Economie, marchés et gestion

Entre 5 et 15 jours de vacances annuelles pour les JA

Des séjours courts, fractionnés dans l’année, parfois annulés pour contraintes professionnelles : voilà le portrait-robot du JA (jeune agriculteur) en vacances.

70 % des jeunes agriculteurs ayant répondu à un sondage* effectué, en début d’année, par le syndicat des Jeunes Agriculteurs, sont partis en vacances en 2013. Un chiffre qui les place dans la moyenne hexagonale : un Français sur trois n’est parti ni en 2012 ni en 2013, d’après le cabinet Protourisme. Si la prise de congés est facilitée par l’installation en société, elle est moins évidente en individuel. Elle est néanmoins indispensable pour Frédéric Merroux, installé en élevage laitier, après tiers, en 2009, à Ploumoguer (29). « Il y a toujours une certaine appréhension de quitter son élevage. C’est stressant de partir mais quand on revient et qu’on constate que tout s’est bien passé, on est prêt à recommencer ». Comme les deux-tiers de ses collègues (63,6 %), il part entre cinq et quinze jours par an. « Depuis mon installation, j’ai pris, en moyenne, une semaine en hiver, à la neige, avec des copains, et quelques jours en septembre ».

Le service de remplacement est mis à contribution. « Cela coûte cher, mais ce sont des charges normales d’exploitation qu’il faut envisager dès l’installation ». Il bénéficie du crédit d’impôt, trop peu connu. Selon le sondage, seuls 61 % des jeunes agriculteurs connaissent le dispositif, et seulement 19 % l’utilisent. Cette aide bénéficie aux exploitants agricoles, dont la présence permanente est indispensable au fonctionnement de l’exploitation, et concerne les dépenses engagées pour assurer leur remplacement temporaire pendant leurs congés. Le crédit d’impôt est égal à 50 % des dépenses engagées dans la limite de 14 jours par an, soit un maximum de 73 euros par jour. Frédéric Merroux réussit à se libérer également 5 à 6 week-ends dans l’année. « Là, je me fais remplacer par des copains ». Un quart des jeunes agriculteurs prennent moins de cinq jours. La grande majorité (71 %) des sondés fractionne ses congés dans l’année. Quand prennent-ils leurs vacances ? « Ça dépend », répondent 40 % d’entre eux. Car il faut jongler entre la disponibilité du conjoint, des enfants, des amis… et les pointes de travail ou les aléas climatiques.

L’avantage d’une conduite en 4 bandes

Carine Fournier, installée en individuel, avec son mari salarié sur l’élevage, à Saint-Germain-du-Pinel (35), en production porcine, témoigne : « Nous essayons de partir une semaine en hiver et une semaine au mois d’août, avec les enfants. Cet été, nous avons réussi à caler une semaine entre la moisson et les semis de couverts végétaux, dans une semaine creuse au niveau de l’élevage (conduite en 4 bandes-sevrage à 21 jours). C’est mon père qui connaît bien l’élevage, qui nous remplace. Il s’occupe de l”alimentation et du suivi global ». Pas de mises bas, pas de sevrage, pas d’inséminations, pas de départ de charcutiers pendant cette semaine d’absence ; le timing est serré. « Une semaine, c’est un maximum. Je fais un départ de charcutiers tous les 10 jours environ. Il y a donc un départ avant nos vacances et un second dans les 2 jours suivant notre retour sur la ferme ». Pourquoi ne pas faire appel à un service de remplacement ? « Les remplaçants sont souvent vachers de formation. Il y a peu de porchers et j’ai été échaudée lors d’un remplacement pour congé de maternité ». L’autre raison est financière. « La conjoncture ne permet pas de faire des folies. Tant que mon père peut assurer ce remplacement… ». 34 % des jeunes agriculteurs interrogés ont déjà renoncé aux vacances pour des raisons financières. Comme chez Carine Fournier, la contrainte professionnelle est aussi très présente : 78 % des agriculteurs ont déjà renoncé à des vacances en raison de la charge de travail.

Appel à la famille

Les jeunes agriculteurs sont très « famille » : près de la moitié d’entre eux part en vacances avec des membres de la famille (47 %). 17 % entre amis. Plus de 12 % des sondés estiment ne pas avoir besoin d’être remplacés pendant leurs congés et 32 % s’organisent pour ne pas avoir à être remplacés. Ils ne sont pas éleveurs. L’appel à la famille (41 %) est largement répandu pour les besoins du remplacement, suivi par les services de remplacement (19 %). Tous les autres modes de remplacement semblent minoritaires (salarié, associé, entraide, etc.). Une donnée qui ne rassurera pas les jeunes agriculteurs : leurs aînés ne prennent pas beaucoup plus de congés. Bernard Laurent

L’avis de Didier Arino, Directeur Protourisme

Jamais, même au plus fort de la crise de 2009, nous n’avons constaté une telle chute des intentions de départ. C’est le reflet de grandes inquiétudes. Le pouvoir d’achat baisse. Le cancer du tourisme, c’est le chômage, sachant qu’une personne au chômage a, en moyenne, un impact sur le budget vacances de six personnes. Le budget annuel vacances est en baisse. Il a diminué de 11 % en quatre ans pour atteindre 2 000 euros. 36 % des partants avaient un budget prévisionnel annuel inférieur à 1 000 € en 2013. Le budget a notamment chuté chez les classes moyennes. Le critère « prix » prime dans le choix des vacances, avec une tendance confirmée aux séjours de proximité. La durée moyenne des séjours tend aussi à diminuer. Seulement 20 % des vacanciers partent plus de deux semaines.
*Sondage effectué sur internet chez 390 agriculteurs de 30 ans de moyenne d’âge, dont la moitié sont éleveurs et le tiers est installé en individuel.

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