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Sans OGM mais pas sans prix

Produire des protéines locales coûte plus cher que d’importer du soja génétiquement modifié. Le citoyen en réclame ; le consommateur acceptera-t-il de mettre le prix ? Rien n’est moins sûr.

Le colza et le tournesol représentent la première source de protéines en France, avec 3,5 millions de tonnes de tourteaux, loin devant le pois et la féverole (1 million de tonnes). Avec 200 000 tonnes, le soja ne représente qu’une source limitée pour les fabricants d’aliments du bétail. Malgré son développement, soutenu par la filière oléagineuse, sa disponibilité, à l’horizon 2022, sera toujours insuffisante face à l’ampleur de la hausse de la demande. De plus, la tonne de soja française coûte 50 à 80 € de plus qu’un soja importé, génétiquement modifié. « En France, la surface de colza n’augmentera pas dans les 5 prochaines années, en raison de la nécessité de faire des rotations », prédit Sébastien Windsor, vice-président de la FOP, intervenant au Space, lors d’une table ronde.

« Nous pourrions utiliser des variétés canadiennes, plus riches en protéines, mais elles sont issues de technologies assimilées aux OGM…  ». Le nord de la France pourrait développer la production de tournesol, avec des variétés riches en protéines. Là encore, les variétés prometteuses sont issues de la mutagenèse. Les protéagineux présentent peu de potentiel, selon lui, à l’horizon de 5 ans (freins techniques à lever). Voilà pour le tableau des sources françaises de protéines. Il pourrait être pire. Une incertitude politique pèse sur la production de biocarburants (à base d’huiles de colza et de tournesol). Un frein à leur utilisation limiterait fortement la première source de protéines françaises.

Matières premières bio importées

Quoi qu’il en soit, il apparaît nécessaire d’augmenter les surfaces d’oléoprotéagineux et d’améliorer leur digestibilité grâce aux nouvelles solutions technologiques (les animaux ne retiennent qu’entre 35 et 40 % de l’azote présent dans leur ration ; le reste étant éliminé dans les urines et les fèces). Malgré ces éventuels progrès, l’élevage français restera fortement dépendant aux importations pour nourrir son cheptel en 2022. Les filières animales bio n’y échapperont pas. Leur développement est lié à l’importation de matières premières (tourteaux et céréales) moins chères que le recours à des productions végétales locales.

Étiquetage complexe

« Il n’est pas souhaitable utiliser que des matières premières locales non OGM », tempère Mickaël Guillou, éleveur de porc label en Mayenne. « Une partie de nos élevages bénéficient des exportations de produits vers l’Asie. Pour rester compétitifs sur ces marchés, nous ne pouvons pas avoir un coût de production déconnecté de celui de nos concurrents. Nous devons donc utiliser les sources de protéines les moins chères. Pour ma part, je ne valorise que 30 % seulement de la carcasse de mes porcs dans le circuit « sans OGM ». Le reste est écoulé sur le marché standard. Au final, ma plus-value couvre à peine le surcoût engendré. On fait plaisir à tout le monde, sauf à nous ! ».

Le citoyen exige toujours plus de normes (alimentation, bien-être…) ; le consommateur achète au moins cher. Sébastien Windsor est pourtant convaincu qu’une communication bien ciblée permettra de récupérer de la valeur ajoutée à la production. « C’est la seule solution pour accroître la production de protéines françaises. Il n’y aura pas de « sans OGM » sans prix ». Il sera pourtant difficile de l’expliquer au consommateur. On ne parle pas produits alimentaires directement destinés à l’alimentation humaine, génétiquement modifiés (GM) ou pas. Il s’agit de produits (lait, viandes, œufs) issus d’animaux nourris avec ou sans plantes GM. Bon courage pour les explications et les étiquetages…

Contradictions

L’importation de soja rebute certains citoyens (déforestation amazonienne, coût environnemental du transport…). La contradiction entre l’interdiction de modifier génétiquement les plantes en France et l’importation massive de soja OGM interpelle. La fin annoncée du glyphosate et l’importation de tourteaux pollués par l’herbicide (et pour cause) heurtent. Mais on peut parier que le soja, même un peu plus cher et controversé, a encore un bel avenir devant lui.

SOS Protein, pour promouvoir les légumineuses
Un programme de recherche est en cours dans l’ouest de la France (2016- 2020). Il actionne différents leviers pour améliorer l’efficience azotée des animaux. En vaches laitières, les procédés de traitement des protéagineux par toastage offrent des pistes intéressantes. Le temps de transit dans le rumen est étudié ; une durée trop longue annihile l’effet des technologies de protection des protéines. Comme en monogastriques, le rééquilibre des rations par l’ajout d’acides aminés essentiels peut permettre de réduire les apports de tourteaux. En porc, un travail sur les réactions des matières premières au traitement de granulation est en cours. En volaille de chair, le processus de germination (pois et féverole) est un levier potentiel pour rendre plus assimilable les protéines de la graine et donc améliorer le taux de fixation des protéines par l’animal.

*Centre d’étude et de recherche sur l’économie et l’organisation des productions animales

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