Découvertes

Leurs rapaces effarouchent les nuisibles

Paul et Eleri Johnson sont fauconniers. Ils élèvent des rapaces dans le but d’effaroucher les nuisibles, mais dispensent aussi des stages de formation pour les vétérinaires ou pour les chasseurs souhaitant changer de méthode de prélèvement.

Les rapaces de nos campagnes, qu’ils soient diurnes ou nocturnes, trônent fièrement en haut de leur pyramide alimentaire. Dans cette chaîne de consommation, composée de petits rongeurs ou de serpents, figurentt aussi certains oiseaux, comme des corvidés (choucas des tours ou corneilles) ou des sturnidés (étourneaux). Et malheur à celui qui se retrouve saisi par les serres pointues ou piqué par les becs puissants…
Installés à l’orée de la forêt d’Huelgoat, sur la commune de Berrien (29), Paul et Eleri Johnson utilisent cette prédation pour effrayer les oiseaux nuisibles dans les aéroports, les villes, les usines ou les fermes.

Montrer patte blanche

Originaires du Royaume-Uni, Paul et Eleri Johnson se sont installés dans le parc naturel d’Armorique il y a maintenant 15 ans. Déjà fauconnier depuis 40 ans dans son pays d’origine, Paul a ramené ses oiseaux dans sa valise. Mais à leur arrivée, un long parcours pour pouvoir démarrer leur activité commence. « Il nous a fallu 7 ans et demi pour prouver la nature de notre activité et pour obtenir les différentes autorisations », se souvient Eleri. Une réglementation très dure pour celui qui veut posséder des rapaces et en faire une activité économique.
100 000 personnes pratiquent la fauconnerie en Grande-Bretagne, notamment pour la chasse. « La réglementation y est plus difficile pour chasser au fusil, mais plus simple pour les rapaces. La chasse avec un rapace est une vraie chasse : c’est l’oiseau qui prend les décisions », estime le fauconnier.

Têtu comme un pigeon

L’effarouchement est un des violons d’Ingres du couple. Ils sont alors sollicités pour faire fuir les nuisibles, composés d’étourneaux, de goélands, de pigeons, de mouettes, mais aussi de lapins ou de lièvres. « Les choucas des tours sont aussi effarouchés. Certaines espèces sont plus simples à apeurer : les étourneaux s’installent quand ils se sentent en sécurité, mais quand on casse les habitudes, ils sont dérangés ». Les pigeons sont plus obstinés, toute une batterie de solutions est déployée pour les déloger, en utilisant en plus des oiseaux des lasers, des gels répulsifs ou des appareils sonores. Les interventions durent au minimum une semaine, et peuvent se prolonger à plusieurs semaines selon les situations et les nuisibles présents.

Fauconnerie Bretagne fait fuir les étourneaux, en cassant leurs habitudes et en les effrayant avec des rapaces.
Fauconnerie Bretagne fait fuir les étourneaux, en cassant leurs habitudes et en les effrayant avec des rapaces.

Chaque cas est unique

Paul Johnson aime dans son métier la variété de cas qui se présentent à lui. « C’est une bataille, moi contre les nuisibles. Chaque contrat est différent ». Si certaines demandes ne peuvent aboutir, comme effaroucher des goélands à proximité d’un centre de thalassothérapie en bord de mer, Paul et Eleri limitent les phénomènes de gêne en empêchant de nouvelles nidifications sur les toits des bâtiments.
La fauconnerie élève toutes sortes de buses ou de faucons. Attila, femelle grand-duc, a une vue perçante grâce à une très bonne vision et une tête pivotant à 270 °C. « J’utilise le grand-duc pour la chasse nocturne en Écosse. Ici, c’est interdit ».

Pour lutter contre la prolifération de lapins, le fauconnier utilise quand la préfecture l’autorise, des furets. « Ils sont introduits dans les galeries. Quand le lapin se sent en danger, il frappe le sol avec ses pattes. Je ressens ces vibrations, et je lâche ma buse qui ira cueillir ce lapin en sortie de terrier ».
Fauconnerie Bretagne dispense des stages de formation à qui voudra découvrir les oiseaux. Beaucoup de vétérinaires répondent présent, c’est pour eux une occasion unique de manipuler ces oiseaux de proie.

Paul Johnson est installé avec son épouse Eleri, à Berrien (29).
Paul Johnson est installé avec son épouse Eleri, à Berrien (29).

Une balade rapace au gant

Des chasseurs sont également intéressés, pour changer de méthode de chasse, et pour apprendre les soins à apporter aux oiseaux. Lors de ces stages de 5 jours, les apprenants suivent des cours théoriques, qui se marient à des balades en campagne finistérienne, rapace au gant.
« Avoir un rapace est une grande responsabilité, il restera sauvage toute sa vie ». En captivité, les grands chasseurs ont une durée de vie de 18 à 25 ans selon les espèces. « Nous les dressons tout au long de leur vie ».

Le régime alimentaire proposé aux rapaces, riche en protéines, propose des faisans, des rats, des souris ou des cailles. « Les rapaces font beaucoup de sport, c’est pourquoi il leur faut cette nourriture riche ». Ces repas sont distribués morts, « par respect pour l’animal », explique Paul Johnson.
Les oiseaux de la fauconnerie se laissent manipuler, à condition de prendre certaines précautions, et en présence des éleveurs. Certaines espèces s’avèrent être joueuses, comme les caracaras qui « sont très curieux », et n’hésitent pas à chiper des objets laissés sur une table ou à jouer avec des foulards, à l’image de leur cousine la pie voleuse.

Joindre la fauconnerie
Fauconnerie Bretagne se situe à Berrien, au lieu-dit Pont ar Gaouyet. Les stages de formation se déroulent de mars à septembre. Pour inscription ou renseignements : 02 98 99 79 44, ou sur le site à fauconneriebretagne.com. Des journées dédiées aux enfants d’au moins 10 ans sont aussi programmées. La fauconnerie va migrer, toujours sur Berrien, sur un autre site où des démonstrations seront organisées.
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