Remettre le coq au milieu du village

Pour continuer à faire vivre nos clochers, les campanistes s’occupent du bon fonctionnement des cloches. Macé Entreprise est spécialisée dans ce métier, et propose également de remettre les coqs au goût du jour.

Une cloche dans un clocher d'église - Illustration Remettre le coq au milieu du village
Vérifier le bon fonctionnement des cloches : le rôle des campanistes | © Paysan Breton – F. Paranthoën

Botsorhel (29)

Mais qu’est-ce qu’il leur prend à ces cloches de village, à se manifester en faisant vibrer toute leur masse et en tintant pour faire entendre leurs sons aux habitants ? Il n’est pourtant pas l’heure pile ! À l’origine de cette rupture de quiétude du village de Botsorhel (29), Mark Greffiths. Le technicien est en pleine visite de maintenance préventive du clocher de cette petite commune du Trégor finistérien ; accompagné de l’employé communal, il vérifie le bon fonctionnement de ces lourdes pièces qui dorment dans leurs chambres dans le haut de l’église Saint-Georges. Après avoir vérifié l’imposant tableau électrique dans la sacristie, il emprunte un premier escalier en bois fabriqué par le menuisier du bourg pour accéder à la mezzanine, puis pousse une frêle porte donnant sur un colimaçon en pierre. Sombre et humide, l’ambiance pourrait laisser penser que « l’on fait de la spéléologie », lance avec un accent anglais mais dans un français impeccable le technicien. On quitte le plancher des vaches pour une destination un peu plus près des étoiles. Un dernier effort de contorsion, et il se retrouve dans le clocher, pour vérifier avec une vue imprenable le fonctionnement des 3 cloches. Une chaîne cassée empêche le balancement de l’une d’entre elles, il faudra la réparer. Rien à revoir en revanche du côté du mécanisme qui frappe la cloche toutes les heures, les villageois sauront précisément et grâce à leur église à quel moment de la journée on se trouve.

Un coq, plusieurs fonctions

Le métier de Mark, employé de Macé Entreprise à Trégueux (22), a un nom. Bizarrement et alors que les constructions d’églises, de chapelles et de cathédrales ne datent pas d’hier, aucun mot n’était attribué à cette activité de préservation et de réparation des clochers. Mais le mal a été réparé en 2007, avec l’entrée dans le dictionnaire Larousse du joli mot de campaniste.

Les Bretons aiment leurs cloches

Cette activité si particulière, « on ne décide pas de la faire si on ne connaît pas quelqu’un dans le métier », résume Cynthia Perrin-Morel. Son père a créé Macé Entreprise en 1979, tout a commencé par hasard. Embauché par un campaniste, il a choisi de lancer sa propre activité. « C’est un virus que l’on attrape. C’est un métier d’exception, dans le sens où peu de personnes le pratiquent, mais qui n’est pas exceptionnel : les tâches relèvent des domaines de l’électricité, de l’électrotechnique, du travail du bois, du fer… ». Depuis, son mari Franck Perrin-Morel a repris le flambeau. Son équipe d’intervention visite un peu moins de 1 000 sites chaque année.

Les Français sont très attachés à leurs clochers. La carte postale campagnarde en compte toujours un, « c’est très représentatif de la France, même laïque ». Et les Bretons font bande à part dans l’Hexagone. Nos clochers « comptent 2, 3 ou parfois 4 cloches. Ce n’est pas le cas dans d’autres régions comme dans les Charentes, où il n’y en a qu’une seule ». À force de les côtoyer tous les jours, on en oublierait presque leur présence… Mais les clochers nous rappellent leur fonction plusieurs fois par jour. « Les cloches sont entre 2 mondes : entre la terre et le ciel, entre le monde laïque avec le tocsin et le monde religieux en annonçant les cérémonies. L’Angelus donne l’heure, mais c’est aussi un appel à la prière à Marie ».

Ces imposantes pièces sonores « font partie de notre patrimoine. Quand une cloche est fêlée, nous conseillons de la garder et de l’exposer : elles peuvent être un véritable annuaire, gravées du nom du maire, de son parrain et de sa marraine, du fabricant… c’est un morceau d’histoire de la commune ».

La girouette ne perd pas le nord

Continuons à monter. À la pointe de l’édifice, il y a forcément un coq. Celui de Botsorhel avait-il trop chanté ? Il a, en 2023, pris une retraite méritée, pour être remplacé par un nouvel animal en cuivre. Et qui sait le vent, sait le temps. Cette girouette renseigne sur l’orientation des flux d’air, mais a aussi d’autres fonctions. Dans son corps, « il cache dans un fourreau le prolongement d’un paratonnerre ». Pour trouver ce gallinacé, les campanistes se tournent vers des fabricants. « C’est un savoir-faire quasiment éteint. Pour les fabriquer, 2 tôles de cuivre embouties sont soudées. Cette technique de soudure est très particulière ». Chacun choisira l’origine de ce coq : on peut pencher sur le latin gallus (coq), mot utilisé par les Romains pour désigner les Gaulois et qui deviendra rapidement le symbole de la France ; ou sur la volonté de la papauté de choisir le coq comme symbole du Christ, et de le mettre sur les églises. Celui du village du jour, flamboyant quand le soleil le frappe, campe sur ses pattes et montre son profil à des kilomètres à la ronde. Il est là, perché, encore pour de nombreuses années.

Fanch Paranthoën

À la rencontre des campanistes de France : Macé Entreprise est membre des Campanistes de France. Sur son site internet (www.campanistes-de-france.fr), les plus curieux trouveront de nombreuses informations sur ce métier si particulier. « Nous sommes des gens passionnés. Chaque clocher est quasiment unique, on ne cherche pas à les uniformiser mais plutôt à préserver ce patrimoine très riche », note Cynthia Perrin-Morel.


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