CulturesIlle-et-Vilaine

Faire l’apprentissage des grandes cultures en bio

Après un début de carrière dans l’élevage, Karim El Ouali, de Châteaugiron (35),  s’est lancé dans l’aventure des grandes cultures en Bretagne. Il parle des challenges à relever et de ses projets.

Vendredi 2 juin, Karim El Ouali, à Châteaugiron (35), effectuait un passage de herse étrille Treffler dans ses maïs semés le 10 mai. « Cet équipement haut de gamme de 12 m de large gratte l’inter-rang. Chaque dent est équipée d’un ressort, ainsi elle ne saute jamais et reste toujours collée au sol ». Le tracteur avance à 3,4 km/h. « En allant plus vite, les mottes rouleraient vers les plants et les pénaliseraient. »

Chaque dent est équipée d’un ressort, ainsi elle ne saute jamais et reste toujours collée au sol.
Chaque dent est équipée d’un ressort, ainsi elle ne saute jamais et reste toujours collée au sol.

Avant ça, il était déjà intervenu avec la herse étrille en prélevée. Puis, une semaine plus tard, avec la houe rotative « dans une terre un peu grossière, motteuse que je n’avais pas assez travaillée ». L’agriculteur apprécie cet outil utilisé à 14 km/h sans risquer d’abîmer la culture quand la règle avec une herse étrille est de se cantonner « à 1 km/h par feuille de maïs ».

Le désherbage mécanique est affaire de patience et de rigueur. « 4 à 6 passages en moyenne sur une culture de maïs ». Pas trop vite et assez souvent. Le Brétillien doit ensuite revenir encore une ou deux fois avec sa herse préconisée jusqu’au stade 5 – 6 feuilles. Mais certaines adventices comme les parelles ne sont pas éliminées. « Ensuite, la bineuse de 4,5 m équipée de caméra utilisée jusqu’à 11 feuilles les touchera. »

Karim El Ouali, installé en grandes cultures à Châteaugiron.
Karim El Ouali, installé en grandes cultures à Châteaugiron.

« Il y a quatre ans, je trayais des vaches »

Après 13 ans dans un élevage de vaches produisant de la fourme d’Ambert en Auvergne, Karim El Ouali a changé de cap. En 2013, il s’est installé en grandes cultures sur 150 ha en Ille-et-Vilaine. « Le bassin de Rennes est un endroit idéal. Dans cette Bretagne chaude qui bénéficie tout de même d’eau, les cultures de printemps viennent bien sans irrigation et il y a des engrais organiques disponibles partout. »

En mai 2016, il s’est engagé vers l’agriculture biologique. Novice sur le créneau, il apprend le métier en s’inspirant de ses visites chez des producteurs aguerris et en forgeant peu à peu sa propre expérience sur ses terres. « J’ai visité une quinzaine de fermes en grandes cultures bio en France, de 50 à 400 ha. » Pour lui, le nerf de la guerre est l’azote et le désherbage. « Comme en conventionnel, finalement. » Il précise aussi au passage qu’il a recours au labour sur son exploitation : « Tous les céréaliers en bio le font, sauf sur quelques cultures de printemps si les faux semis ont été réussis. »

Même si, à l’avenir, il a des projets de transformation à la ferme « pour remettre la main sur la marge en vendant un produit fini », actuellement, sa priorité est d’être « d’abord compétent sur les cultures ».
En s’engageant sur la voie du bio, il a aussi débrayé 55 ha de terrain : 20 ha en luzerne – trèfle confiés à Déshyouest (déshydratation de fourrages) et 35 ha à un groupe de producteurs de lait qui conduisent des mélanges fourragers (association trèfles – luzerne – graminées implantée sous couvert d’avoine). Pour ne pas risquer d’être débordé, en cours d’apprentissage, il se concentre sur environ 90 ha. « Il y a encore quatre ans, je trayais des vaches alors je n’invente rien. Je sécurise mon système en faisant du copier – coller à partir d’exemples d’agriculteurs bio rencontrés qui font référence », explique-t-il.

La rotation des éleveurs bio

Pour partir du bon pied, l’agriculteur cherche à mettre en place un système qui s’approche le plus de la rotation des éleveurs bio : 4 ans de prairie, puis un maïs et un blé. Il observe aussi avec beaucoup d’attention les stratégies de spécialistes en productions végétales avec l’objectif plus tard de faire entrer dans son assolement des cultures à haute valeur ajoutée.

« En Vendée, j’ai vu des enchaînements blé – quinoa – haricots qui fonctionnaient très bien. Dans le Finistère, des successions sarrasin – orge brassicole – mélanges céréaliers… Certaines de ces cultures, maîtrisées, sont lucratives : plus de 4 000 € / ha de chiffres d’affaires en haricot ou quinoa, plus de 1 200 € en sarrasin qui est une culture peu gourmande et nettoyante… À condition de pouvoir sécher, trier, stocker à la ferme et négocier. Quand on voit que la France importe 80 % de son blé noir de Chine, il y a un beau potentiel de développement en Bretagne… ».

Trouver la bonne recette en céréales
« Les producteurs vendéens que je viens de rencontrer veulent absolument des cultures propres. Et ils y arrivent… Ils m’ont expliqué qu’en blé, plus souvent ils passent, meilleur est le résultat », rapporte Karim El Ouali. Une manière de remettre en cause ses propres choix en pensant à l’avenir : « Sur mes blés, je suis passé avec la herse étrille en février. Ensuite, j’ai fait un binage avant épandage de lisier de porc puis un second binage. J’aurais dû revenir une fois de plus travailler mes parcelles… Résultat : de la folle avoine s’est développée et je vais devoir passer avec l’écimeuse avant la moisson. Je vais perdre du rendement. »

Mais il ne perd pas espoir. Dans les bonnes terres de l’Est de Rennes, certains voisins, producteurs de lait bio depuis 20 ans, obtiennent des rendements de 65 q / ha. « Mes blés sont un peu sales mais propres dans l’inter-rang. » Il s’interroge donc sur la stratégie au semis. Faut-il semer à 15 ou 30 cm d’écartement ? « Dans les campagnes, il y a deux écoles. Certains sèment à 26 ou 30 cm à la même densité à l’hectare en se disant plus on bine, plus on nettoie. D’autres considèrent que plu on implante serré, plus on étouffe les adventices. Je pense que je vais augmenter mes densités de semis avec la crainte des maladies… » Affaire à suivre.

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