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Climat : Chaud devant !

Le changement climatique, c’est maintenant. Les scientifiques annoncent une Bretagne plus chaude, plus sensible aux canicules et sécheresses dans les prochaines décennies. Les agriculteurs le ressentent déjà.

« Entre la fin du XIXe siècle et aujourd’hui, nous avons gagné 1 °C. Pour un citoyen lambda, cela ne paraît pas grand-chose. Mais pour un agriculteur, qui travaille au plus près de la nature, cela fait une différence », souligne Lionel Salvayre, chargé de communication chez Météo France pour les régions de l’ouest de la France. « Par exemple, les vendanges dans le muscadet ou en Bourgogne sont plus précoces d’un mois par rapport aux dates de récolte du début du siècle. »

La tendance est au réchauffement « en France comme partout dans le monde ». Intervenant à l’assemblée générale du Centre d’étude pour un développement agricole plus autonome (Cédapa), le scientifique insiste surtout sur l’accélération du phénomène depuis le début des années 2000 : « Par rapport aux normales, c’est-à-dire à la moyenne des températures sur 30 ans, toutes les années ont été plus chaudes. On enregistre désormais une hausse de 0,3 °C par décennie à Bréhat (22)… »

Canicules et sécheresses des sols plus fréquentes

« C’est sûr, la température va monter à l’avenir. » Afin de modéliser le climat futur, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) a établi différents scénarios (nommés RCP) en fonction de l’évolution de la concentration en gaz à effet de serre (Ges) au cours du XXIe siècle. « La quantité de Ges émise dépendra avant tout des décisions politiques », précise Lionel Salvayre. Mais si on prend le scénario RCP 2,6, le plus optimiste, qui correspond à l’arrêt d’émission de CO2 dans les années 2030, « c’est-à-dire très bientôt », la Bretagne aura tout de même gagné 1°C d’ici 2100. Pour le pire scénario, ce serait 3 à 4°C de plus.

« Concrètement, pour les agriculteurs, cela signifie une évapotranspiration plus forte et des problèmes de sécheresse des sols qui apparaissent bien plus vite… » À ce propos, Météo France calcule le pourcentage de surface impactée par la sécheresse en été. « À l’échelle de la France, ce pourcentage augmente. A l’échelle de la Bretagne, il reste plutôt stable. »

Mais à terme, il faudra s’habituer à connaître fréquemment en juillet – août les records de sols secs rencontrés parfois aujourd’hui. « La canicule de 2003, à horizon 2050, pourrait avoir lieu une année sur deux. » Il faut également s’attendre à une diminution des périodes de gel : « Ce seront peut-être 5 à 10 jours de gel en moins par an dans le centre de la Bretagne ».

« Des étés plus longs »

Jean-Pierre Guernion, qui conduit 50 vaches laitières en zone côtière à Hillion (22), semble rejoindre le météorologue. « On a peut-être tendance à toujours idéaliser les périodes climatiques antérieures. Au moment de mon installation, dans les années 80, j’ai le souvenir d’avoir eu de l’herbe disponible toute l’année. Mais depuis 20 ans, je ressens une évolution par rapport à mes propres repères de pluviométrie. Il y a de gros écarts de précipitations d’une année sur l’autre. Ensuite, j’ai aussi l’impression que l’été commence désormais plus tôt qu’auparavant et s’étire jusqu’au mois d’octobre. »

Pas de consensus sur la pluie en Bretagne
« Le signal est très faible » pour les précipitations dans l’Ouest, explique Lionel Salvayre chez Météo France. « À l’image de la Bretagne, les relevés à Rostrenen (22) montrent surtout que d’une année sur l’autre, il peut y avoir de très grosses variations. Ce phénomène aléatoire est dans la nature. Conclusion, vous ne pouvez pas faire confiance à la pluie : une année moyenne n’arrive quasiment jamais. » Et pour l’avenir, « il n’y a pas de vrai consensus. » Au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), l’équipe du climatologue breton Jean Jouzel prévoit une augmentation des niveaux de pluie en Bretagne. Chez Météo France, on avance « une tendance de la région à s’assécher… »

Avec environ 700 mm de précipitation par an, Ludovic Massard, producteur de lait à Buléon (56) en limite de zones séchante et intermédiaire, a également l’impression que l’on se dirige vers des étés plus longs. « Les printemps froids, j’attends la pousse de l’herbe. Fin mai, après les fauches, la repousse est parfois inexistante. Et si l’automne est séchant, on tarde à remettre les vaches à l’herbe. On dit souvent le maïs, c’est la sécurité. Mais en bio, ma vraie sécurité, ce sont les prairies d’association contenant de la luzerne. Cette dernière continue à produire en période sèche. » Pour le Morbihannais, il ne faut pas « s’endormir » sur son système : « Deux bonnes années fourragères de suite et on oublie tout.

Mais le climat change. Il faut regarder vers le sud. Faire aussi régulièrement le point sur son niveau de sécurité alimentaire, ses stocks, pour réagir vite. Demain, il faudra peut-être faire le deuil du pâturage en été et chercher à valoriser beaucoup plus d’herbe en automne et en hiver… »

Loic-Madeline
Loïc Madeline, ingénieur à l’Institut de l’élevage et polyculteur bio en Normandie.

Demain comme en 2017

En Bretagne, on ne note pas de véritable bouleversement mais un phénomène « d’aquiténisation » lié à des températures en hausse. Pour les agriculteurs, l’impact de ce changement climatique se mesure dans la pratique par l’augmentation du nombre de jours échaudants sur céréales et de ralentissement de la pousse d’herbe estivale. Une simulation réalisée en Pays de la Loire annonce un décalage des stades phénologiques des végétaux à horizon 2050. La portance des sols et la pousse de l’herbe auraient un mois d’avance par rapport à aujourd’hui ; en été, la croissance végétative sera plus limitée voire arrêtée et le redémarrage plus tardif ensuite… L’année 2017, avec une production précoce et abondante des prairies puis une grosse frayeur en milieu d’année avant un automne fourrager généreux, illustre bien ce que pourrait être la situation future dans l’Ouest. Loïc Madeline, ingénieur à l’Institut de l’élevage et polyculteur bio en Normandie.

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