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Quelles rustines pour la production de porc ?

Les Russes ont quitté la table. La France lave toujours plus blanc. Entre pertes de débouchés et distorsions de concurrence, le cochon tire la langue. En attendant une relance du marché, les rustines ont pour nom : contractualisation, étiquetage, enveloppes budgétaires, assurances…

« Il faut redonner du pouvoir d’achat aux Français ». Combien de fois n’avons-nous pas entendu cette phrase dans la bouche des plus hauts dirigeants du pays ? Pas en augmentant le salaire minimal bien sûr, mais en limitant le prix des marchandises, notamment alimentaires, principalement produites en France. Orchestrée avec zèle par une grande distribution complice, cette politique de pression sur la production a atteint ses limites avec un prix du porc trop souvent bradé au prix des croquettes pour chien. Une insulte pour les producteurs.

Stéphane Le Foll semble en avoir enfin pris conscience, face au désastre annoncé dans les campagnes. Les promotions seront désormais encadrées sur les prix et limitées à deux mois dans l’année. Le ministre demande à l’interprofession de se mettre rapidement d’accord sur une cotation des produits à la découpe. Face à l’urgence de la situation, le gouvernement débloque une enveloppe pour soutenir les éleveurs en grande difficulté et, sans doute, une rallonge pour aider « ceux qui veulent quitter le métier ». Encore un wagon, pendant que les pays voisins profitent d’une politique de modernisation des outils lancée il y a une dizaine d’années, quand il était impossible de poser la moindre brique en Bretagne…

Étiquetage difficile

Pour la mention d’origine, le ministre promet d’interpeller les salaisonniers mais confesse qu’il ne peut la rendre obligatoire, faute de volonté européenne. Volonté qui ne viendra pas ; son coût est jugé trop élevé et surtout, beaucoup de pays membres de l’Union dont la production souffre d’une mauvaise image n’y ont pas intérêt.

Contrats

Et pour l’avenir ? « Il faut donner des perspectives à la filière pour les 10 à 15 prochaines années, avec un pacte porcin ». Comment ? « Le MPB (marché du porc breton) a sa raison d’être et doit rester le thermomètre du marché. Mais le mode de vente doit être revu en imaginant des liens entre les différents maillons de la filière ». Bref, des contrats, que les éleveurs réclament en période de crise et qu’ils pourraient vite oublier en période faste. Le ministre promet d’y travailler. Des propositions sont attendues de toutes parts pour le mois de septembre. Les éleveurs peuvent-ils encore prendre leur avenir en main ? Des éleveurs, des économistes, des transformateurs ont livré leurs impressions sur les différentes idées évoquées pour sortir la filière de l’ornière, lors de l’assemblée générale de la FNP (fédération nationale porcine) vendredi dernier à Ploërmel. Bernard Laurent

L’avis de Philippe Bizien, président du CRP (comité régional porcin)

On ne gommera pas notre perte de compétitivité par des contrats même s’il faut y travailler collectivement. Le marché italien est géré par contrats et les prix ne sont pas bons. C’est l’embargo russe qui est responsable de la conjoncture actuelle et qui fait que nous n’avons pas eu les prix dont ont bénéficié les Américains et les Brésiliens en 2014. Le MPB est un outil technique qui fonctionne car il n’est pas déconnecté des autres prix européens. Si le prix était fixé comme en Allemagne, il aurait décroché bien plus chez nous. Concernant le marché à livraison différée, le MPB y a mis des moyens mais il n’y a pas eu de transactions. Il faut donc faire attention aux fausses bonnes solutions. Pour la problématique de l’étiquetage, les Allemands ont su créer une référence de qualité QS (Qualitat und Sicherheit), avec la distribution, qui protège leur marché intérieur. Ici, toute coopération semble impossible.

L’avis de Patrick Faure, Directeur de Gâtines viandes (SVA Jean Rozé, groupe Intermarché)

Nos contrats en jeunes bovins (1/3 des volumes) apportent de la lisibilité aux producteurs et aux transformateurs. Ce n’est pas de l’intégration, c’est un contrat respectueux entre deux parties. Nous ferons des propositions concrètes au Space à nos partenaires pour le porc. L’objectif est de sécuriser la production en période de cours bas avec un prix plancher, jamais en dessous du prix de revient.  Pour une partie seulement de la production, pour ne pas être déconnecté du prix spot. Les Espagnols et les Allemands vendent dans nos GMS. Nous sommes incapables de vendre en Allemagne. Nous devons imaginer l’équivalent de leur système référentiel QS qui est une barrière commerciale.

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