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Normande : Hiver va montrer sa tête blanche à Paris

« Avoir sa première vache sélectionnée pour le Salon de l’agriculture, c’est gratifiant », avoue Eric Lefeuvre, éleveur à Talansac (35).

Pour la première fois, l’EARL de la Touche Rolland à Talensac (35) participera au concours de la race Normande à Paris. « J’ai toujours été sensible à la génétique, aux belles vaches, à l’idée de mettre en œuvre de bons accouplements », explique Eric Lefeuvre. Salarié d’élevage pendant 10 ans au lycée agricole du Rheu avant de s’installer en 1995, il a cherché à poursuivre les efforts que l’école faisait pour que les élèves soient au contact d’un cheptel de qualité. Pour autant, rares sont les occasions où des vaches de l’élevage sont sorties. « Parfois aux comices, très rarement à la Foire de Rennes ou au Space… »

Capitaliser sur l’image de Paris

Son intérêt pour la belle morphologie a été transmis à son fils, Nicolas, « passionné ». Ce-dernier travaille d’ailleurs chez Évolution, en charge de l’achat de taureaux pour le schéma de sélection. C’est lui qui a motivé son père à tenter l’aventure des sélections. Avec une idée derrière la tête : « Profiter de la renommée d’un concours comme celui-là pour promouvoir l’élevage, s’en servir ensuite en communication pour développer la vente directe. »

L’exploitation vend depuis peu viandes et lait cru aux particuliers ou à la restauration. La race Normande reconnue pour son image de qualité  nous a permis de nous diversifier en valorisant tous ses produits. D’autant que son amie, Marjolaine Appriou, inséminatrice, prévoit de s’installer en créant un laboratoire de transformation afin d’élargir la gamme de produits laitiers et valoriser davantage de lait sous forme de beurre et yaourts par exemple pour démarcher les collectivités et profiter de l’agglomération rennaise à 20 km. « Une vache à Paris, c’est un belle image, un signe de qualité qui renforce l’attractivité. »

Pas de lunettes, mais un pis d’exception

Après un vêlage en novembre, Hiver (Atome*Coccyx), l’heureuse élue pour voyager à Paris, est en seconde lactation. « Pour son deuxième contrôle, elle a atteint une production de 35 kg de lait par jour à 35 de TP et 48 de TB. » Une vache performante et sans histoire. « Son défaut : une tête toute blanche, sans lunettes. Ces tâches autour des yeux caractéristiques de la race, qui protègent du soleil, sont un critère considéré par les étrangers qui achètent des Normandes. » Par contre, elle a d’autres qualités qui sautent aux yeux. « Elle présente une mamelle exceptionnelle qui ressemble à celle d’une Prim’Holstein. Elle flashe grâce notamment à une attache arrière de haut niveau, haute et large. Nous n’avions jamais vu ça », apprécie Eric Lefeuvre. Son système mammaire ne doit pas grand-chose au hasard.

À Paris, Marjolaine Appriou, inséminatrice qui prévoit de s’installer en transformation laitière sur l’exploitation, conduira sa complice Hiver sur le ring.
À Paris, Marjolaine Appriou, inséminatrice qui prévoit de s’installer en transformation laitière sur l’exploitation, conduira sa complice Hiver sur le ring.

« Toute sa lignée avait ce point fort. L’une de ces ancêtres a d’ailleurs participé au Space il y a 10 ans. Et un de ses fils a été génotypé à 160 d’Isu. » Pour Nicolas, c’est aussi une preuve des importants progrès réalisés par le schéma Normand ces dernières décennies. « Il y a 25 ou 30 ans, la race avait beaucoup de retard ». La démocratisation de la génomique a accéléré le mouvement : « Elle a permis de mettre encore plus de pression de sélection pour repérer les animaux à potentiel et fixer les qualités génération après génération. »

« Du fait maison »

En attendant, celle qui est « devenue la star du troupeau » a changé de vie. Box individuel, cure de vitamines, tonte, lavage régulier… « C’est peut-être la seule vache que nous emmènerons à Paris, alors nous faisons attention. Elle bénéficie d’un régime de faveur. De l’enrubannage pour développer sa capacité d’ingestion et donc sa profondeur de poitrine. Comme elle est en plein lait, on cherche à lui faire reprendre un peu d’état. » L’année dernière, les Lefeuvre ont assisté en spectateur au concours de la Porte de Versailles sans imaginer une seconde y participer un jour. « C’est aussi une histoire de timing : avoir une belle vache au bon stade au moment du Salon », raconte Éric qui avoue que l’aventure est « valorisante et gratifiante ». D’autant qu’Hiver, « c’est du fait maison ». « C’est même une réussite pour nos prédécesseurs Marie et Victor Grosset car l’arbre généalogique de cette vache remonte à 1972… »

Ils plaident pour les logettes
Suite à un incendie sur l’exploitation, les éleveurs ont dû reconstruire un bâtiment il y a trois ans. Ils en ont profité pour installer des logettes. « Nous avons opté pour un modèle très souple. En plus, des matelas, nous paillons beaucoup en faveur du confort. Les animaux ne se blessent pas et les primipares les adoptent sans difficulté », explique Éric Lefeuvre. « Nous aurions dû faire le pas plus tôt. Non seulement les vaches sont plus calmes, mais il y a moins de mammites désormais. Je n’ai plus soigné une infection colibacillaire depuis le changement. En aire paillée, il y avait davantage de mammites d’environnement. »
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