L’utilisation des SDHI suspendue ?

Les antifongiques SDHI pourraient avoir des effets cancérigènes sur l’homme. L’Anses crée un groupe d’experts dédié.

C’est une alerte sur un nouveau type de pesticides. Dans une tribune publiée dans Libération le 16 avril, un collectif appelle à « suspendre » l’utilisation des SDHI (inhibiteurs de la succinate déshydrogénase), des antifongiques utilisés en agriculture, « tant qu’une estimation des dangers et des risques n’aura pas été réalisée par des organismes indépendants ». Ces fongicides empêchent la respiration des cellules des champignons en bloquant une enzyme, la SDH. Or, « les cellules de tous les êtres vivants respirent », rappellent les chercheurs, et « il est connu depuis longtemps maintenant que les mutations génétiques de la SDH, entraînant la perte de son activité, sont la cause de maladies humaines ». Les chercheurs estiment que ces produits, en bloquant le processus de respiration des cellules humaines, pourraient causer de graves encéphalopathies ou être à l’origine de cancers.

« Aucune étude n’a été réalisée sur les conséquences des SDHI sur la santé humaine », précise Laurence Huc, chercheuse en toxicologie alimentaire au laboratoire ToxAlim de l’Inra et signataire de la tribune. « Mais lorsque nous avons testé les SDHI sur d’autres espèces vivantes, cela inhibe la respiration des cellules parfois 100 fois plus que chez les champignons ». « Nous avons alerté les instances de l’Anses, explique Laurence Huc, mais comme ces produits ne sont utilisés en masse que depuis 2012, en l’absence de données épidémiologiques qui prennent plusieurs années, nous n’avons pas réussi à susciter un intérêt de leur part. » À la suite de cette publication, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a annoncé dans un communiqué de presse la constitution « d’un groupe d’experts dédié, chargé d’examiner les éléments évoqués ».

Des produits présents en France depuis les années 70

Les premières molécules de cette famille de fongicides étaient utilisées dans les années 70. « C’est la deuxième génération, principalement la classe des pyrazoles, homologués dans les années 2010 qui sont aujourd’hui utilisés ». En effet, 78 % des surfaces traitées en blé tendre et 80 % en orge d’hiver et de printemps le sont ainsi avec des SDHI, selon les chiffres d’Arvalis – Institut du végétal sur l’année 2017. Ceci est lié au fait que les autres familles de fongicides, comme les triazoles et les strobilurines, ont perdu en efficacité face à la septoriose du blé. 


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