Découvertes

À 45 ans, Nathalie redonne vie à la ferme familiale  

Animatrice pendant 23 ans dans une ludothèque de Lamballe, Nathalie Le Bris a décidé, avec le soutien des siens, de revenir à ses racines paysannes en redémarrant l’élevage de porcs sur paille et le laboratoire de transformation créés par son père en 2003. Reportage à Meslin.

« Ça m’ennuyait que l’outil de travail créé par mes parents se soit arrêté d’un coup. De mon côté, je ne me voyais pas rester toute ma vie à la ludothèque. Pourtant je m’y plaisais beaucoup. Je savais expliquer à une famille si un jeu allait lui plaire et quand les gens revenaient en me disant ‘‘les mystères de Pékin, c’est génial !’’, c’était ma plus belle récompense. Aujourd’hui, ma récompense c’est de recevoir le SMS d’un client avec une photo de saucisses dans son assiette : Dimanche, on a eu des amis à la maison, qu’est-ce qu’on s’est régalé ! Avec des messages comme cela, je sais pourquoi je me lève le matin ».
On le devine aisément, le carburant de Nathalie, qu’il s’agisse de jeux, de charcuterie ou du moindre service rendu est avant tout la satisfaction de l’autre. Pas suffisant toutefois pour expliquer comment et pourquoi, à 45 ans, elle a pris le risque d’abandonner un poste de fonctionnaire territorial pour s’installer comme exploitante agricole.

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En rafraîchissant les locaux du laboratoire, Nathalie tenait à se donner des conditions de travail plus agréables qui, à terme, pourront lui faciliter l’embauche d’un boucher à temps plein et d’une personne au conditionnement.

Histoire de permis

Tout commence en 1974. Daniel Tanguy, son père, reprend la ferme de ses parents et se lance en élevage porcin naisseur-engraisseur. Nathalie n’est pas encore née : « C’est dans les années 90 que mon père a commencé à faire du porc sur paille, se souvient-elle. En 2003, il a aménagé son laboratoire. Il confiait la transformation à des bouchers. Ma mère s’occupait du conditionnement, lui, assurait les livraisons en GMS. Très vite, ils ont recruté un boucher à plein temps ».
Adolescente, Nathalie, elle aussi, s’oriente vers l’élevage tout en étant attirée par l’animation : « J’ai complété mon Bepa production porcine par un BTA Service en milieu rural. Et puis mon père m’a incitée à passer les permis poids lourd et transport en commun. À 21 ans, je conduisais un bus scolaire ». Titulaire d’un Bafa*, il lui arrive même de cumuler conduite et animation lors de classes découvertes . Un jour sa tante lui parle d’un poste à pouvoir dans une ludothèque de Lamballe. Nathalie se présente, le décroche, passe le concours de la fonction publique et s’épanouit dans ce métier où le contact humain est central.

Regain au labo

En 2015, pour anticiper sa fin d’activité, son père cède le laboratoire conservant ainsi un débouché pour ses porcs. « Deux ans plus tard, la personne qui avait investi a décidé d’arrêter, raconte Nathalie. Alors, mon père a racheté le laboratoire sans le relancer et a mis fin à son élevage. Un repreneur s’est manifesté, mais n’a pas donné suite… ». L’histoire aurait pu s’arrêter là… « Mais mon mari et mon père m’ont encouragée à reprendre : ‘‘ Tu vas y arriver ’’ m’ont-ils assuré. Sans ce soutien, je n’y serais pas allée. En 2019, j’ai commencé à étudier la faisabilité du projet ». Et depuis le 9 juillet 2021, Nathalie se passionne pour son nouveau métier d’éleveuse-charcutière avec l’enthousiasme qu’on lui connaît : « Mon produit phare, c’est la saucisse. Il n’y a pas 36 choses dedans : de la viande de porc, du gros sel, du poivre dans du boyau naturel. Elle est bonne. La goûter, c’est l’adopter ! »

Pierre-Yves Jouyaux

* Bafa : Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur

« D’abord faire ce que j’aime : le relationnel »
Mis à part la clientèle recherchée, pas de grands changements dans ce que Nathalie a mis en place. L’éleveuse a vite trouvé sa place dans une organisation où elle tient par-dessus tout à s’occuper de ce qu’elle aime : le relationnel. « Pour l’instant, je travaille avec un boucher à la demande. C’est à ses côtés que j’apprends les ficelles du métier. Cela va de la découpe à la transformation : saucisses, pâté de campagne… À terme, j’envisage l’embauche d’un boucher à temps plein, voire d’une personne en conditionnement, partie que j’assure moi-même pour l’instant. Mon père s’occupe de soigner les cochons et le travail des terres est confié une ETA ». Cela dit, en dehors de la qualité de ses produits, l’image et la réputation de la ferme sont directement incarnées par Nathalie, excellente ambassadrice ! « J’aime aller vers les gens et leur dire : l’important, c’est de goûter. N’achetez pas ma saucisse, si vous ne l’aimez pas  ». Un dynamisme qui fait mouche notamment auprès des collectivités sur lesquelles elle a misé pour développer ses ventes : « Désormais la plupart des GMS fabriquent elles-mêmes leur charcuterie. Alors je livre également les cantines et les Ehpad parce que j’ai à cœur de travailler pour les personnes âgées ou les enfants, contribuant ainsi à leur plaisir de manger ».

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