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Plouguenast, village de cinéma

Une équipe de passionnés travaille à l’année pour faire tourner une salle communale de cinéma et organiser un festival de 20 projections en 10 jours.

« À Plouguenast (22), le dimanche, certains habitants sont au stade pour le match de foot… Mais, nous, nous sommes au Cithéa  », raconte, avec malice, l’équipe de passionnés qui fait tourner le cinéma de la commune. Dans la salle, 177 fauteuils rouges et confortables font face à l’écran de 6 m de large. Le week-end, tout au long de l’année, quatre séances (pour deux films projetés) sont programmées.

Héritage du temps des vicaires

« Tout a commencé après la guerre. Un vicaire accro aux films de battage filmait les moissons avec sa caméra super 8 et organisait ensuite des visionnages. Cela a débouché sur un cinéma de patronage… », raconte Gilles Lucas, ancien agriculteur et vice-président de l’association laïque qui gère la salle. Lui est tombé dedans il y a 43 ans. Alors âgé de 16 ans, il devient opérateur. « À l’époque, il y avait des appareils avec des lampes à électrodes à charbon, des grandes bobines qu’il fallait rescotcher… Aujourd’hui, on est passé aux lampes au xénon et aux disques dans l’ordinateur… » 

La commune nouvelle de Plouguenast-Langast compte 2 500 habitants. Le Cithéa, lui, propose environ 120 films et comptabilise 6 400 entrées par an. Outre la programmation régulière à l’année, l’association organise un temps fort au mois de mars : le festival « Terres et films, d’ici et d’ailleurs ». Sa 13e édition devait se dérouler du vendredi 20 au lundi 30 mars. Bien évidemment, le confinement de la population en France imposé par la situation sanitaire critique liée au coronavirus aura clos l’évènement avant même qu’il n’ouvre ses portes cette année. Pour autant, ce n’est que partie remise car les bénévoles, aussi passionnés que motivés, ont déjà dans l’idée de le repousser « à fin septembre ou début octobre ». Toute la programmation devrait être reconduite, « sauf peut-être pour une ou deux fictions en fonction de l’actualité des sorties cinématographiques à cette époque-là ».

L’équipe du Cithéa, en 2019, avec Guillaume de Tonquédec à Plouguenast pour la projection du film « Roxane » tourné dans les Côtes d’Armor.

Neuf personnes à la sélection des films

Personne ne veut se passer de ce rendez-vous culturel et social incontournable dans la commune. « Nous organisons ce festival pour faire connaître Plouguenast et animer le secteur. Les gens l’attendent ! Les entrées à 3 € sont abordables pour tous. » L’affiche est construite à destination de tous les publics, de toutes les générations avec un bel équilibre entre fictions, documentaires, films d’animation ou courts-métrages.  « On ne se prend pas au sérieux, mais on parle de sujets sérieux », plaisantent les responsables.

L’équipe de visionnage est constituée de neuf membres de l’association. En amont du festival de mars, à partir d’octobre, ils se retrouvent tous les lundis soir pour regarder un film au Cithéa. « Sur grand écran bien sûr, pour voir ce que ça donne réellement en grand format en profitant de la qualité de son de notre salle. » Avec le temps, le rendez-vous annuel de Plouguenast est bien identifié par les réalisateurs qui contactent souvent directement l’association pour proposer leur travail. Parmi tout cela, il faut faire le tri bien sûr. « La vraie vie est assez dure et la télé un peu triste. En général, les spectateurs ont envie de se changer les idées. Alors nous essayons de choisir des films positifs. Nous aimons les personnages attachants. » Certaines œuvres font l’unanimité. « Un film d’aventure comme ‘Donne-moi des ailes’, c’est tellement bien qu’on a envie que tout le monde le voit ! » D’autres font davantage débat. Mais à neuf, quand on vote, il y a toujours une majorité à l’arrivée pour emporter la décision. 

Dans cette sélection, tous les ans, des sujets en lien avec la réalité des campagnes. « Des villages qui se battent pour garder leurs médecins, commerces ou écoles… Le parcours de l’installation de jeunes ou de femmes en agriculture. Les questions alimentaires de moment comme les OGM hier, le bio aujourd’hui. » Mais aussi le quotidien en montagnes, la vie animale, le quotidien dans d’autres régions du monde…

Des guérisseurs aux réfugiés

Cette année par exemple, le festival devait projeter « Clémentine au pays des guérisseurs » et aborder pour la première fois ces médecines parallèles en invitant deux thérapeutes holistiques du coin à venir débattre. Alors que « Vachement normande » et « Femmes de la terre » revenaient sur l’installation et le rôle-clé des femmes en agriculture. Ou encore, « Les réfugiés de Saint-Jouin » confronter le public à une question très actuelle en s’intéressant à la population d’une commune du Cotentin partagée à l’idée d’accueillir une famille syrienne… Avec un tel programme, vivement que le Cithéa rouvre ses portes et cale la date du prochain festival « Terres et films, d’ici et d’ailleurs ».

Voir puis débattre
Certaines projections sont suivies de débats « parfois vifs et d’un très bon niveau » en fonction des invités : réalisateurs, experts, témoins, spécialistes de la question… « Quand les réalisateurs sont présents, c’est un véritable plus. Ce sont toujours de belles rencontres », témoigne l’équipe du Cithéa. De jeunes Bretons, comme par exemple Mathurin Peschet pour « Cousin comme cochon » ou Tangui Le Cras  pour « Je ne veux pas être paysan », sont régulièrement invités à parler de leur film. « C’est eux qui parlent le mieux de leur œuvre. Ils expliquent pourquoi ils se sont penchés sur le sujet et confient des anecdotes de tournage. » Pour les documentaires, les réalisateurs sont souvent encore en contact avec les personnes qu’ils ont filmées et donnent des nouvelles des gens « offrant ainsi un prolongement à l’histoire ».

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