Boîte Vario ou powershift : comment faire le bon choix  ?

Des petits tracteurs de cour aux géants des champs de plus de 300 ch, l'offre en transmissions n'a jamais été aussi variée. Alors que la variation continue gagne du terrain, la résistance s'organise du côté des boîtes semi et full-powershift grâce à l'arrivée du double embrayage. Décryptage des tendances pour bien choisir selon vos travaux.

Un tracteur avec un outil au champ - Illustration Boîte Vario ou powershift : comment faire le bon choix  ?
Sur les transmissions semi-powershift, la technologie du double embrayage offre une plus grande progressivité et augmente les plages de vitesses sans rupture de couple. | © New Holland

« Tu as pris une boîte Vario ? » C’est souvent l’une des premières questions posées lors de la découverte du nouveau tracteur du voisin. Autrefois réservée aux fortes puissances, la transmission à variation continue (CVT) s’est largement démocratisée ces dernières années sur le segment de la polyculture-élevage. Les constructeurs ont accompagné cette tendance en étoffant considérablement leur catalogue. Cependant, les transmissions semi-powershift et full-powershift n’ont pas été abandonnées. En bénéficiant de plus d’automatismes et de nouvelles générations à double embrayage, elles offrent aujourd’hui un agrément qui se rapproche de la CVT, tout en affichant un tarif inférieur et un meilleur rendement mécanique.

Moins de 100 ch : la simplicité mécanique reste reine

Excepté Fendt et son 200 Vario dès 80 ch, les petits tracteurs dédiés aux travaux de cour et à la fenaison restent à l’écart de ce débat. Pour maintenir des prix attractifs, ces modèles conservent des boîtes de vitesses mécaniques, associées de série ou en option à un inverseur hydraulique. Les doubleurs ou tripleurs hydrauliques, permettant de passer deux ou trois rapports sous charge, tendent à se généraliser pour gagner en confort et en productivité. Ce déploiement de l’électrohydraulique s’accompagne souvent d’une commande d’embrayage par bouton sur le levier de vitesses, ainsi que de la fonction d’arrêt à la pédale de frein sans débrayer.

un petit tracteur avec une fourche dans un champ en train d'empiler des rounds d'enrubannage
La transmission à variation est désormais accessible sur de nombreux tracteurs 
4 cylindres pour lesquels le confort et la précision de conduite sont des atouts à la manutention.

Entre 100 et 200 ch : un marché disputé

Au-delà de 100 ch, l’offre devient pléthorique. Si quelques modèles d’entrée de gamme conservent une boîte mécanique entre 100 et 120 ch, la grande majorité des tracteurs jusqu’à 200 ch proposent une double offre : semi-powershift ou CVT. Sur ce segment, la transmission full-powershift (sans passage de gamme) n’était plus commercialisée que par le groupe CNH (Case IH et New Holland). Cette stratégie est pourtant remise au goût du jour par John Deere sur ses 6M et 6R à six cylindres (145 à 250 ch) via la nouvelle e19, une full-powershift d’un genre nouveau exploitant la technologie du double embrayage.

Image de synthèse d'une transmission full-powershift e19 de John Deere
La récente transmission full-powershift e19 de John Deere reprend la base d’une semi-powershift PowrQuad à laquelle elle associe la technologie du double embrayage pour offrir 19 rapports en continu à partir de 6 gammes de 4 vitesses au passage imperceptible.

L’argument économique freine la CVT

La variation continue a fortement progressé sur les puissances intermédiaires. Entre 150 et 200 ch, elle équipe désormais plus d’un tracteur vendu sur deux. En dessous de 150 ch, elle reste minoritaire en raison d’un impact tarifaire plus lourd et d’une offre plus récente. Ces proportions cachent toutefois de grandes disparités selon les marques : John Deere, par exemple, affiche une part de CVT plus importante dans ses ventes que la moyenne du marché. La variation continue séduit par son confort d’utilisation, son réglage précis de la vitesse indépendamment du régime moteur et sa gestion automatique moteur/transmission qui optimise le fonctionnement sans intervention du chauffeur.

La variation continue séduit par son confort et sa simplicité d’utilisation

Perçue autrefois comme une technologie complexe réservée aux initiés, elle est devenue synonyme de simplicité pour beaucoup d’utilisateurs. Son coût reste toutefois un frein. Si l’écart de prix avec une semi-powershift peut se limiter à environ 3 000 euros sur un modèle de 120 ch à équipement équivalent, il atteint près de 10 000 euros avec des modèles de 200 ch. Soucieux de leur rentabilité, de nombreux agriculteurs préfèrent s’en tenir à la semi-powershift. Certains constructeurs observent d’ailleurs un ralentissement de la croissance de la CVT en dessous de 200 ch. Est-ce sous l’effet conjugué de la hausse du prix du matériel et de la baisse des marges des exploitations ?

tableau de l'offre en transmissions sur le marché des tracteurs standards

Le renouveau des boîtes powershift

La résistance des boîtes semi- powershift s’explique aussi par des évolutions techniques majeures. Si elles disposent d’un avantage en matière de rendement mécanique, précieux pour les travaux de traction, elles ont longtemps souffert d’un manque de souplesse à cause des ruptures de couple lors des passages de gammes, même robotisés. Les performances se sont améliorées grâce à une gestion électronique plus poussée du passage des rapports qui peut être automatisé. L’augmentation du nombre de vitesses sous charge (désormais 6 à 8 rapports par gamme) permet également d’élargir les plages d’utilisation en continu. Le progrès le plus marquant reste l’intégration du double embrayage, qui fluidifie les passages et élimine les ruptures de couple entre les gammes, égalant presque le confort d’une CVT.

Cas particulier, Deutz-Fahr a joué sur cette proximité en développant sa boîte full-powershift RVshift (pour les moins de 150 ch) sur la base mécanique de sa transmission à variation continue TTV.

Plus de 200 ch : la variation continue dicte sa loi

Au-delà de 200 ch, la CVT devient dominante. Certains constructeurs l’imposent même comme unique choix sur leurs gammes de forte puissance (au-delà de 250 ou 300 ch). La semi-powershift recule, mais reste plébiscitée pour les tracteurs de tête dédiés aux travaux lourds. Massey Ferguson a par exemple enrichi son offre avec la Dyna E-Power, une transmission à double embrayage réservée pour l’instant à la gamme 8S (205 à 265 ch). Même si elles ne font pas le gros des ventes, les boîtes full-powershift résistent également au-dessus de 300 ch chez trois acteurs majeurs : Case IH, New Holland et John Deere.

Un gros tracteur avec une remorque sur la route
Sur les tracteurs de forte puissance, 
la variation continue est omniprésente, 
au point que certaines gammes n’offrent pas d’alternatives.

La généralisation de la transmission à variation continue n’est donc pas encore d’actualité, sauf chez JCB et Fendt. Ce dernier en a d’ailleurs fait sa marque de fabrique depuis longtemps, concept encore optimisé avec sa dernière génération VarioDrive.

Michel Portier

QUELQUES CHIFFRES :

1 100 tr/min : Régime moteur minimal atteint à 40 km/h par un tracteur Fendt 600 Vario associant la transmission VarioDrive et un moteur à régime lent (régime nominal de 1 900 tr/min).

3 à 18 km/h : Plage de vitesses sans rupture de couple obtenue avec la transmission semi-powershift à double embrayage DynamicCommand de New Holland (ActiveDrive 8 chez Case IH).

8 % : Écart de consommation de GNR au transport constaté lors d’un test de l’organisme allemand DLG entre un MF 8S.265 équipé d’une transmission semi-powershift à double embrayage Dyna E-Power et le même modèle doté d’une variation continue Dyna-VT. L’écart se réduit à 2,5 % pour les travaux au champ où le modèle équipé de la CVT se rattrape notamment avec les outils animés.

1 % : C’est l’écart infime de consommation mesuré par les tests DLG entre un tracteur John Deere 8R 410 équipé de la variation continue eAutoPowr et son équivalent en version full-powershift e23. En remplaçant ses composants hydrauliques par un module électrique, cette CVT nouvelle génération a ainsi comblé son retard en matière de rendement.

Des commandes de plus en plus communes

Autrefois réservés aux finitions haut de gamme dotées d’une transmission à variation continue, les accoudoirs multifonctions s’invitent désormais sur les versions semi-powershift. Ces dernières peuvent ainsi être pilotées via le même joystick, offrant le meilleur de l’ergonomie, des fonctions et des automatismes de pointe, quel que soit le choix de la transmission. Inversement, certains constructeurs proposent la variation continue avec des configurations de commandes plus basiques afin de la rendre financièrement plus accessible.


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