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#Covid19 : L’agriculture dans l’expectative

Les agriculteurs s’inquiètent quant à la collecte de leur production. L’agroalimentaire craint les perturbations dans la transformation et l’écoulement des produits.

« Il y a actuellement une demande très forte de beurre et de fromages venant de la grande distribution », rapporte Guy Le Bras, président de Laïta. Les usines tournent à plein. Un travail d’étiquetage est aussi mené sur les produits initialement conditionnés pour la restauration hors-domicile afin de les destiner au grand public. « Pour l’instant, avec cet appel d’air, nos produits partent. Mais un reflux dans l’autre sens n’est pas impossible dans quelques jours quand les gens auront constitué leurs stocks de confinement. En plus de gérer nos outils industriels, il faudra gérer ces potentiels à-coups de consommation, peut-être finir par stocker. »

L’incertitude du transport

Guy Le Bars pointe également un autre risque en rappelant que le secteur du transport est déjà impacté. « Collecter le lait et le transformer, c’est bien… Mais il faudra continuer à livrer. Or, plus on est à l’Ouest et éloignés des grands pôles de consommation, plus il y a de danger de subir une rupture de la chaîne logistique. »
« Tout le monde est un peu inquiet pour traiter tous les volumes notamment avec la baisse des commandes en RHF », explique pour sa part Damien Lacombe, président de la Coopération agricole laitière. « Le printemps va être compliqué », prédit-il, appelant les éleveurs « à lisser la courbe de collecte ».

En viande bovine, le déplacement de la consommation du hors domicile vers les foyers entraîne des changements de configuration du marché. En Europe globalement, les consommateurs vont plutôt privilégier des achats nationaux. « Pour la Pologne qui exporte 85 % de sa production, il va certainement y avoir des retards d’abattage et de la congélation avant que la situation ne se rétablisse », note Caroline Monniot, de l’Idele.
« S’agissant des bovins maigres, broutards et veaux, la fermeture de marchés tels que celui de Cholet la semaine prochaine va désorganiser le commerce avec l’absence de diffusion des prix », note Laurent Chupin, d’Acti Ouest, spécialiste des marchés bovins. Vers l’Italie, les flux en vif restent d’actualité, mais trouver des chauffeurs pour ces destinations va devenir plus compliqué. « Pour l’Espagne, des difficultés pourront être rencontrées sur les animaux non vaccinés pour la FCO car les laboratoires réalisant les analyses PCR vont se concentrer sur le Covid-19 humain. »

Jouer le jeu en volaille

Du côté de la volaille, la production de poulet lourd sexé habituellement destinée à la RHD est réorientée vers le marché de la GMS suite à la fermeture des restaurants, des cantines. « Les éleveurs doivent s’adapter car il faut du poulet de plus petit calibre pour la GMS, que ce soit pour de l’entier ou de la découpe. Concrètement, les mâles vont partir en même temps que les femelles entre 35 et 38 jours d’âge. Les éleveurs vont faire preuve de souplesse et les marges vont être impactées. Il va falloir que tout le monde joue le jeu dans la filière pour que notre maillon élevage soit le moins impacté possible », explique Stéphane Dahirel, aviculteur et président du Gaévol. De son côté Thomas Couëpel, éleveur de poulets à Andel (22), évalue déjà les pertes : « En faisant partir les poulets à 1,9 kg de moyenne au lieu de 2,6 kg habituellement, la perte de marge est de 18 000 € par lot sur mon élevage de 5 400 m2. »

Pour toutes les productions de volaille, les craintes sont aussi qu’il y ait des problèmes de personnel dans les abattoirs et que les capacités d’abattage soient réduites ce qui entraînerait un allongement des durées d’élevage notamment en dinde qui tolère mieux que le poulet un stockage sur pattes. La problématique de trouver des équipes de ramassage pour charger les volailles se fait déjà sentir sur le terrain. Par contre, les livraisons d’aliment et de gaz vont être assurées dans les temps chez les éleveurs.

La discipline en légume

Milieu de semaine, la mise en marché des légumes bretons ne souffrait pas des mesures de confinement. « La cotation au cadran des légumes frais est maintenue, les acheteurs peuvent travailler à distance », explique Anne-Marie L’Aminot, directrice de L’UCPT. Pour Éric Salaün, président de la coopérative légumière Bro Dreger et producteur installé à Rospez (22), il faut dans ces moments de crise « beaucoup d’humilité et de discipline. On ne fera rien de trop ».

À la station de conditionnement de Camlez (22) comme ailleurs, les protocoles d’hygiène sont déjà respectés depuis la semaine dernière. La réception des légumes est assurée, tout comme l’approvisionnement en emballages. « Les exportations de choux-fleurs vers l’Allemagne ne se sont pas arrêtées. Nous avons les solutions de transport », observe-t-il.

Chez les producteurs, les premières récoltes de tomates et de fraises démarrent. Les serristes sont amenés à désinfecter plusieurs fois par jour les pointeuses utilisées par le personnel. Le maintien de distance de sécurité entre collaborateurs complique les chantiers de cueillette.

Maintenir les flux logistiques

Il y a, à ce jour, peu d’absentéisme dans nos abattoirs. Nos salariés sont conscients que leur activité est prioritaire. Toutes les entreprises de la viande fonctionnent à l’exception de celles qui travaillent exclusivement pour la RHD (restauration hors domicile). Les commandes ont été très importantes ces derniers jours. Ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera peut-être pas demain. Nous avons des craintes sur le taux d’absentéisme dans nos entreprises si la crise perdure, sur le niveau de consommation, sur le transport des animaux vivants, sur la logistique. Quelle sera l’activité de nos ports dans les prochains jours ? Pourrons-nous exporter nos viandes vers la Chine ? Le prix du porc en dépend. Le maintien des flux logistiques est primordial pour toute la filière. Mathieu Pecqueur, directeur Cultures Viandes

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