Politique et Syndicalisme

S’organiser en collectifs pour capter de la marge

Pour ramener du revenu sur leurs fermes, les membres de la Confédération paysanne 35 souhaitent développer les organisations collectives. Il peut s’agir de regrouper l’offre, de financer des outils de transformation, de diversifier les productions…

L’offre alimentaire est aujourd’hui segmentée, noyant le consommateur sous un flot de labels… Depuis un an, certains produits de qualité tels que le bio rencontrent des difficultés de commercialisation. « Nous devons nous organiser collectivement pour retrouver du revenu, réfléchir à un rapport de force. Les grandes enseignes de distribution s’accaparent les démarches de labels au travers de leurs MDD (N.D.L.R. marques de distributeurs) ; les agriculteurs sont toujours la variable d’ajustement. Nous devons garder sur nos fermes la valeur ajoutée de nos produits », a déclaré Charlotte Kerglonou, porte-parole de la Confédération paysanne d’Ille-et-Vilaine, dans le cadre de l’assemblée générale du syndicat le 21 février à Guipry-Messac, véhiculant le message « Reprenons la main, organisons-nous collectivement pour un revenu. »

Chronophage mais enrichissant

La vente directe est une piste illustrée au travers du témoignage de Lynda et Pascal Renaudin, producteurs laitiers bio à Bréal-sous-Montfort (35). « Nous avons commencé à vendre une partie de notre lait en circuit court à partir de 2010. Nous proposons du lait cru en berlingots ou seaux : sur la ferme, auprès des magasins, des restaurants… C’est chronophage mais nous sommes intéressés par ce contact direct avec les consommateurs », observent les éleveurs. Cet atelier leur permet aujourd’hui de compenser la baisse du prix du lait en circuit long.

Projet d’abattage à la ferme

La relation avec les gens plaît aussi à Samuel Duguépéroux et sa femme Mathilde (de Gahard) qui proposent de la viande bovine à la ferme en caissettes, à des restaurateurs ou en magasin de producteurs Brin d’herbe. « Dans le nouveau magasin de Chantepie, nous avons mis en place un atelier de découpe en collectif pour travailler les viandes au rythme des saisons. » Un projet d’abattage à la ferme a par ailleurs démarré en Ille-et-Vilaine regroupant des éleveurs en lien avec l’abattoir de Saint-Aubin d’Aubigné. « Ce serait un moyen de se différencier au travers d’un label paysan », note un participant.

Une filière légumes bio sur le département

Grégory Fachon, maraîcher sur 20 ha à Bruz, a choisi de s’orienter vers les cantines collectives – via le groupement de producteurs Manger Bio 35 – et des magasins bio. « Je n’aimais pas forcément faire les marchés ou répondre aux Amap. Nous avons cependant ouvert un restaurant-magasin sur la ferme il y a deux ans mais ce n’est pas moi qui le gère. » Essayer de réduire son temps de travail est un objectif pour Grégory Fachon qui a mis en place une comptabilité analytique sur chacun des légumes produits. « Nous essayons par ailleurs de structurer une filière légumes bio à l’échelle du département. » Une unité de transformation de légumes portée par Agrobio35 est aussi en projet.
« Nous avons choisi le métier de paysan ou paysanne pour différentes raisons mais pas forcément pour la commercialisation. La vente directe n’est pas la seule voie de valorisation ; elle aussi est concernée par la concurrence. Mettre en place des organisations collectives, peut-être plus petites que les coopératives existantes, est une piste à développer », conclut Charlotte Kerglonou.

Adapter l’offre à une demande en évolution
La Confédération paysanne 35 a organisé deux journées de formation ouvertes à tous ses adhérents en présence d’Olivier Mevel, consultant et maître de conférences dans les filières alimentaires. « Il a souligné que 4 repas sur 5 se font encore à la maison. D’où l’importance de regarder de près l’organisation et l’offre des GMS. La disponibilité des produits prime face à un consommateur souvent pressé. Les livraisons à domicile s’accroissent aussi, de 15 % entre 2010 et 2019 », synthétisent des participants à la formation. « Dans un marché qui devient concurrentiel, nous devons miser sur la communication selon ces niveaux de priorité : le local, l’environnement, le bien-être animal, le côté “équitable”… Communiquer sur le bio ne suffit plus, il faut parler de “fermier, local et bio” ». De plus, l’offre alimentaire doit répondre aux changements des habitudes liées au vieillissement de la population, à la sédentarité, au développement du snacking et de la RHF.

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