Dossiers

Affourager en vert sans se mettre dans le rouge

« Les dérobées à l’auge, ça se discute »

Récolter en vert les dérobées. L’idée peut séduire, mais à condition de bien en peser l’intérêt.

Des éleveurs cherchent à valoriser leurs cultures dérobées en vert pour augmenter la production fourragère à l’hectare. « Cette tendance est en lien avec la recherche de réduction du coût alimentaire. On ramène à l’auge un fourrage riche, notamment en azote », explique Stéphane Saillé. « Mais attention, la culture dérobée coûte relativement cher quand on fait la somme des charges de mise en place et de récolte par rapport au rendement espéré », met en garde Julien Rigaud. « Pâturer, pourquoi pas. Mais faucher ou ramasser en vert, la facture s’alourdit au point que l’opération devient plus discutable. » Le spécialiste met notamment le doigt sur « le mode d’implanter des espèces avec des potentiels de qualité : multiples trèfles, vesces… » Théoriquement, ces légumineuses vont rapporter de la valeur alimentaire… « C’est vrai. Cependant, ce sont des mélanges de semences coûteux pour une culture qui ne reste en place que 6 à 8 mois. » Les deux conseillers sont plutôt d’avis que « plus tu fais simple, moins ça coûte cher. Un RGI pur semé au 15 septembre coûtera 20 €/ha pour une production de 3 ou 4 t de matière sèche. » Quand une association RGI – vesce – trèfle se situera « entre 80 à 100 €/ha pour à peu près le même volume et pour une valeur alimentaire à peine supérieure. Car un RGI fauché au bon stade ramène aussi une bonne valeur. »

colza-fourrager-RGI
Un couvert associant RGI (10 kg / ha) – colza fourrager (5 kg / ha) semé en fin d’été et pouvant être exploité en affouragement en vert en automne-hiver.

Stratégiques légumineuses

Pourtant, si le choix de l’affouragement en vert vise l’économie de soja, « alors oui, il faut implanter des légumineuses. Mais pour profiter de leur bénéfice fourrager, encore faut-il avoir une bonne stratégie. » D’abord, les semer tôt, « au 15 août », pour qu’elles s’implantent bien et qu’elles profitent de la lumière au milieu de graminées qui se développent plus vite. Objectif : « Les exploiter dès l’automne et une à deux fois en sortie d’hiver, avant de casser la dérobée pour la fin mars. Là, ça vaut le coût. » Autre recommandation importante : le choix adéquat des parcelles. « Si j’investis dans de la semence pour obtenir un fourrage de qualité, encore faut-il que je puisse aller le chercher à tout moment, même en novembre ou décembre. Il est donc primordial de choisir des sols portants. » Sinon, le risque est grand de voir « des à-coups préjudiciables dans la ration » quand le tracteur ne peut pas rentrer dans le champ.
Attention, enfin, à bien proportionner ses surfaces en dérobées. « Certains en implantent énormément. Trop puisque les vaches ne sont même pas capables de tout consommer. » Gaspillage à la clé. En fait, un véritable planning de fauche devient alors nécessaire « car aller chercher de l’herbe épiée, sans valeur, n’est vraiment pas intéressant économiquement. » TD

Mots-clés

Peut vous intéresser

Bouton retour en haut de la page
Fermer