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Breizh Vet Tour : savoir lever le pied

Le Breizh Vet Tour, « journée de formation et d’échanges organisée par les vétérinaires pour les éleveurs », s’intéresse aux boiteries dont l’impact économique est de plus en plus fort. Interview du Dr Christian Engel qui a préparé ce rendez-vous.

Pourquoi cette 4e édition du Breizh Vet Tour s’arrête sur les boiteries ?

L’impact économique des boiteries est en constante augmentation. Deux études montrent par exemple un doublement de leur fréquence en 5 ans : 10,9 cas de boiterie pour 100 vaches présentes par an en 2001 contre 25 à 30 cas en 2006. Et il y a fort à parier que cette tendance évolue toujours dans le même sens en 2014.

Qu’est-ce qui explique cette dégradation ?

L’augmentation de la taille des troupeaux avec son cortège de conséquences : moins de surveillance, traitements individuels plus difficiles, augmentation de la concentration en animaux, intensification des pratiques alimentaires, modification des conditions de logement… Et aussi l’impact négatif du développement des systèmes logettes avec une augmentation du temps de présence des animaux sur des sols durs.

Pourquoi les boiteries coûtent cher ?

D’abord, les boiteries, selon leur gravité, réduisent la production laitière de 5 % (modérée) jusqu’à 36 % (sévère) : un animal qui boite se déplace moins à l’auge et donc consomme moins. Ajouté à cela le phénomène douloureux et inflammatoire, on comprend aisément que le lait peut baisser.

Ensuite, les performances de reproduction se dégradent avec une intensité plus ou moins marquée : augmentation des intervalles vêlage – IA1 et IAF, baisse du taux de réussite à l’IA… Expliquées par la diminution des manifestations nettes de chaleur liée directement à la boiterie (chevauchements difficiles et réduits), l’amaigrissement et donc le déficit énergétique des animaux atteints directement en lien avec la baisse de consommation.

Enfin, le taux de réforme augmente. Pour ce seul motif, il peut atteindre 35 % par an dans le cas de boiteries sévères (expression clinique de plus d’un mois) et parfois l’euthanasie est la seule issue. Souvent, ce sont des réformes prématurées bien avant qu’un quelconque potentiel génétique, sur lequel  l’éleveur a investi, puisse être exprimé.

Pour les vétérinaires, le poste « boiterie » entre désormais dans le trio de tête des troubles de santé les plus impactants économiquement… Raison pour laquelle chaque éleveur doit être formé à détecter les boiteries et s’investir. Dans un 1er temps, on peut les mettre en évidence précocement en observant les animaux en déplacement : dos droit ou courbé, démarche et foulées amples ou raccourcies, membre postérieur privilégié lors de la marche, refus de mettre du poids sur un membre douloureux… Puis, dans un 2e temps, en bloquant le troupeau au cornadis pour évaluer l’intensité des boiteries et avoir une bonne vision d’ensemble. On observera alors soulèvements du pied par intermittence, courbure de la ligne de dos et qualité des aplombs en regardant si les postérieurs sont parallèles ou pas.

4 rendez-vous

Le Breizh Vet Tour des Groupements techniques vétérinaires Bretagne à la rencontre des éleveurs :

Rendez-vous à 10 h et buffet offert. Pour faciliter l’organisation, inscrivez-vous auprès de votre vétérinaire.

Quand s’inquiéter ?

La méthode d’observation s’acquiert facilement. Puis l’objectif est de noter ses animaux, une ou deux fois par mois, pour intervenir tôt en préventif. Les seuils d’alerte sont atteints quand moins de 70 % des vaches ont une posture normale ou que plus de 15 % boitent (posture sévèrement modifiée)… La détection passe aussi par d’autres indices : baisse de consommation ou de production, absence de manifestation de chaleur, baisse de fréquentation au robot… Propos recueillis par Toma Dagorn

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