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Un maïs à ne pas perdre de vue

Alors que tous les yeux sont rivés sur l’arrivée du blé et la volatilité de sa cotation, c’est bien du côté du maïs que pourrait s’agiter les choses lors de la prochaine campagne.

Sur la campagne 21/22, le prix du blé a progressé de 41 % sur le marché à terme de Chicago, contre 32 % pour le maïs (46 % et 34 % respectivement sur Euronext). L’Ukraine n’a pas été, contrairement à ce qui a été largement relayé, directement à l’origine de cette tension des marchés. Elle a écoulé plus de blé (et globalement plus de céréales) que lors de la campagne précédente, alors même que la Russie a atteint les objectifs fixés avant son entrée en guerre. Les fonds d’investissement non plus, n’ont pas mis d’huile sur le feu, étant moins engagés sur ces commodités que lors des précédentes années. Bref, une grande partie de la spéculation est avant tout physique. Les difficultés logistiques liées au Covid et au blocus ukrainien, l’inflation sur les intrants (énergie, engrais, etc.), et les mauvaises récoltes liées au changement climatique, ont entraîné protectionnisme côté exportateurs et craintes de pénurie (largement alimentées par les politiques et les médias) côté importateurs. Une spirale délétère pour les prix.

Qu’attendre de la prochaine saison qui démarre ?

Les projections sur l’offre et la demande en 22/23 sont aujourd’hui plus alarmistes sur le maïs que sur le blé. Hors Chine, le ratio stocks/consommation mondial se situerait à 11 % pour le premier contre 21 % pour le second à la fin de la prochaine campagne. Et cet indicateur est aujourd’hui à relativiser, vu la difficulté à mobiliser certaines de ces réserves.
Rappelons que les exportateurs de maïs sont moins nombreux que ceux de blé. Les USA représentent traditionnellement un gros tiers du marché mondial, contre environ 40 % pour l’Amérique du Sud et 13 % pour l’Ukraine. Sur la campagne 21/22, les Ukrainiens ont là encore réussi à exporter presque autant que l’année précédente. Rappelons qu’ils avaient engrangé une récolte exceptionnelle (42 Mt vs 30 Mt en 20/21) et alignent cette saison et malgré les contraintes logistiques, 22 à 23 Mt vendues contre 24 Mt un an plus tôt.  Mais en 22/23, les Ukrainiens ne devraient pas dépasser 7 % de parts de marché, car cette fois, c’est bien la récolte qui va reculer (-17 Mt). Si les stocks de report sont en hausse de 6 Mt, cela ne suffira pas, et nous devrions voir les ventes ukrainiennes reculer de 10 Mt en 22/23. Les USA ayant aussi vu leurs surfaces diminuer (-4 %) au profit du soja cette saison, ils perdront aussi du terrain sur le marché mondial. Il faudra donc que Brésil et Argentine performent.

L’UE est traditionnellement déficitaire en maïs

Les disponibilités du marché mondial impactent directement le bilan européen, puisque l’UE est traditionnellement déficitaire en maïs. En 21/22, elle a vu ses importations augmenter, en lien avec l’évolution des prix entre les deux céréales à destination de l’alimentation animale. Nous totalisons 16 Mt à fin juin, soit 1 Mt de plus qu’en 20/21. L’Ukraine a accru sa place de premier fournisseur (50 %). Et si le Brésil a sous-performé faute de disponibilités, le Canada et les USA ont vu leurs parts progresser sur la deuxième partie de campagne.
En ce qui concerne les flux intra-européens, la France a tiré son épingle du jeu, ses exportations progressant de 1 Mt vers les États membres en 21/22. Mais entre une bonne récolte (+1,5 Mt) et un recul de la demande en alimentation animale (-1,2 Mt), nous affichons à fin juin des stocks dans l’Hexagone en hausse de 45 % (+0,8 Mt). Si nous ne pouvons pas présager de ce que sera notre prochaine récolte, ces stocks de report sont pour le moment bienvenus. En effet, le recul des disponibilités mondiales en 22/23 se chiffre pour l’instant à 20 Mt (et -10 Mt pour le blé), ce qui entraînera une hausse des prix pour rationner la consommation de la céréale fourragère dans les mois à venir. Le ratio de prix blé/maïs devrait évoluer. Il est passé de 1,04 à 1,12 sur Euronext entre 20/21 et 21/22 à la fois par une forte tension sur la demande en blé meunier mais aussi par un recul de la demande en maïs (grippe aviaire).

Éléments à surveiller
Les éléments à surveiller pour les éleveurs qui peuvent arbitrer la hausse du coût alimentaire via les différentes céréales à leur disposition, sont nombreux. Pour le maïs, c’est avant tout le risque de sécheresse aussi bien aux USA qu’en Argentine qui sera un des facteurs déterminants. Mais l’évolution de la demande aura aussi son importance. Les usages sont pluriels, entre le débouché éthanol soutenu par le prix du pétrole, et l’alimentation animale qui pourrait ralentir (crises sanitaires, récession économique, ratio de prix). Notons que pour l’instant, les bilans prévisionnels tablent sur un recul des achats chinois. Côté ukrainien, la logistique s’organise avec des sorties via les ports européens (Hambourg, Rostock, Gdansk, Constanta, Klaïpeda), mais les volumes mensuels tous grains confondus, auront du mal à dépasser les 2/2,5 Mt sans déblocage des ports. La plus grande évolution sera surtout un étalement des expéditions tout au long de l’année. Enfin, si la production de maïs y est d’ores et déjà attendue en nette baisse, le manque de fioul pourrait limiter la récolte et le séchage des maïs en novembre. Enfin, les prix mondiaux dépendront aussi fortement des parités monétaires, avec un dollar qui devrait rester fort.
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