Découvertes

Croquer la vie à pleines dents

Spécialisée dans les soins à apporter aux équidés, Julie Cabon se rend chez les particuliers et les éleveurs de chevaux pour ajuster les dents des animaux, directement au champ.

Les populations éloignées des grands centres urbains souffrent souvent d’une pénurie de personnel de santé, plus particulièrement quand il s’agit d’ouvrir la bouche pour se faire soigner les molaires, incisives, gencives et autres quenottes… Les chevaux ne semblent pas être logés à la même enseigne, car ils peuvent compter sur les connaissances et les mains habiles de techniciens dentaires équins. Julie Cabon fait partie de ce corps de métier particulier, et sillonne les routes de campagne de la Belgique à la région parisienne, en passant par la Normandie et la Bretagne. Récemment, elle a posé son sac de matériel en Finistère lors d’une tournée chez des éleveurs et des particuliers.

Le cheval d’abord

La dentition des équidés pousse tout au long de leur vie. Avoir des dents en bonne santé est primordial pour une bonne mastication et pour éviter les troubles alimentaires. C’est pourquoi la technicienne préconise d’effectuer des soins au moins une fois par an. « La première visite est à réaliser dès l’âge de 18 mois, car les dents de loup (qui se trouvent à la place du mors) sont sorties. On aura un excellent travail. Si j’interviens plus tard, je serai plus intrusive. La réaction de l’os de la mâchoire peut être disproportionnée ». Faire soigner les dents des chevaux augmente leur espérance de vie, à plus de 30 ans. À l’état sauvage, des troubles dentaires empêcheraient d’avoir une alimentation correcte.

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Autonome au champ, Julie Cabon utilise du matériel spécifique sur batterie.

Lors de leurs croissances, les dents peuvent former des pointes d’émail. Les dents de la mâchoire maxillaire frottent la joue du cheval ; celles de la mâchoire mandibulaire irritent la langue. Il convient d’écrêter ces dents. « Je ne touche jamais au plat de la dent, qui sert à broyer, hormis si elle est dominante et gêne la dent faible qui se trouve en face : il faut alors rétablir la table dentaire ». Quand il mange, le cheval effectue des mouvements de bouche de gauche à droite et d’avant en arrière. Un bon alignement des dents assure une bonne mastication. « Mon objectif est d’enlever ce qui fait mal au cheval, je suis là pour son bien-être. Dans un second temps, je travaille sur le confort du cavalier en modifiant le siège du mors. Parfois et suivant les dentitions, je conseille d’utiliser des side-pull ». Ces brides sans mors sont plus douces et moins coercitives.
Autonome au champ, la technicienne dentaire s’équipe d’une batterie mobile pour mouvoir sa fraise abrasive, puis un diabolo pour une bonne finition. « Des râpes manuelles sont utiles sur les jeunes chevaux car non bruyantes ».

Champ libre au cheval

Julie Cabon, en tant que technicienne dentaire équin, intervient dans un but de prévention, pour informer et déceler précocement les problèmes et en référer aux vétérinaires. Avec des pathologies comme des diastèmes (écart important entre 2 dents), l’alimentation se coince dans la bouche et fermente. Cette acidité « attaque les tissus qui se nécrosent. Cela peut aussi provoquer des caries qui, par la suite, peuvent engendrer une fracture dentaire ».
Avant de prodiguer ses soins, la technicienne utilise un pas-d’âne, appareil qui maintient la bouche ouverte. Étonnamment, l’animal reste calme quand les outils dentaires sont en fonction. Hors de question de mettre du stress et de la pression pendant qu’elle intervient. « Le cheval doit se sentir en semi-liberté », résume la spécialiste. Même si elle intervient aussi bien dans un box que dans un champ, l’expérience montre qu’elle exerce moins de contrainte sur un cheval en semi-liberté que dans un bâtiment. Il lui arrive souvent de sortir le cheval du box pour refaire descendre la pression, dans un souci de bien-être. Dans le pré, la fraise est en action sur les dents, le cheval peut se mouvoir comme il le souhaite.

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À l’aide d’une fraise, les pointes d’émail sont diminuées.

Augmenter les performances

La dentisterie équine est un élément clé afin d’améliorer les performances des chevaux, que ce soit à un niveau sportif ou de loisir. Par exemple et pour le saut d’obstacles, il arrive que le cavalier choisisse des options sur le parcours, les virages seront serrés. « Les chevaux peuvent avoir des défenses au niveau de la bouche, ce qui montre une douleur ». Cette douleur s’exprime par une tête penchée toujours du même côté, ou un battement à la main, ce qui a des conséquences indirectes. « Une douleur dentaire joue sur le statut ostéo-articulaire, car le cheval en penchant la tête va reporter son poids sur une épaule. De là peuvent découler des boiteries ». Le dentiste doit donc intervenir avant le passage de l’ostéopathe afin d’exclure une cause dentaire.

Travailler dehors
Julie Cabon a commencé son apprentissage au lycée agricole du Nivot, à Lopérec (29). Elle a continué ses études à l’école d’ostéopathie de Caen (14). Son cursus s’est poursuivi en Belgique, dans un établissement de dentisterie. Pour joindre Julie Cabon : 06 75 92 99 63, https://www.facebook.com/juliecabon.dentiste.equin/
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