Economie, marchés et gestion

“Les vieux pays redeviennent moteurs du développement”

Aujourd’hui, le monde connaît un grand retour en faveur des pays développés. L’Europe, et la France, sauront-elles reprendre la main ?
« Ce n’est pas facile, mais il faut que les Français s’intéressent à l’économie mondiale », a déclaré Élie Cohen, apportant un éclairage aux chefs d’entreprises présents à l’assemblée générale de Cogedis.
« Ce n’est pas facile, mais il faut que les Français s’intéressent à l’économie mondiale », a déclaré Élie Cohen, apportant un éclairage aux chefs d’entreprises présents à l’assemblée générale de Cogedis.

La Chine, usine du monde hyperproductive, important des matières premières d’Amérique latine et d’Afrique, et vendant ses produits aux États-Unis : ce monde-là prend fin. « Il a généré des déséquilibres globaux, des endettements des pays », a déclaré Élie Cohen, économiste et directeur de recherche au CNRS, intervenant à l’assemblée générale de Cogedis, le 2 juin à Pacé. Aujourd’hui, le commerce international s’affaisse. « Une étude de l’OCDE* prévoit une baisse de la croissance mondiale (à 3 %) qui devrait durer. Aujourd’hui, la tendance est à la réduction des gains de productivité partout. Le rattrapage des pays développés par les pays émergents se termine.

Les richesses produites vont diminuer », souligne l’économiste qui fournit différentes explications à cela. « 10 ans de crise ont brimé la demande, les réformes structurelles pour s’adapter au nouveau monde n’ont pas été faites et il n’y a pas assez d’innovation. » Autre thèse, « la révolution libérale a créé un monde très inégalitaire qui entraîne moins de consommation. »

Les États-Unis ont réglé leur crise avant l’Europe

Dans ce ralentissement, les vieux pays redeviennent moteurs du développement. « Les États-Unis ont réglé leur crise plus rapidement que l’Europe, obsédée par ses problèmes de déficit et engluée dans ses difficultés. » Alors qu’on sait la Grèce insolvable, le Grexit n’est pas souhaité par l’Europe car il entraînerait des faillites de banques françaises et allemandes. Absolument pas profitable aux Anglais, le Brexit pourrait quand même être décidé, le vote étant parfois plus passionnel que rationnel. De son côté, la France est touchée par trois problèmes. « La compétitivité qui s’est dégradée sur les dix dernières années, aussi bien sur les coûts que hors-coûts, c’est-à-dire l’innovation, la différentiation.

Aujourd’hui, le pays est devenu 6e exportateur mondial. Le solde commercial de l’agroalimentaire est déficitaire si on retire les vins et spiritueux. Seuls les fromages de gamme tirent leur épingle du jeu. » Deuxième difficulté, selon l’économiste : le chômage structurel. « Le taux le plus bas que nous ayons connu est de 7 % lors des phases de croissance. Nous avons des problèmes d’adéquation entre l’offre de travail et la demande, de formation et de qualification des chômeurs. Et la réforme du travail vers plus de flexibilité, qui pourrait réduire le taux de chômage, est très difficile. » L’équilibre des finances publiques est le troisième souci français.

La France première en investissement

Malgré tout, Élie Cohen apporte une bonne nouvelle puisque la France devrait réaliser en 2016, selon l’OCDE, la meilleure performance européenne en investissement. Autre point positif pour l’agriculture : « Je pense qu’on ne signera pas avant très longtemps, sinon jamais, l’accord commercial transatlantique ou Tafta. » Les accords actuels visent à rendre les normes reconnues dans un pays, obligatoires dans un autre pays, évinçant les principes de précaution.

« La culture de la protection n’est pas la même des deux côtés… » « Si la France agricole va si mal, c’est peut-être parce que nous n’avons pas su ou voulu affronter la réalité de la mondialisation. La production de masse est mal adaptée à notre modèle familial diversifié », conclut Pierre Rouault, président de Cogedis, montrant comme voie d’avenir l’agriculture écologiquement intensive, qui pourrait concilier efficacité technique et économique et attentes des consommateurs.

Des actions pour les agriculteurs

En 2015, le nombre d’entreprises agricoles adhérentes à Cogedis s’accroît de 700. Implantée sur 30 départements, l’association de gestion intervient auprès de 9 500 exploitations agricoles et 8 200 entreprises, et affiche une hausse d’activité de 5 %. Face à la conjoncture agricole dégradée, le groupe a engagé plusieurs actions pour un montant de 800 000 € : réalisation de dossiers d’aide, conseils fiscaux, réunions pour les producteurs laitiers. Cogedis a par ailleurs mis en place des cabinets comptables 100 % en ligne qui permettent aux adhérents de baisser les coûts.

* Organisation de coopération et de développement économiques

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