Dossier technique

La FCO a cassé les pattes du troupeau et le moral de l’éleveur

EARL Bougeard à Iffendic (35) - La fièvre catarrhale ovine a provoqué des boiteries extrêmement sévères qui ont causé des réformes anticipées, une chute de la production et des problèmes de reproduction. Les conséquences économiques sont lourdes. 

UN éleveur devant la table d'alimentation et des vaches de race Holstein au cornadis en train de consommer leur ration - Illustration La FCO a cassé les pattes du troupeau et le moral de l’éleveur
Philippe Bougeard devant un cornadis comptant beaucoup places libres après la perte de vaches. | © Paysan Breton - T. Dagorn

En rythme de croisière, le robot de Philippe Bougeard trait 65 vaches. « Actuellement, c’est à peine 50. À partir de mai, ce ne sera plus que 45 malgré sept primipares qui viennent de vêler en janvier… » Sur son élevage à Iffendic (35), le passage de la FCO a laissé une étable dévastée.

Boiteries et souffrances terribles

L’éleveur raconte. Fin juin, une vache vêle avant terme de jumeaux morts. Elle présente une forte fièvre qui ne disparaît pas et doit être euthanasiée. Puis à la prairie, une vache prête à partir à la réforme montre une démarche étrange avant que son état se dégrade au point de ne plus se lever. « Ensuite tout s’est enchaîné début juillet, à peu près au moment de la vaccination contre la FCO. » Vite,75 % des animaux se sont mis à boîter sévèrement et à souffrir terriblement. Au départ, les pieds gonflent « comme des ballons de hand » faisant penser à des panaris.

Des pieds gonflés comme des ballons de hand

Parfois la peau s’ouvre au-dessus du sabot. Certains animaux présentent « des taches aussi rouges que du mercurochrome », beaucoup marchent désormais « comme sur des aiguilles ». Le quotidien de Philippe Bougeard devient alors un enfer. « Du 15 août à mi-octobre, pour essayer de limiter les pertes, j’ai passé mes journées, souvent jusqu’à plus de 22 h, à pousser les vaches en retard vers le robot. Je n’en voulais plus… » Sur cette période, le niveau d’étable chute de plus de 5 kg de lait par jour. Le vétérinaire est là plusieurs fois par semaine. Les cas les plus graves mènent à l’euthanasie. « Je jetais beaucoup de lait des vaches sous traitement. » Le pareur qui vient d’habitude une fois par an passe toutes les trois semaines. Les vêlages avant terme se multiplient. « De juillet à octobre, tous les tests PCR réalisés sur les veaux perdus sont revenus positifs à la FCO. » Plusieurs génisses naissent aveugles.

Factures salées et manque de lait

Après l’hécatombe (huit vaches parties à l’équarrissage, 20 veaux morts), en sortie d’hiver, Philippe Bougeard fait les comptes. « Perte d’animaux dont la viande n’a pas été valorisée, manque de production, explosion des frais vétérinaires, coûts d’analyse… De juillet à novembre 2025, les pertes atteignent plus de 40 000 €. » Et l’affaire est loin d’être terminée. « Certaines vaches ont arrêté de produire. D’autres, vides, doivent partir mais je les fais traîner pour le peu de lait qu’elles me donnent. » Actuellement, alors même qu’il profite de bons fourrages et appuie fort sur la pédale du concentré fermier « pour conserver de la production et faire un peu de chiffre d’affaires », la laiterie collecte 3 600 L tous les trois jours au lieu des 4 100 L habituels. L’élevage livre en moyenne 480 000 L de lait bio par campagne. « Malgré un bon printemps 2025, je vais boucler celle-ci avec un recul 15 à 20 % du volume. »

Déconvertir pour se relancer ?

Sans réels leviers d’action, Philippe Bougeard a le moral dans les chaussettes. « Dégoûté. » En avril, il va vendre des réformes et tenter de racheter des vaches en lait. « En trésorerie, ce sera au mieux une opération nulle. » Problème : l’éleveur a besoin d’animaux prêts à produire « tout de suite » mais, en bio, il n’en trouve pas sur le marché. « Pour convertir une génisse conventionnelle, il faut six mois. Et l’Inao ne m’a pas accordé de dérogation pour intégrer des vaches en lait conventionnelles le temps de m’en sortir. » Aujourd’hui, il parle de « grosse interrogation sur la déconversion » alors qu’en bio depuis trois ans il n’a connu que les cours bas. À huit ans de la retraite, il vient de demander à la Chambre d’agriculture une étude de faisabilité pour y voir plus clair : « J’aime mon métier, mais mes économies sont parties dans la FCO. Faut-il continuer ? Repartir en conventionnel ? Déconvertir seulement le troupeau pour pouvoir acheter des animaux conventionnels ? Je dois décider avant la déclaration Pac du 15 mai. »

Toma Dagorn

Seul et en colère

« Je n’ai pas de difficulté technique sur mon élevage. Je subis juste le cumul d’une épizootie terrible et d’un problème conjoncturel de la filière concernant le prix du lait bio », analyse l’éleveur totalement démuni. Démuni et en colère. « Face à un tel problème, je me suis senti très seul », confie-t-il. Avant de remercier son vétérinaire « toujours là dans la tempête », un spécialiste du GDS « bienveillant » passé faire un audit boiteries et les collègues éleveurs qui ont pris des nouvelles. Le Bretillien en veut plutôt à l’environnement para-agricole. « À ce jour, je n’ai pas eu un centime d’aide. Ni de l’État, ni d’ailleurs. J’ai payé mes analyses. Banquier et assureur ne se sont pas sentis concernés par un problème d’ordre sanitaire. J’ai ouvert un dossier de soutien à la baisse de revenu auprès de la MSA, mais il me faut attendre pour fournir le bilan de mes comptes clôturés au 31 décembre… » Et de terminer : « Si ce genre de situation arrive à un jeune installé de moins de 5 ans, cela compromet aussitôt la survie de son projet. »


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