Découvertes

L’Aurochs, l’ancêtre sauvage de toutes les races de vaches

Vétérinaire, enseignant et chercheur à l’École vétérinaire de Nantes, Claude Guintard voue une bonne partie de sa vie professionnelle à l’Aurochs, l’ancêtre sauvage de toutes les races de vaches, qu’il a contribué à tirer de l’oubli avec une poignée d’éleveurs passionnés.

« Entré à l’École nationale vétérinaire de Nantes en 1983, j’y ai soutenu ma thèse cinq ans plus tard. Elle était intitulée : « L’Aurochs et ses essais de reconstitution ». En fait, j’ai toujours baigné dans le monde de la sélection bovine, notamment en Vendée où j’ai grandi. » La première fois qu’il a vu un Aurochs-reconstitué, c’était au parc animalier de Chizé, dans les Deux-Sèvres, là même où en 1979, avaient été introduits les premiers spécimens sur le sol français : un mâle en provenance de Munich et une femelle qui venait de Berne. »

Une race rustique

aurochs-3« Un an après ma thèse, l’Aurochs-reconstitué ayant été obtenu par des croisements de bovins très rustiques, j’avais fait le pari que cette race bovine, présentant dès l’origine ces caractères dans ses gènes, devait intéresser les zones de déprise agricole », explique Claude Guintard. Une trentaine d’années plus tard, il est devenu un spécialiste européen de l’Aurochs-reconstitué. Longtemps cantonné dans des parcs zoologiques, l’animal a été adopté par des éleveurs en France, son standard a évolué et il est en train de devenir une race à part entière. Dans un bel ouvrage paru en 2014, « L’Aurochs, de Lascaux au XXIe siècle », l’auteur nous livre les étapes majeures de sa longue histoire.

L’Aurochs a régné dans les grandes plaines préhistoriques de l’Eurasie et du nord de l’Afrique. C’est lui qui est représenté sur les parois de la grotte de Lascaux. Alors que le dernier spécimen sauvage est mort en Pologne, en 1627, ce sont les directeurs des zoos de Munich et de Berlin qui, au début du XXe siècle, l’ont reconstitué en sélectionnant des caractères sauvages (grandes cornes en forme de lyre, robe fauve charbonnée, c’est-à-dire couleur châtaigne, et avant puissant) présents chez des races bovines actuelles, comme la Highland d’Écosse ou le taureau de combat espagnol. « À force de croisements, ils sont parvenus à reconstituer un animal ressemblant aux représentations de l’Aurochs qui ont traversé l’histoire de l’humanité », complète Claude Guintard.

Vêlages faciles, commercialisation en circuits courts

Bien des années plus tard, il a créé le Sierda : le Syndicat international pour l’élevage, la reconnaissance et le développement de l’Aurochs-reconstitué, qu’il préside toujours. On s’appuie maintenant sur 22 élevages en France, soit environ 500 animaux, dont un qui en détient à lui seul plus de cent, la moyenne tournant autour de cinq à vingt têtes. Depuis 1989, à raison d’un élevage nouveau par an, le rythme de croissance est assez lent.

« L’Aurochs-reconstitué convient dans un système d’élevage très extensif : c’est un excellent débroussailleur », note Claude Guintard. « Il se nourrit exclusivement d’herbe et n’a pas besoin de logement, même en hiver. Animal très peu coûteux, il ne nécessite pas de frais vétérinaires, hormis une prophylaxie obligatoire une fois par an, moment où il est aussi vermifugé. »

L’Aurochs-reconstitué convient comme complément d’activité à des éleveurs de bovins viande qui élèvent des races traditionnelles. « Il doit juste disposer d’un système de contention très solide, de bonnes clôtures et d’un point d’eau », poursuit le spécialiste. « Il valorise très bien des prairies un peu défavorisées ou des zones difficiles avec des genêts et des ronces un peu tendres. » Ce type de pâturages extensifs permet de garder ouvert un milieu en favorisant la biodiversité floristique. Leur poids de corps fait l’accordéon, leur toison aussi, mais de façon inverse. « Ce sont des animaux qui viennent lentement à maturité. Un mâle adulte de plus de 5 ans pèsera entre 650 et 800 kg, une femelle entre 450 et 600 kg. »

La production originale de ce bovin se positionne sur un créneau à part. “Pas une grosse race mais avec beaucoup d’avants, les carcasses d’Aurochs fournissent une viande de qualité, riche en Oméga 3 et en acides gras polyinsaturés. Ses quartiers avant peuvent être transformés en saucisses, viande séchée ou daubes, etc. « L’Aurochs n’est pas un animal à viande, même si c’est un sous-produit qui peut être extrêmement bien valorisé, en bio par exemple. » C’est ce que montrent les premiers résultats technico-économiques qui ont été observés sur des carcasses de 250 kg à 320 kg, que le Sierda s’attache à réunir.

Claude Guintard avec le squelette de Rambouille, un Aurochs mâle, mort en 1996. Il trônera bientôt dans le hall d'honneur de l'École vétérinaire de Nantes.
Claude Guintard avec le squelette de Rambouille, un Aurochs mâle, mort en 1996. Il trônera bientôt dans le hall d’honneur de l’École vétérinaire de Nantes.

Obtention d’un code racial en 2000

Avec ses collègues vétérinaires d’Oniris, dont un travail sur la parisitologie de l’animal, et ses thésards, qui comme lui enrichissent la connaissance de cette race pas comme les autres, Claude Guintard cherche maintenant à engranger des données un peu plus scientifiques sur l’Aurochs-reconstitué, car il y a encore beaucoup d’empirisme. « L’Aurochs-reconstitué a obtenu son code racial (code 30) en 2000 seulement, et le Sierda est reconnu comme le gestionnaire de son livre généalogique. On a mis en place un index pour les taureaux. Vendre des reproducteurs sélectionnés va nous permettre d’être dans une dynamique ascendante. On démarre doucement et si on a un nouvel élevage par an, cela me va très bien. »

Christian Évon

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