De la sciure et de la sueur

16209.hr|16208.hr|16210.hr|16211.hr - Illustration De la sciure et de la sueur
Les copeaux volent pour l’épreuve du cookie. |Le binôme du lycée du Nivot en pleine épreuve de harpon. Pour Edgar Murkin
Le Timber Breizh organisé à la MFR de Loudéac a réuni des élèves adeptes d’une discipline particulière : le bûcheronnage sportif.

La sève devenue montante avec l’arrivée du printemps a coupé court à la période propice aux abattages des arbres. Pourtant, du côté du lycée du Nivot à Lopérec (29), les « tocs » répétés de la hache sur le tronc, le bourdonnement des moteurs de tronçonneuses et le son de la scie sur le bois résonnent encore dans la montagne. Et pour cause : des élèves s’exercent au bûcheronnage sportif, discipline qui demande « une bonne préparation physique et mentale », selon Pierre-Yves Papart, enseignant en technique forestière dans l’établissement.

[caption id=”attachment_80859″ align=”aligncenter” width=”720″]16210.hr En quelques secondes, la chaîne remontée retrouve sa tension.[/caption]

Les rookies font des cookies

Mi-avril, le groupe d’apprenants du Finistère s’est rendu à la Maison familiale de Loudéac pour défendre les couleurs de leur lycée. Face à eux, des équipes de cette MFR costarmoricaine, ainsi que des participants du Gros chêne de Pontivy. Tous ces « rookies », autrement dit nouvelles recrues, ont fait le déplacement. Pour cette joute nommée « Timber Breizh », Antoine Le Meitour, formateur en bac pro forêt pour les BTS gestion forestière, est aux commandes, épaulé par Willy Rouxel. Le concours de bûcheronnage « comprend 4 épreuves : « Le harpon, qui consiste à couper une rondelle de bois à 2 scieurs ; le cookie, qui demande au bûcheron d’effectuer un aller-retour avec sa tronçonneuse pour faire 2 rondelles, ; l’abattage de précision et le démontage/remontage d’une chaîne de tronçonneuse », énumère-t-il.

[caption id=”attachment_80858″ align=”aligncenter” width=”720″]16208.hr Le binôme du lycée du Nivot en pleine épreuve de harpon. Pour Edgar Murkin
(à droite), les mouvements doivent être « amples et réalisés avec souplesse ».[/caption]

De son côté, Edgar Murkin, jeune gaillard étudiant en BTS forêt au lycée du Nivot, s’échauffe et reçoit les dernières consignes de son coach sportif. « Nous nous entraînons depuis janvier », précise-t-il, avant de saisir le harpon avec son camarade. Lors de cette journée, des binômes sont constitués ; tel Oreste et Pylade, l’amitié mais surtout l’entente et la complicité entre les 2 hommes doivent être de rigueur. La longue lame de la scie est huilée pour bien glisser, Willy Rouxel donne le signal de départ en tirant en l’air un coup de pistolet chargé à blanc, à la manière d’une course de sprint. « Il ne faut que tirer, aller chercher bas et derrière. Tous les muscles sont en action, ce sont des mouvements amples qui demandent de la souplesse. C’est un mélange de musculation et de cardio ». Au bout de quelques dizaines de seconde, la rondelle régulière et complète tombe sans que la lame de la scie ne se soit ondulée.

[caption id=”attachment_80860″ align=”aligncenter” width=”720″]16211.hr Concentration et concertation pour cette équipe du Nivot avant les épreuves.[/caption]

La tension monte encore un peu plus d’un cran lors de l’épreuve du cookie. Chaque concurrent peut en amont tester le bon démarrage de sa machine. Une fois que les moteurs ont pétaradé, les tronçonneuses à la mécanique orange sont éteintes et reposées au sol. Le candidat pose alors ses mains sur le billon en attendant le coup de feu. Et c’est parti : un coup de lanceur, plein gaz, et le billon est coupé une fois en descendant, puis en remontant. Le juge mesure la régularité de ce disque de bois, il ne doit pas dépasser 10 cm.
Pour l’épreuve d’abattage de précision, un piquet est planté dans le sol. Les élèves doivent, à coups de coupes de tronçonneuse bien placées et en enfonçant judicieusement des coins, faire tomber l’arbre au plus proche du piquet. Le bois craque, le tronc s’abat en rasant le poteau. Autre expérience avec le maniement de la tronçonneuse, le démontage/remontage de la chaîne où, là encore, les étudiants montrent de la dextérité en remettant en état guides et chaînes bien tendues.

Pas là pour faire du copeau

L’ambiance amicale de la journée cache en réalité une maîtrise des techniques de bûcheronnage. « Les épreuves sont tirées du monde professionnel, ce n’est pas qu’un jeu pour faire du copeau ! », prévient Pierre-Yves Papart. « La technique et le professionnalisme permettent aux élèves de maîtriser leur machine ». L’enseignant est lui-même pratiquant de ce genre de sport, et affectionne particulièrement le maniement de la hache bien affûtée, qui doit couper en 2 un billon en position verticale. « Il faut de l’explosivité, l’effort est court et intense ». Les meilleurs pratiquants arrivent à casser ce billon en moins de 30 secondes.
À l’issue de la journée, la MFR de Loudéac a brillé, plaçant en 1re place le binôme Benjamin/Nathan. Deux élèves du Gros Chêne arrivent en seconde position, un autre couple de la MFR des Côtes d’Armor termine 3e. Pas de place de choix donc pour les Finistériens, abattus par cette non-présence sur le podium et piqués en plein cœur de leur duramen. Mais ce n’est que partie remise, l’école de Loudéac organisera de nouveau un concours « l’année prochaine, plutôt un week-end pour attirer le grand public. Cette journée valorise beaucoup les élèves, c’est aussi l’occasion de présenter la richesse de la filière forêt », conclut Antoine Le Meitour.


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