Dégâts sur cultures et menaces sanitaires : Les sangliers, indestructibles

Le sanglier n’est plus un visiteur occasionnel du soir. Il est partout, en campagne comme en ville. Et continue de se multiplier au grand désespoir de tous ceux qui aimeraient réguler sa population.

2 hommes assis sur une chaise et un 3ème debout avec un micro devant un grand écran qui projette des sangliers dans un champ de maïs - Illustration Dégâts sur cultures et menaces sanitaires : Les sangliers, indestructibles
De gauche à droite : David Riou, président de l'OS porc ; Bertrand Piel, directeur de la Fédération régionale des chasseurs ; Philippe Le Coz, vétérinaire. | © Paysan Breton

« Sur la saison 2024-2025, près de 23 650 sangliers ont été prélevés en Bretagne », rappelle Bertrand Piel, directeur de la Fédération régionale des chasseurs, qui intervenait le 10 mars à l’assemblée générale de l’OS Porc à Saint-Brieuc. Un niveau élevé… mais insuffisant pour enrayer la dynamique orientée à la hausse.

Un guide pour changer de regard

Face à cette situation, l’OS Porc Bretagne publie un guide pédagogique réalisé avec la Fédération régionale des chasseurs. Intitulé « Le sanglier, comprendre l’espèce pour mieux protéger les élevages de porcs », ce document vise à donner des clés concrètes aux éleveurs.

Objectif : mieux connaître l’animal, ses déplacements et les leviers d’action pour limiter sa présence à proximité des exploitations. Au-delà des pratiques, c’est aussi un changement de regard qui est proposé : replacer l’élevage dans son environnement. Parce qu’il faudra faire avec…

Un animal ancré dans son territoire

En fait le sanglier n’est pas le grand voyageur qu’on lui prête. C’est un animal sédentaire, fortement dépendant de ses zones de refuge. Bois, haies, friches ou fonds de vallée constituent ses points d’ancrage.

Ses déplacements sont limités : le plus souvent quelques centaines de mètres, rarement plus de quelques kilomètres. Il effectue des allers-retours quotidiens entre zones de repos et zones d’alimentation. Conséquence directe : les dégâts et les risques se concentrent dans un périmètre proche, généralement dans un rayon de 1 à 1,5 km autour des zones refuges.

Des cultures qui fixent les populations

Certaines productions agricoles favorisent son installation. Maïs, colza, miscanthus ou blé noir offrent couvert et tranquillité. Lorsque ces cultures forment de grands ensembles continus, elles deviennent de véritables refuges. « Pour le sanglier, c’est une forêt », résume Bertrand Piel. Dans ces conditions, la régulation devient particulièrement difficile.

L’organisation du paysage apparaît comme un levier central

L’organisation du paysage apparaît comme un levier central. Des parcelles morcelées, des cultures diversifiées et des rotations allongées limitent l’installation de l’animal. À l’inverse, les grands blocs homogènes favorisent sa présence. La pression humaine reste déterminante. Activité agricole, passages réguliers, chasse : autant de facteurs qui contribuent à maintenir une forme d’insécurité pour l’animal. Or aujourd’hui, de nombreuses grandes zones de culture ne sont plus que rarement foulées par un pied humain, même pas par l’agriculteur – ou plus souvent un salarié d’ETA ou de Cuma – qui ne descend plus de son tracteur.

Élevages : sortir du périmètre strict

Dans un contexte de menace de peste porcine africaine (PPA), la question sanitaire renforce encore l’enjeu. La biosécurité interne – zonage, flux, hygiène – constitue le premier rempart. Mais elle ne suffit plus. « Il faut raisonner une quatrième zone », explique le vétérinaire Philippe Le Coz : une zone périphérique autour de l’élevage, à analyser en fonction de son environnement. L’objectif n’est pas de tout contrôler, mais de réduire l’attractivité des abords et d’anticiper les risques.

Quant à la régulation, elle repose en grande partie sur la chasse, mais elle se heurte à des contraintes importantes. La battue, méthode la plus efficace, nécessite des surfaces cohérentes et une organisation lourde. Or le morcellement du foncier limite les possibilités. « Sans bail de chasse, on ne peut pas intervenir », rappelle Bertrand Piel. Dans certains territoires, une part importante des surfaces échappe ainsi à toute régulation. Le piégeage, souvent évoqué, reste complexe et marginal.

Une responsabilité collective

Au final, aucun levier ne suffit seul. Organisation du paysage, pratiques agricoles, chasse, gestion du foncier : tout est lié. Le guide de l’OS Porc Bretagne s’inscrit dans cette logique. Il vise autant à informer qu’à créer du dialogue entre acteurs. Car au-delà du sanglier, c’est bien une approche collective qui est en jeu. L’élevage ne s’arrête plus à ses clôtures.

Didier Le Du

« Le risque commence hors de l’élevage »

Opinion – David Riou – Président de l’OS Porc Bretagne

On a beaucoup travaillé sur la biosécurité interne, mais cela ne suffira pas. L’enjeu est désormais territorial. Identifier les zones à risque, analyser l’environnement autour des élevages, dialoguer avec les chasseurs : une « quatrième zone de sécurité » à construire. Le sanglier est à l’extérieur, mais il impacte directement nos élevages. Il faut l’intégrer pleinement dans notre raisonnement.


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