Productions Agricoles

Des éleveurs de porcs à l’offensive

L’allègement des procédures applicables aux élevages porcins répond aux souhaits des éleveurs. Les restructurations sont désormais possibles pour gagner en compétitivité. Des éleveurs témoignent.

Ils se disaient prêts à investir 524 millions d’euros pour moderniser leurs élevages et rattraper le retard accumulé ces dernières années. Ils avaient chiffré les travaux à réaliser aussi bien en neuf qu’en rénovation. L’équivalent de 5 000 emplois dans le bâtiment pendant 3 ans, assuraient-ils. Armés de toutes ces données, les représentants des éleveurs avaient rencontré des élus locaux, qui, dans leur grande majorité, avaient promis de militer pour l’assouplissement de certaines réglementations sclérosantes. C’était en 2013. Deux ans plus tard, le désarroi des campagnes a été entendu en haut lieu. Un régime intermédiaire d’autorisation simplifiée, dit régime d’enregistrement, a été instauré, facilitant les démarches administratives. Les zones d’excédent structurel (Zes) ont disparu. Bref, les énergies sont libérées. La modernisation des élevages bretons est possible. Trop tard disent certains producteurs. Pour d’autres, il est toujours temps d’investir. Ces derniers témoignaient de leur volonté d’aller de l’avant à l’assemblée générale du Comité régional porcin, la semaine dernière à Ploufragan (22).

3,30 d’indice dans l’ancien site de façonnage

Jean-François Cadiou, associé à son frère, à Plounévez-Lochrist (29), en ancienne Zes, prévoit d’investir dans un engraissement de 416 places et dans un silo à maïs au siège de l’élevage de 195 truies. Les 45 hectares de l’exploitation sont consacrés à la production de légumes. « Le potentiel de production n’évolue pas. Le nombre de truies reste le même. Nous supprimons l’engraissement de porcs à l’extérieur (façonnage) grâce au nouveau bâtiment qui permettra d’élever tous les porcs nés sur l’élevage. Nous étions bloqués, sur le site principal, par l’obligation de traitement au-delà de 15 000 kg d’azote, imposé par la Zes ». Le bâtiment d’engraissement extérieur était vétuste. « L’indice de consommation était de 3,30. Il fallait 10 heures de lavage pour 250 places de charcutiers ». Pour les éleveurs, la restructuration permet de réduire les pertes de temps liées à la présence d’un second site (transport, trajets…). Le coût de production global devrait diminuer grâce à l’amélioration de l’indice de consommation et à la valorisation possible du maïs grain (achat). Les conditions sanitaires s’améliorent grâce aux bienfaits d’un bâtiment neuf. L’aspect économique rejoint l’exigence écologique. La baisse de l’indice de consommation induit une économie d’aliments qui constitue le premier poste de dépenses énergétiques. L’amélioration du sanitaire permet de diminuer les traitements. Ces investissements aux bénéfices évidents ont pourtant été bloqués pendant des années pour des raisons de protection de l’environnement… « Nous n’avons pas de projets de développement. Notre objectif est de maintenir un outil cohérent, performant et fonctionnel ». Le nouveau bâtiment sera en service en fin d’année 2015. La fosse sera couverte ; le plan d’épandage est suffisant.

Régime d’enregistrement plus souple

L’EARL de la Cour, à Andel (22), restructure ses deux sites d’élevage. « Nous avions 2 sites naisseur engraisseur », indique David Gavroche, l’un des 3 co-gérants. « Nous sommes en train de spécialiser l’un d’entre eux en site de naissage. Le second sera destiné à l’engraissement ». De 300 truies auparavant entre les 2 sites, l’élevage passe à 330 truies. 75 % des porcelets seront engraissés. « L’organisation du travail sera plus simple. Nous attendons surtout une amélioration des performances (plus de sevrés) grâce à la construction d’une maternité neuve ». Pour l’éleveur, le bilan de la nouvelle procédure d’enregistrement est positif : gain de temps et d’argent. « Les démarches deviennent moins contraignantes dans la conduite de nos projets ».

Que les banques jouent le jeu

Même son de cloche chez Régis Cueff, de Plouvorn (29), qui modernise son élevage et le restructure en passant de 540 à 600 truies, après l’arrêt de l’activité laitière. Un engraissement de 1 600 places sera construit pour élever tous les porcelets nés sur l’élevage (arrêt du façonnage). Tous ces dossiers de modernisation exigent des financements. Michel Bloc’h, président de l’UGPVB, demande aux banques de bien appréhender ces projets qui abaissent le coût de production, pour ne pas figer les situations et, à terme, augmenter les difficultés. Bernard Laurent

L’avis de Philippe Bizien, président du CRP

La conjoncture est mauvaise, mais l’allégement des procédures est une des solutions pour retrouver de la compétitivité. Il faut saisir la balle au bond pour restructurer nos élevages. C’est vital mais tardif. Certains éleveurs n’auront même plus les moyens d’investir. L’exemple des 3 éleveurs qui ont témoigné montre bien qu’on nous a volé de la compétitivité. Leurs projets ne prévoient que très peu de truies supplémentaires. Ils dimensionnent simplement leurs outils pour assurer de la cohérence avec la chaîne de bâtiments ou avec la main-d’œuvre présente. Ils retrouvent de la compétitivité. Nous devons rester vigilants pour que les décisions politiques ne soient pas dénaturées par les services de l’administration.

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