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L’art du pâturage en Nouvelle-Zélande

Elisa Aukès est partie découvrir la production laitière aux antipodes. Partageant ses journées entre traite et gestion des paddocks, elle espère poursuivre cette aventure…

« Mon projet est de diriger ma propre ferme », démarre de but en blanc Elisa Aukès. Mais avant, la jeune Morbihannaise veut accumuler de l’expérience. Au cours de sa formation en BTS Acse (Pommerit) et après sa licence pro Conseils en management des entreprises agricole (UCO de Guingamp), elle est déjà partie à l’étranger. En stage dans des élevages de 200 vaches au Canada et en Irlande. « Après mon diplôme en 2018, j’ai aussi travaillé comme salariée en Bretagne. Mais j’avais envie de voir comment on manage des troupeaux à une autre échelle. »

Une équipe hiérarchisée pour gérer 2 500 vaches

En janvier dernier, en plein été aux antipodes, elle a ainsi posé ses valises à Ashburton, chez Kim et Will Grayling. Ces trentenaires dirigent Ashpouri Ltd, une exploitation organisée en deux sites voisins dans le Canterbury, région très agricole de l’île du Sud. Elisa est rattachée à Singletree Dairies, une ferme de 13 employés, 2 500 vaches et de 600 ha. Autour de la salle de traite, « le cœur de l’exploitation », s’étend une plateforme herbagère irriguée par cinq pivots. « Sans ça, rien ne pousse. Le climat est tempéré mais il pleut très peu. L’eau est pompée directement dans le sol. Il y aurait un lac géant dans le sous-sol de la ferme ! »
Dans cette grande structure, la surface et le cheptel sont sous-divisés en cinq « blocs » et cinq troupeaux. La Bretonne souligne l’organisation de la main-d’œuvre par rapport à l’activité.

« Sous l’autorité de Will, on trouve un manager de site philippin qui dirige deux assistants-managers. A l’échelon en-dessous, ce sont les cinq managers de troupeaux puis les assistants-managers de troupeaux comme moi… J’ai été agréablement surprise par l’efficacité de cette hiérarchie. Mais aussi la manière dont le travail est équitablement réparti entre tous », confie-t-elle. Avant de rapporter l’importance de la réunion hebdomadaire : « Comme le domaine est très vaste et que nos horaires sont décalés, cette rencontre, le mardi matin, permet d’être au courant de tout. Surtout, chacun présente le bilan de son bloc : combien les vaches ont consommé d’herbe et de concentrés, combien elles ont produit, comment les prairies poussent… Si les résultats de ton troupeau sont un peu en recul, tout le monde donne son avis pour améliorer les choses. Et puis Kim apporte toujours des pâtisseries… »

Le bâtiment abritant la salle de traite est le cœur de la ferme. Les maisons des patrons, employés et stagiaires sont à proximité immédiate.

La taille des paddocks sans cesse adaptée

Le quotidien est rythmé par les traites des troupeaux qui se succèdent. « La première démarre à 4 h 15. Le second service après 7 h. Le roto 80 places permet de passer 600 vaches à l’heure. » Selon le tableau des tâches, Elisa peut aussi être chargée de pousser les lots d’animaux vers l’installation. Parfois, il faut plus d’une heure pour ramener un troupeau éloigné à la traite. « Ensuite, ma mission pour le reste de la journée est de nourrir mon troupeau », explique la jeune femme.

« Le pâturage est géré de façon très technique et précise puisqu’on adapte sans cesse la taille des paddocks à l’herbe disponible et au nombre d’animaux. » En mai, Elisa mesure la pousse une fois par semaine. En début de saison, c’était tous les quatre jours. « J’utilise un pasture meter, un équipement à deux lames tiré par le quad. Je traverse les parcelles en diagonale et j’obtiens pour chacune la matière sèche disponible à l’hectare. Ces données sont entrées dans l’ordinateur pour obtenir un graphique indiquant les prochaines zones à pâturer, comment dimensionner les paddocks en fonction de l’herbe sur pied ou s’il faut compléter avec de l’aliment… »

Traçage des parcelles à moto

Les néozélandais utilisent le « break fencing », une méthode pour contrôler l’ingestion d’herbe (objectif : 17 ou 18 kg de matière sèche/ jour) et éviter au maximum le piétinement en calculant avec précision la surface laissée aux animaux pour 24 heures. « Mon troupeau compte 520 vaches. En ce moment, je lui mets à disposition 2,6 ha au quotidien : 1,7 ha pour la nuit et 0,9 ha le jour », explique Elisa. Pour tracer les paddocks, elle utilise une application et le GPS de son smartphone. « Je fais de la géométrie. Dans une parcelle, entre deux rangées de clôture fixe, je trace en moto un triangle guidée par l’application. » Au départ, la Morbihannaise mettait parfois une heure pour tracer un paddock. Maintenant, en moins de 20 minutes, le tour est joué.

Plus tard, Elisa espère valoriser cette science du pâturage en Bretagne. Mais en attendant, alors que toutes les vaches seront taries début juin, elle vient de signer un nouveau contrat. Son patron lui confie la responsabilité des vêlages et des veaux sur un autre site. 800 naissances l’attendent en deux mois à partir de mi-juillet…

« Des paysages époustouflants »
Avant d’embaucher, Elisa Aukès a voyagé deux mois en van sur les deux îles « à la découverte de paysages époustouflants, entre montagne et mer, encore plus beaux qu’en Irlande ». Depuis, sur la ferme, son planning est organisé sur deux semaines : « Je travaille sept jours d’affilée avant de profiter de deux jours « off ». Puis à nouveau sept jours avant un week-end de trois jours. » Disposant d’une maison partagée avec trois autres jeunes sur l’exploitation, elle est rémunérée 20 $ néo-zélandais (11 €) de l’heure. « En général, toutes les deux semaines, je suis payée pour 110 heures de travail. » Pour ceux qui voudraient tenter l’aventure, elle conseille de se débrouiller en anglais et de connaître le vocabulaire agricole. Et recommande d’arriver en juin ou juillet : « Juste avant que les vêlages ne commencent. Le début de saison est très intense permettant de faire beaucoup d’heures et donc d’être mieux rémunéré. » Compter 1 400 € pour le billet aller-retour et 150 € pour le permis vacances – travail (PVT) d’un an.
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