Politique et Syndicalisme

Bovin : L’indicateur steak haché pour faire la police

Jeudi 25 juin, Jean-Pierre Fleury, président de la FNB, a fait le point sur l’actualité de la viande bovine devant les adhérents de la FDSEA des Côtes d’Armor. 

Pourquoi la situation est si grave ?

D’abord, nous sortons d’une Pac très difficile au budget en baisse : nous n’avons pas touché les montants attendus. On parle de compétitivité, de maîtrise des charges… Mais en 20 ans, le prix de la viande bovine au consommateur a augmenté de 62 %, celui au producteur de 15 % pour un coût de production qui a progressé de 55 %…

Nos partenaires (aliment, vétérinaire…) ont aussi des coûts qui augmentent et ils les répercutent sur leurs prix. J’ai connu l’heure de mon mécano à 8 €, aujourd’hui elle se facture à 50 €, et je ne lui reproche pas. Mais nous, éleveurs, n’avons pas de coût, pas de prix. Et là, en viande bovine, on est au bout du chemin…

Vous pointez la responsabilité de l’aval…

Peut-être parce que l’histoire se répète sans cesse. En 2001, la crise de la vache folle a débouché sur un décrochage du prix à la production. Quand, à l’autre bout de la chaîne, des hausses ont été passées aux consommateurs sur fond sécuritaire : retrait des matériaux à risque, étiquetage, traçabilité… Les éleveurs n’ont jamais remonté la pente et le problème demeure. La grande distribution, sous couvert de protéger le pouvoir d’achat du consommateur, nourrit une logique de rémunération faible de l’éleveur. Pourtant, le prix de la viande dans les rayons a augmenté de 2,5 % en 2014…

Que craindre de la restructuration de cet aval ?

Aujourd’hui, le groupe Bigard qui traite 25 000 bovins par semaine, soit 42 % de l’abattage, fait le prix en France. Malheureusement, cette entreprise préfère tenir un prix bas qui lui convient très bien et n’afficher aucune ambition forte à l’export qui pourrait faire monter les cours.

À côté de ça, nous allons vivre un grand bouleversement : un aval abattage majoritairement privatisé. En effet, la société Elivia issue du groupe coopératif Terrena voit entrer à son capital des investisseurs irlandais. À quelle hauteur, 49 ou 51 % des parts ? Toujours est-il qu’il ne resterait plus que 16 % du secteur en France sous statut coopératif.

N’oublions pas aussi le nombre de centrales d’achat qui diminue au gré des rapprochements. Leclerc, désormais en 4e position, va maintenant réagir en se mariant avec une plateforme allemande… Dans ce contexte, nous demandons ardemment à Coop de France de travailler au regroupement d’offres, car la dispersion n’a jamais payé face à de tels mastodontes.

L’espoir vient désormais du respect de l’accord sur les prix suite à la table ronde du 17 juin dernier…
L’accord prévoit 5 ct / kg de hausse par semaine pour toutes les catégories de produits : vaches allaitantes, réformes laitières, JB allaitants et laitiers… Car si toutes les catégories ne sont pas concernées en même temps, ça ne tient pas. Une bonne nouvelle aussi pour la Bretagne car le respect de cet accord devrait avoir un impact positif sur les trésoreries des laitiers.

Le grand sujet va être le respect de cet accord.

Comme le yaourt aux produits laitiers, le prix de base du steak haché est un parfait repère. Aujourd’hui, il concerne près de la moitié de la consommation de viande bovine en France. Progressant de 2,5 % en 2014, quand le piécé a reculé de 4 %.

Sous l’égide du Ministère -l’Interporfession étant incapable de le construire- l’indicateur sur le steak haché témoignera du prix de cession de la viande entre abatteurs et distributeurs. Il nous servira de repère pour faire la police. De même que Leclerc publie les prix de ses concurrents pour afficher les mauvais élèves, nous allons publier les prix des acheteurs chaque semaine dans la presse. Pour informer les consommateurs sur ceux qui jouent le jeu, nous étiquetterons avec des pastilles vertes ou rouges les produits dans les magasins.

Propos recueillis par Toma Dagorn

Mots-clés

Peut vous intéresser

Bouton retour en haut de la page
Fermer