Dossiers

Améliorer la productivité

Du vêlage à 30 mois en Charolaise

Depuis trois ans, le Gaec du Guilloc pratique le vêlage à 30 mois. Une technique qui permet d’améliorer la productivité des vaches sur leur carrière.

Le Gaec Croguennec élève un troupeau d’une centaine de vaches charolaises et la suite. « Nous avons un peu la même conduite qu’en porc », indique d’entrée Alain Croguennec, en expliquant que « le vêlage à 30 mois suppose obligatoirement d’avoir deux périodes de vêlage ». Ce qui demande aussi d’avoir des troupeaux relativement conséquents pour le pratiquer.

Alain Croguennec, éleveur à Ploudiry
Alain Croguennec, éleveur à Ploudiry.

Vêlages d’été et d’hiver

Sur le Gaec du Guilloc, un lot de 60 vaches vêle entre le 10 août et la fin septembre ; un second lot de 40 vaches vêle à partir du 1er décembre jusqu’à la fin janvier. « Les génisses nées en hiver (n-2) vêlent en août ; les génisses nées en été (n-2) vêlent en hiver », détaille l’éleveur, en faisant remarquer que le vêlage groupé suppose de réformer systématiquement les vaches vides. « Sinon vous décalez les périodes de vêlage et les génisses vêlant à 30 mois ne peuvent plus s’insérer dans les lots respectifs ». Par le passé, quand le troupeau était en croissance, le Gaec du Guilloc a essayé le vêlage à 24 mois. « Mais les animaux n’étaient pas suffisamment matures et je rencontrais de nombreux problèmes de vêlage ». Aujourd’hui, 63 % des vêlages de primipares se font avec « aide facile » ; 20 % « sans aide » ; 10 % « avec aide difficile » et 7 % « avec césarienne ».

Parce que les chaleurs d’hiver (ou plutôt les absence de chaleurs) réservent toujours leur lot de surprises au printemps, une échographie est réalisée systématiquement sur les vaches saillies durant l’hiver (vêlage d’août). « Pas question en effet de se retrouver avec des vaches qui viennent seulement en chaleur en avril-mai quand elles sont à l’herbe ». Cette conduite très cadrée des périodes de vêlage influence le taux de renouvellement qui est de 48 % sur le dernier exercice. « Le rang moyen de vêlage est de 3 », cite l’éleveur.

Génisses qui vêleront à 30 mois d’âge en août prochain
Génisses qui vêleront à 30 mois d’âge en août prochain.

Réussir l’élevage des génisses

Faire vêler des génisses à 30 mois (2 ans et 7 mois sur la dernière campagne) nécessite de la rigueur dans la conduite alimentaire. « Il ne faut jamais avoir de jeunes animaux maigres », résume l’éleveur qui se montre très vigilant sur la première période de vie. « Tout se passe pendant le premier hiver ». Les veaux nés en août, et donc encore sous la mère, reçoivent une complémentation de luzerne déshydratée, progressivement remplacée par du blé, puis du maïs + soja. « Au cours du 2e hiver, ces animaux qui ont alors 15 mois sont nourris exclusivement avec de l’ensilage d’herbe. Les génisses qui décrochent “redoublent” pour qu’elles aient accès à la complémentation ».

Les génisses plus jeunes, nées l’hiver précédent, ont une ration à base d’ensilage d’herbe, complétée de maïs + soja. « Car c’est sur cette période qu’il ne faut pas les rater. Si elles ne font pas de développement sur cette période, on ne le rattrape jamais », constate Alain Croguennec, en glissant au passage que toutes les génisses sont traitées contre la douve. « Nous avons beaucoup de parcelles humides. À noter que toutes les primipares sont également vermifugées après le vêlage ».

Supplémentation autour du vêlage

Durant les 3 semaines qui précèdent le vêlage, les gestantes reçoivent une supplémentation de vitamine E et sélénium, ainsi que la magnésie. « L’effet est indéniable. Les veaux sont plus toniques et n’ont plus les boulets pliés. Quant à la magnésie, elle a une action décontractante sur les vaches qui vêlent plus facilement ». La distribution en bâtiment se fait par pompe doseuse. Au champ, l’éleveur dilue la supplémentation dans une tonne à eau équipée d’un niveau constant. La complémentation minérale annuelle se limite à un big-bag pour l’ensemble du troupeau reproducteur (vaches et génisses). « La distribution a lieu en hiver. Après c’est terminé ».

Gain de 250 € sur la carrière d’une vache

Au regard de cette expérience de rationnement hivernal des génisses, l’éleveur admet que, sur la période 1 an à 15 mois d’âge, « économiquement, il n’y a rien à gagner sur l’alimentation des génisses en pratiquant le vêlage 30 mois. Tout simplement parce que sur cette phase de vie elles ont besoin d’une alimentation riche et équilibrée ». Le gain sur le coût alimentaire se fait après, sur la période 15-30 mois. « En été, les génisses pâturent une herbe courte, avec fil avant comme en laitières. Il faut qu’elles rasent. Et surtout qu’elles ne soient pas suralimentées au risque de faire du gras et d’avoir des problèmes de vêlage. Je dis souvent qu’une vache, c’est comme une truie : elle doit avoir une silhouette de sportif ».

« L’objectif est d’avoir le moins d’interventions possible même si cela ne dispense pas de surveiller. Les vêlages ont lieu en stabulation, ce qui permet de faciliter la surveillance avec une caméra. Y compris la nuit où j’observe systématiquement les vaches à  23 h, 3 h et 6 h 30 du matin. C’est éprouvant, mais le veau c’est le produit unique de la vache sur l’année… ». Le vêlage à 30 mois contribue à doper cette productivité des vaches sur leur carrière : « Par rapport à un 1er vêlage à 36 mois, c’est 6 mois gagné. Traduit en euros, le gain est de 250 € sur la carrière d’une vache ». Didier Le Du

Peut vous intéresser

Lire aussi...
Fermer
Bouton retour en haut de la page
Fermer