Produire du lait à Belle-Île a un coût

18 000 € par an. C’est le surcoût des intrants, estimés par le Gaec de Borticado à Sauzon, pour nourrir ses 50 vaches laitières et travailler ses 148 hectares, par rapport à une même ferme du continent.

samsun.jpg - Illustration Produire du lait à Belle-Île a un coût
Xavier Samsun est associé en Gaec, avec sa mère Bernadette.

À première vue, rien ne distingue la ferme de Xavier et Bernadette Samsun d’une exploitation continentale. Même bâtiment, mêmes animaux, mêmes cultures. Et pourtant… « Ici, tout est plus compliqué », estime l’éleveur, associé à sa mère, en Gaec, depuis 17 ans. Le climat, très humide en hiver, trop sec en été, et la terre, peu profonde, limitent les rendements. Les choucas qui nichent sur la côte (une colonie à Belle-île) et les faisans, qui n’ont pas de prédateurs, font des misères aux cultures. Les touristes, nombreux en été, peuvent gêner le déplacement des engins agricoles : « Je n’ai jamais eu de remarques mais certains regards en disent long… ». L’absence de garage spécialisé est également un handicap et nécessite toute une organisation pour faire venir les concessionnaires. Comme le transport des animaux sur le continent ou la réception des commandes au port de Palais.

Le surcoût des intrants est d’au moins 30 %

« Mais c’est surtout le surcoût des intrants qui nous pénalise », lâche l’éleveur. « Pour le carburant, il faut compter 50 cts/litre de plus que sur le continent. D’une manière générale, le surcoût des intrants est d’au moins 30 %. Pour le Gaec, cela représente 18 000 € par an ». Les produits, sont, par contre, au même prix. Le lait des producteurs de l’île est collecté par camion et transformé par Lactalis sur le continent. Depuis quelques années, le coût du transport est pris en charge par la communauté de communes.

Monotraite depuis 4 ans

En dehors de ses particularités, le métier d’agriculteur est le même. Le Gaec de Borticado pratique la monotraite depuis 4 ans. « Suite à un gros problème sanitaire, avec des pertes de vaches (maladie de Mortellaro), nous avons pensé, en 2021, cesser la production laitière. Les solutions étudiées (cultures, vaches allaitantes…) ne nous ont pas convaincues. Nous avons décidé de poursuivre, à condition de limiter la charge de travail ». Sans regret. La production a baissé de 30% mais les associés s’y retrouvent. La production actuelle est proche de 6 000 litres par vache, à des taux de 44 et 34, dans un système pâturant. La surface accessible est de 25 ha et les vaches en profitent neuf mois de l’année. Elles restent à l’étable les trois mois d’hiver, avec une ration composée de deux tiers de maïs, d’un tiers d’herbe enrubannée et de 1,8 kg de correcteur, distribuée au bol mélangeur. Individuellement, elles consomment, en plus, 1 kg de tourteau de soja, en moyenne, par jour (distribution manuelle).

Délégation de l’élevage des génisses

Les vêlages sont répartis sur l’année. Le taux de fertilité est de 65 % en première insémination. L’inséminateur est à la fois salarié d’Innoval et éleveur sur l’île. Les génisses sont élevées à Saint-Jean-Brévelay, sur le continent. « Elles ont de meilleures croissances. Je manquais un peu de rigueur sur cet atelier ; en plus, ma mère va bientôt faire valoir ses droits à la retraite ». Les femelles quittent l’exploitation vers trois mois et reviennent un mois avant le vêlage. Les réformes prennent, elles aussi, la direction du continent, avec le même transporteur. Les logettes ont laissé place à une aire paillée l’an dernier. « J’ai sélectionné des vaches de grand gabarit mais, du coup, les anciennes logettes n’étaient plus très confortables. Elles sont plus à l’aise sur paille ». La salle de traite est en 2 x 8 postes (TPA).

Non labour et désherbinage du maïs

Le Gaec pratique le non labour. « J’ai vu la différence. Les terres n’ont plus la même couleur (plus brunes) et sont bien plus portantes. On le constate notamment lors des récoltes du maïs ». Une culture dont le rendement est de 12 tonnes de matière sèche par hectare, en moyenne. Le Gaec sème des variétés dentées pour leur richesse en amidon. « J’utilise une désherbineuse depuis 2003 et j’en suis très satisfait (traitement du rang et binage de l’inter-rang). Ça permet de limiter les doses d’herbicide ». Globalement, les pratiques sont relativement extensives sur l’île, selon l’éleveur, qui se fie aux IFT plus faibles que sur le continent. Les rendements en céréales avoisinent 5 t/ha et sont estimés à 5 t MS/ha en herbe (mélanges). L’éleveur a semé 14 hectares de tournesol cette année. Le Gaec possède une moissonneuse et réalise des prestations. Une partie du matériel est en co-propriété (enrubanneuse, tonne à lisier).

Bernard Laurent

Des porcs sur paille

Le Gaec élève 90 porcs dans l’année sur paille. Ils sont achetés, petits, dans un élevage de Monterblanc et engraissés avec un mélange de céréales produites sur la ferme et d’un complémentaire. Ils sont abattus à l’abattoir intercommunal de Belle-île et commercialisés au Super U de l’île. L’abattoir est agréé pour des porcs, des ovins, des caprins et des veaux.

Un avenir incertain à long terme

Concernant l’avenir de la production laitière sur l’île, l’éleveur est dubitatif : « je pense que je fais partie de la dernière génération. Pour l’instant, la volonté politique de maintenir un élevage productif existe (prise en charge de la collecte, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années). Est-ce que cela va durer ? Certains éleveurs approchent de l’âge de la retraite ; je crains qu’ils ne soient pas remplacés ». Le projet de transformer tout le lait sur l’île, en coopérative, n’a pas abouti ; la consommation de produits laitiers sur Belle-Île correspond en gros à la production actuelle de la dizaine d’éleveurs, d’environ 1,8 million de litres (voir par ailleurs).


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