Et si l’avenir du traité Mercosur-UE ne se jouait pas à Bruxelles, mais à Washington ? L’accord conclu avec l’Amérique du Sud ne peut plus être lu comme un simple dossier commercial. Il s’inscrit dans le nouvel ordre impérial qui s’installe, où les grandes puissances cherchent d’abord à verrouiller leurs sphères d’influence. À commencer par les États-Unis, engagés dans une recomposition stratégique assumée de leur arrière-cour continentale, de l’Amérique du Sud aux marges arctiques.
Dans ce contexte, imaginer que Donald Trump, ou l’Amérique qu’il incarne, laissera se structurer durablement un grand ensemble économique sud-américain autonome relève d’une naïveté stratégique. Le Mercosur n’est pas géopolitiquement neutre. Il est perçu comme un accord potentiellement anti-américain, capable de rééquilibrer les flux commerciaux et les rapports de force au détriment des intérêts nord-américains. Dès lors, la fragilisation de l’accord pourrait venir moins des résistances européennes que de pressions exercées depuis le continent américain lui-même.
Le Mercosur est perçu comme un accord potentiellement anti-américain
Face à ces logiques de puissance, l’Europe revendique ses propres choix politiques, hérités de son histoire : primat du droit, institutions communes, maintien de la paix. Mais voilà qu’à son tour, l’un de ses principes fondateurs – la démocratie – se trouve questionné par la méthode même qui a présidé à la négociation du Mercosur.
Le vote du 21 janvier au Parlement européen a cristallisé ce malaise. Le doute n’est désormais plus seulement politique : il est aussi juridique. Il revient à la Cour de justice de l’Union européenne de trancher, dans un délai estimé entre dix-huit et vingt-quatre mois. D’ici là, le Mercosur demeure suspendu à une réalité brutale : dans le commerce mondial, le droit pèse parfois peu face aux rapports de force.
