchée pour l’affouragement en vert. Nous avons calculé que la ration hivernale est constituée à 13,5 % d’herbe, ramené à l’ensemble des ingrédients (concentrés compris). Cette proportion monte à 57 % sur mai et juin. On sait que lorsque l’herbe représente plus de 5 kg de MS/jour, on mesure un effet positif sur la teneur en Oméga 3 du lait. En Bretagne, cette condition est remplie 6 à 7 mois de l’année. Il y a sans doute là un argument commercial à mettre en avant, au même titre que les 270 jours de pâturage qui évoque le bien-être animal pour le consommateur. Anne Prigent, Responsable climat-énergie BCEL Ouest

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