ÉlevageTop

Automatiser l’hygiène post-traite demande réflexion

L’Observatoire de la traite GDS Bretagne étudie les nouveautés qui fleurissent dans les installations. Si Daniel Le Clainche reconnaît l’intérêt de l’automatisation de l’hygiène post-traite, il invite à la prudence à l’heure d’investir pour s’assurer de préserver une traite douce et complète.

« L’idée est géniale et répond à une demande importante d’alléger la charge de travail, de réduire le temps de traite et la fatigue physique, d’économiser de la main-d’œuvre… Cela permet parfois de traire autant de vaches et aussi vite avec un trayeur en moins, notamment sur un roto », démarre Daniel Le Clainche, à propos des systèmes automatiques post-traite de pulvérisation des trayons et de désinfection des manchons. Si des variantes existent, les dispositifs disponibles sur le marché breton courent le même objectif : « Que l’éleveur n’ait plus à intervenir en fin de traite… »

Mais attention, pour le spécialiste, ce choix n’est pas anodin. « Ces systèmes viennent se greffer sur l’installation et modifient souvent les paramètres de traite. Cela ressort des premières expertises menées sur le terrain dans le cadre de notre Observatoire. » Il a notamment déjà été appelé dans plusieurs élevages équipés présentant des problèmes de mammites ou de taux cellulaires.

La qualité de la traite passée à la moulinette

Pour en évaluer l’impact, comme pour toute innovation technologique, l’expert assiste à une traite. La première étape de l’audit passe par une observation visuelle. « Je regarde la tenue des faisceaux. Glissent-ils ou non ? Si oui, combien de fois ? Puis je cherche d’éventuelles lésions sur les trayons caractéristiques d’une traite agressive : hyperkératose, anneau de compression, œdème et congestion, micro-hémorragie… » Ensuite, pour ces dispositifs d’hygiène post-traite, la qualité du trempage est examinée en notant si les trayons sont entièrement, partiellement ou pas du tout recouverts de solution désinfectante. Le comportement des vaches est bien sûr considéré : sont-elles calmes ? Ont-elles tendance à bouger, uriner ou piétiner indiquant inconfort ou stress potentiel ?

L’étape suivante s’intéresse de plus près à la qualité de la traite. Après la dépose du faisceau, l’intervenant recourt à une traite manuelle dans un pichet pour mesurer la quantité de lait d’égouttage résiduel dans la mamelle. « On vise une traite complète. Pour moi, dans une situation à risque en cellules ou mammites, il doit rester moins de 20 cl de lait par quartier », explique Daniel le Clainche. Le moment du décrochage est scruté. « Parfois, par exemple, il n’y a pas de décompression entre la coupure de vide et la dépose. Cela donne lieu à un effet ventouse puis un arrachage agressif du faisceau. Le risque d’impact, c’est-à-dire de remontée de lait dans le gobelet vers le trayon, est réel. Un phénomène à l’origine de contamination de la mamelle par des germes. » Enfin, y a-t-il des traces de traite humide, c’est–à-dire du lait demeurant sur le corps ou le bout du trayon ?

Traite douce et complète ou rapide et agressive ?

L’audit se poursuit par un Test pendant la traite (TPT) ou test dynamique à l’aide d’un pulsographe « selon un protocole précis développé historiquement par le GDS Bretagne ». L’appareil mesure le niveau et les fluctuations de vide en divers points. « L’idée est de vérifier que les résultats se situent bien dans la fourchette de nos recommandations. Soit un niveau de vide moyen dans le tuyau court à lait entre 35 et 38 kPa et ne dépassant pas 25 kPa à l’embouchure du manchon. »

Ensuite, ces mesures sont rapprochées des observations visuelles préalables et des réglages de la machine, en prenant en compte l’interface animal – équipement – pratiques de l’éleveur. « Concernant les équipement d’automatisation post-traite expertisés, cette synthèse conclut majoritairement sur une traite relativement agressive », rapporte le spécialiste. Et de détailler des symptômes « communs dans beaucoup d’élevages ». Apparition d’anneaux de compression en haut des trayons, d’œdème, voire d’hyperkératose. Vaches agitées qui piétinent notamment dans le dernier tiers de traite. Et souvent, une quantité importante de lait d’égouttage dans la mamelle, au-delà du seuil d’alerte évoqué.

« Pour moi, ces conditions de traite dégradées sont à relier à des réglages atypiques de temporisation et de niveau de vide pour que les systèmes puissent fonctionner », estime le spécialiste. La pulvérisation du trayon par une buse en haut du manchon étant déclenchée par le signal émis par la coupure de vide déclenchant la dépose. « Pour que ce signal soit efficace et le trempage du trayon complet, un niveau de vide très élevé s’avère nécessaire à l’embouchure du manchon en fin de traite. J’ai déjà mesuré jusqu’à 38 ou 39 kPa, bien au-delà des 25 requis… »

En conclusion, Daniel Le Clainche reconnaît que « l’avenir est sans doute là, mais les dispositifs actuels devront évoluer ». Avant d’investir, il conseille de bien vérifier que l’équipement est agréé puis de demander un contrôle Certitraite par le Crocit à la mise en route. « C’est crucial car l’adaptation des réglages de vide et de temporisation ou le choix des manchons permettent de minimiser l’impact de l’installation d’un tel dispositif. »

Peut vous intéresser

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Fermer