Energies et environnement

La clé des sols

La dégradation des sols à travers le monde se traduit par une baisse de leur fertilité. Ce qui altère le revenu des paysans et pose la question de la capacité de l’agriculture à nourrir le monde. Issus du milieu agricole, les fondateurs de Gaïago, start-up bretonne, ont développé une solution innovante : la revitalisation des sols à partir d’éléments naturels. Découverte.

C’est l’un des écosystèmes les plus complexes de la nature. Et aussi l’un des habitats les plus diversifiés. Le sol abrite, à lui seul, un quart de la biodiversité de la planète. Dans ce milieu souterrain foisonnant interagissent nombre d’organismes qui contribuent aux grands cycles de la vie sur terre. Un rôle trop souvent mésestimé, peut-être parce que « invisible » à l’œil nu… Ressource limitée, le sol s’érode aujourd’hui bien plus rapidement qu’il ne se forme. Avec des conséquences très concrètes : diminution de la production agricole, engorgement ou pénurie d’eau, glissement de terrain, etc. La FAO, qui estime que les deux tiers des sols de la planète sont déjà dégradés et que 90 % pourraient l’être d’ici à 2050, appelle à la prise de conscience de cette détérioration. Et à la mise en œuvre de pratiques de gestion durable des sols, rappelant au passage que 95 % des aliments que nous mangeons en sont issus !

Une approche globale 

9460.hrCe plaidoyer de l’organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture en faveur « des sols sains pour une vie saine » trouve, bien évidemment, écho chez GaÏago. « Nous avons créé cette entreprise en 2014 avec pour objectif de revitaliser les sols », explique Samuel Marquet, l’un des cofondateurs de la start-up avec Francis Bucaille. Ce dernier, agriculteur et chercheur, a parcouru le monde et réalisé des profils de sols dans de nombreux pays. Et, partout, il a constaté le rôle prépondérant joué par certaines familles de champignons dans la transformation de la matière organique en humus. À partir de ses observations et en s’appuyant sur des données de publications scientifiques, il a ainsi élaboré différentes « recettes » à base d’éléments naturels.
« Nous proposons une approche globale. Notre gamme comprend des prébiotiques qui vont stimuler les champignons humificateurs, améliorer la structure des sols, favoriser la mise à disposition des éléments nutritifs essentiels, des probiotiques qui agissent sur la nutrition de la plante, des solutions favorisant la résistance du végétal aux différents types de stress, ainsi qu’une formule pour stimuler la germination et la vigueur des semences ».

Utilisable en agriculture biologique – les produits sont certifiées par Ecocert –, cette gamme s’adresse à tous les types d’agriculture. « Nos produits permettent d’augmenter la production, d’améliorer sa qualité tout en diminuant l’usage des intrants. Et ce, sans impliquer de changements de matériel. Nous avons déjà quelque 5 000 agriculteurs utilisateurs : des maraîchers, des céréaliers, des producteurs de pommes de terre, des arboriculteurs… et même des éleveurs pour leur fourrage ! »

Phase d’accélération

Aujourd’hui référencées par près de 80 distributeurs, les solutions GaÏago sont disponibles non seulement en France, mais aussi dans divers autres pays européens comme l’Allemagne, la Belgique, la République tchèque… « Nous avons constitué une équipe d’une quinzaine »  “d’ingénieurs des sols vivants” « qui accompagnent et conseillent les utilisateurs de la gamme GaÏago. Il s’agit d’une nouvelle profession que nous avons créée : des ingénieurs agronomes que nous avons formés à notre savoir-faire ».  L’entreprise qui comptait 9 salariés en 2019 en emploie aujourd’hui près de 50. En pleine phase d’accélération ces dernières années, la jeune pousse, tout en continuant à s’appuyer sur les retours terrain de son réseau d’une vingtaine de fermes pilotes à travers l’Hexagone, poursuit ses investissements en recherche et développement. « Nous affinons nos argumentaires par culture, et nous veillons à étayer chaque affirmation par des données scientifiques », précise Aurélie Montalbetti, responsable de la communication.

La société, qui a reçu le label « Greentech Innovation » décerné par le ministère de la Transition écologique, table sur une progression de 100 % de son chiffre d’affaires tous les 12 à 18 mois pour atteindre les 130 millions d’euros à l’horizon 2027. Afin d’accompagner cette forte croissance, GaÏago a procédé récemment à une levée de fonds auprès d’investisseurs parmi lesquels We Positive Invest, fonds d’innovation sociétale du groupe Crédit Mutuel Arkéa. Résolument tourné vers le développement, le pionnier malouin a notamment dans ses cartons un projet de nouvelle usine de production ainsi qu’une offre de stockage du carbone. Autant de perspectives que Samuel Marquet évoque avec passion, l’œil pétillant. « Tous les matins, j’ai le bonheur de me
lever en me disant que je contribue, à mon échelle, à la transition écologique de l’agriculture ». Douce musique aux oreilles de ce fils d’agriculteurs bretilliens que cette partition en sol majeur !

Jean-Yves Nicolas

Un utilisateur convaincu
Maraîcher installé sur la commune de Baguer-Pican (35), Quentin Collin, de l’EURL « Le jardin du primeur », fait partie du réseau de fermes pilotes de Gaïago. « J’utilise leurs produits depuis 7 ans. J’ai commencé un peu par hasard, peu après mon installation. J’avais eu des attaques de botrytis sur les plants de tomates et de jambe noire sur ceux de pomme de terre. Une connaissance m’a conseillé l’un de leurs produits pour rebooster mes cultures. Cela a marché. J’ai ensuite testé leur produit pour améliorer la structure du sol dans une de mes serres. Là aussi, j’ai été convaincu par le résultat. Je n’ai plus besoin du décompacteur. Désormais, j’utilise l’ensemble de la gamme Gaïago. Et je constate qu’il y a moins de pression des maladies, que j’ai moins besoin d’arroser et, surtout, que mes légumes sont plus riches en nutriments et se conservent mieux ».
Positif et innovant « La transition environnementale et climatique doit s’appuyer sur des solutions postives et innovantes. Le débat au sein du secteur agricole est encore trop porté sur les interdictions et les réglementations. Nous sommes convaincus de la qualité des produits développés par Gaïago et de leur capacité à entraîner une transition écologique à un coût économiquement viable pour les agriculteurs ».Morgan Carval, Directeur de participation, Fonds We Positive Invest
Mots-clés

Peut vous intéresser

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Fermer