Cultures

Le retrait du glyphosate coûtera cher

L’Inrae a chiffré le coût du retrait du glyphosate suivant différentes pratiques culturales. Dans un itinéraire classique avec travail du sol, la hausse est parfois faible. Dans des cultures semées en direct, l’impact économique est très important et remet la pratique en cause.

Le gouvernement a demandé en 2017 à l’Inrae de produire trois rapports qui estimaient le coût de la sortie du glyphosate, en utilisant des leviers techniques comme la mécanisation ou des changements dans les rotations. Après la viticulture et l’arboriculture, le dernier travail concernait les grandes cultures, et a été dévoilé la semaine dernière par l’équipe de l’Inrae.

Près de 80 € de surcoût

Dans ce rapport fondé sur des résultats robustes, la gestion de l’enherbement des cultures peut trouver une alternative aux solutions chimiques par le travail du sol, plus particulièrement grâce au labour. Lors d’une enquête menée sur plus de 17 000 parcelles, 1/3 des surfaces en grandes cultures sont labourées fréquemment. Ces surfaces reçoivent du glyphosate à hauteur de 12 %, et a servi de scénario de référence pour calculer le coût de la non-utilisation de la molécule. Dans les systèmes de cultures examinés, « plus le travail du sol est intense, moins les agriculteurs ont recours au glyphosate », a pu noter Alain Carpentier, un des chercheurs qui a mené l’étude.

Les agriculteurs utilisant le labour systématiquement sont donc les plus à même de se passer de glyphosate à moindre frais, avec un surcoût de 1 €/ha. En revanche, les situations en semis direct sont très fortement impactées et se retrouvent même dans une impasse, puisque la charrue vient se substituer au désherbant total. Le total des charges supplémentaire atteint alors 79 € /ha, auquel il faut ajouter une consommation de carburant supérieure de 31 L/ha, ainsi qu’un besoin de main d’œuvre augmenté de 1,5  heure /ha.

Le levier de l’article 50-2

Autant dire que la suppression de la molécule utilisée dans près de 90 % des parcelles menées en semis direct aurait un impact économique fort, couplé à une remise en question totale d’une agriculture qui ne bouleverse pas les sols. Reste le levier possible avec les conditions d’octroi ou de retrait des AMM du règlement européen, qui stipule dans l’article 50-2 que « le retrait est possible s’il existe des alternatives d’usage courant, sans impact économique majeur ». Christian Huyghe, directeur scientifique agriculture à l’Inrae, rappelle que le terme usage courant est important. « Il ne suffit pas de dire qu’une alternative a été testée dans un laboratoire pour affirmer que c’est un usage courant. L’usage courant existe déjà dans la réalité ». L’Anses va donc prochainement trancher sur le dossier, car aucun usage courant n’est actuellement capable de se substituer au semis direct sans impact économique majeur.

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