La reproduction boostée avec l’apport minéral dans l’eau

 - Illustration La reproduction boostée avec l’apport minéral dans l’eau
Outre l’abreuvement, l’eau de boisson peut être utilisée pour la minéralisation du troupeau bovin. Au Gaec Vray Holstein à Guérande (44), cette technique a été adoptée en 2012.

Le nouveau bâtiment du Gaec Vray Holstein a été construit en 2010, alors que le troupeau passait de 50 à 130 VL en un an. Il a été équipé d’un robot et du système de minéralisation via l’eau de boisson (Alimtech) en 2012. « Cela facilite le travail. Dans l’eau, les minéraux, oligo-éléments et vitamines sont directement dosés. Une vache qui produit plus, boit plus », expliquent les associés du Gaec, Jean-Paul Bichon, sa femme Françoise et leur fils Arnaud.

Dans le même temps, le rationnement a été changé pour passer à une ration semi-complète : ¾ de maïs ensilage, ¼ d’ensilage d’herbe, plus 2 kg de soja à l’auge, 120 g de lithothamne (algue calcaire), des levures, 40 – 50 g de sel de Guérande et 50 g d’urée. Au robot, les vaches reçoivent en plus du VL et du correcteur azoté. « La production est actuellement à 32 L/VL, nous souhaitons la passer à 35 L. » Alors que la moyenne se situe à 80 L/VL/j, au Gaec Vray Holstein la consommation d’eau monte à 115 L. « Les vaches n’attendent pas avant de boire. »

Françoise et Jean-Paul Bichon, et leur fils Arnaud, produisent 1,3 million de litres de lait. Françoise et Jean-Paul Bichon, et leur fils Arnaud, produisent 1,3 million de litres de lait.

Des chaleurs plus visibles

« En changeant l’alimentation, solide et liquide, nous souhaitions notamment améliorer la fécondité qui était inférieure à la moyenne du département. » Objectif réalisé, même s’il reste encore des progrès à faire. « On voit mieux les chaleurs, et les vêlages, les étapes autour, les délivrances, se passent aussi beaucoup mieux aujourd’hui ». Dans cet élevage de sélection (qui a fait naître la Grande championne et la réserve de la Confrontation européenne de Colmar en juin dernier), les plus jolies génisses sont multipliées via des transplantations embryonnaires (TE). Certains embryons sont vendus.

« Pour une bonne préparation, les génisses rentrent en bâtiment 1,5 mois avant la pose d’embryons. 90 % d’entre elles sont des receveuses. Elles profitent des minéraux liquides. En parcelle, c’est plus compliqué de leur donner du minéral. Nous en mettons un peu sur les bottes de foin l’été. » Sur la pose d’embryons, les éleveurs affichent une excellente réussite (90 %). « Notre objectif au vêlage est plutôt de 27 – 28 mois du fait de la TE : les chaleurs sont plus visibles. » Gardées dans le bâtiment, les vaches taries ont le même dosage de minéralisation liquide.

Purger deux fois par an

Pour proposer une eau saine aux animaux, le système d’abreuvement doit être vérifié et entretenu. Les purges des canalisations (2 minimum par an en ruminant) permettent de réduire, voire de détruire le biofilm : système microbien dans une matrice qui peut se disséminer dans l’eau à tout moment. « Le biofilm peut être détaché en augmentant la pression entre 1,5 et 3 bars. Cette opération est recommandée avant de traiter l’eau », souligne Ophélie Thuret, responsable technique de la société Théséo.

Un traitement bactériologique peut être envisagé une fois l’eau rééquilibrée chimiquement : au chlore pour les eaux douces et acides, au peroxyde d’hydrogène pour les eaux dures et plus basiques. Attention, ce dernier n’est pas autorisé pour la consommation humaine. De plus en plus utilisé, le dioxyde de chlore agit avec un pH se situant entre 4 et 8 et est peu sensible à la dureté, au fer et au manganèse. Il est moins coûteux en pastilles.

Recommandations physico-chimiques de l’eau :  pH entre 6 et 7 ;  Dureté (TH) entre 10°F et 15°F ; Fer < ou = à 0,2 mg/L ;  Manganèse < ou = à 0,05 mg/L ;  Nitrates < ou = à 50 mg/L ;  Nitrites < ou = à 0,1 mg/L

Meilleure assimilation des minéraux

La minéralisation solide classique engendre des pertes liées au tri à l’auge. Avec le concept Alimtech, les minéraux, sous forme liquide, sont mieux assimilés par l’animal (produit Tecnoliq Phos). Passant plus rapidement à travers le rumen, les vitamines (Tecnoliq Vit Fertilité) sont moins dégradées. Pour une installation avec trois pompes doseuses (une pour chacun des produits et une autre pour des cures particulières ou pour traiter l’eau), il faut compter de 2 à 2 500 €, auxquels s’ajoute l’audit d’élevage pour une optimisation préalable de la qualité de l’eau. L’entretien du système est aussi à prévoir au moins une fois par an. Une enquête terrain réalisée en 2015 a notamment montré une amélioration du taux de réussite en 1re IA de 5 %.

Des analyses bactériologiques et physico-chimiques

Des analyses d’eau permettent de préserver le matériel des risques de corrosion et de mieux maîtriser la qualité de l’abreuvement. Cette dernière est variable dans le temps, l’eau est vivante. « Nous suggérons de réaliser un prélèvement sur la période sèche et un autre sur la période humide. Les résultats d’analyses peuvent être très différents. La norme appliquée pour la consommation humaine est recommandée », explique Cédric Migné, responsable de la société d’analyses Résalab Bretagne. « Des analyses bactériologiques (flores revivifiables, coliformes, entérocoques…) sont effectuées. Les critères physico-chimiques sont aussi évalués : pH, dureté, titre alcalimétrique, oxydants (utilisés pour traiter l’eau), réducteurs (matières organiques, fer, manganèse), nitrates… La mesure régulière du potentiel d’oxydo-réduction est par ailleurs un bon outil pour voir si tout va bien dans les canalisations de son élevage. »

Une eau saine en quantité adaptée

Une vache laitière produisant 30 kg de lait avec une ration à base de maïs boit 80 L d’eau par jour. C’est le premier aliment qu’elle consomme. Mais beaucoup d’élevages sont rationnés en eau. « La plupart des exploitations ne disposent pas de compteur. C’est pourtant un indicateur important, de consommation, de fuite, de santé animale… », souligne Romain Mulet, de la société Tecnofirm qui a organisé le 23 juin une journée technique autour de la qualité de l’eau.

Pour que le troupeau puisse boire suffisamment, il convient de prévoir un abreuvoir pour 10 VL. On comptera un point d’abreuvement pour 15 vaches allaitantes, pour 15 jeunes bovins ou pour 10 veaux. Pour les vaches laitières, les abreuvoirs sont à placer à une hauteur se situant entre 70 cm et 80 cm du sol (à la lèvre de l’abreuvoir). « S’ils sont trop hauts, il y du lapement et de la sous-consommation. Trop bas : les bouses contaminent l’eau. » Et de préciser : « Les abreuvoirs sur pied basculant en inox ou PVC sont les plus adaptés. »

La disposition du réseau de distribution compte également. « Souvent, les abreuvoirs sont tous branchés sur la même ligne, en série, et ceux du bout ont moins d’eau. Mieux vaut prévoir plusieurs départs d’eau, un par atelier par exemple. Un bon débit et une pression adaptée sont également importants. Les vaches doivent pouvoir boire jusqu’à 18 L par minute. Les diamètres d’arrivée d’eau de 32 mm conviennent mieux que ceux de 15 mm. »


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